Une expédition d’un mois en eaux profondes de l’Arctique vient d’être lancée par l’organisation environnementale Greenpeace. Selon Euronews FR, cette mission vise à documenter et protéger une zone méconnue, surnommée le « Banana Hole », où prospèrent des écosystèmes anciens et des espèces uniques. Les scientifiques à bord, issus d’institutions de renom, cherchent à recueillir des preuves pour alerter sur les risques liés à l’exploitation minière des grands fonds marins, autorisée par la Norvège en 2024 avant d’être suspendue sous la pression d’organisations écologistes.

Ce qu'il faut retenir

  • Le « Banana Hole » est une poche d’eaux internationales située entre la Norvège et le Groenland, abritant des éponges ancestrales et des sources hydrothermales volcaniques.
  • Greenpeace mène une expédition d’un mois pour documenter cet écosystème fragile et alerter sur les menaces de l’exploitation minière des fonds marins.
  • La Norvège a ouvert en 2024 cette zone à l’exploitation minière, avant de suspendre le projet en 2025 sous la pression des scientifiques et des écologistes.
  • Une étude sur la zone Clarion-Clipperton a révélé une baisse de 37 % de la macrofaune dans les traces des engins miniers et une réduction de 32 % de la richesse spécifique.

Un écosystème unique en danger

Sous les glaces de l’Arctique, entre la Norvège et le Groenland, s’étend une poche d’eaux internationales aussi méconnue que précieuse : le « Banana Hole ». Selon Euronews FR, cette zone abrite des éponges ancestrales vieilles de centaines de millions d’années, des sources hydrothermales volcaniques et des espèces marines encore jamais décrites. Autant dire une « bibliothèque vivante » de l’histoire de la Terre, où chaque organisme joue un rôle clé dans l’équilibre des écosystèmes.

Mais cet habitat, à l’abri des regards depuis des millénaires, est désormais menacé. Des compagnies minières industrielles envisagent de « racler » le fond océanique pour en extraire des minerais. Une exploitation qui, si elle se concrétise, pourrait détruire des écosystèmes et des espèces avant même qu’ils ne soient identifiés, selon les alertes lancées par Greenpeace.

Une expédition scientifique pour documenter l’inconnu

Pour la première fois, Greenpeace organise une expédition en eaux profondes vers cette zone reculée. À bord du navire, des scientifiques de différentes institutions, dont le Museum of Evolution de l’université d’Uppsala, explorent les monts sous-marins arctiques et les champs de sources hydrothermales. Leur objectif : recueillir des preuves scientifiques pour démontrer l’importance de protéger cet écosystème unique.

« Nous naviguons vers des territoires inexplorés et inconnus de la planète », a déclaré le Dr Paco Cárdenas, spécialiste des éponges des grands fonds. « Nous trouverons probablement de nouvelles espèces qui n’ont encore été ni décrites ni nommées. Ces animaux ont survécu pendant des centaines de millions d’années et nous sommes liés à eux de multiples façons. »

« Ces animaux constituent les bibliothèques chimiques de l’océan, renfermant de possibles traitements contre des maladies et remplissant une fonction essentielle de dépollution de nos océans. Perdre ces espèces avant même de les comprendre serait une tragédie à l’échelle mondiale. Il est essentiel de les protéger. »
Dr Paco Cárdenas, Museum of Evolution de l’université d’Uppsala

Des preuves accablantes sur les ravages de l’exploitation minière

Les risques encourus par le « Banana Hole » ne sont pas théoriques. Une étude menée sur cinq ans dans la zone Clarion-Clipperton, entre Hawaï et le Mexique, a révélé l’impact dévastateur de l’exploitation minière des grands fonds. Selon les données analysées par les chercheurs, plus de 4 000 animaux vivent sur le fond marin de cette région, riche en nodules polymétalliques.

Deux ans avant l’exploitation minière, les scientifiques ont recensé la biodiversité de la zone. Deux mois après le passage d’une machine minière ayant récupéré 3 000 tonnes de nodules, les résultats étaient alarmants : la macrofaune visible à l’œil nu – vers, crustacés, escargots, palourdes – avait chuté de 37 % dans les traces laissées par les engins. Pire encore, la richesse spécifique, c’est-à-dire le nombre d’espèces différentes, avait diminué de 32 %.

La Norvège entre avancées et reculs sur l’exploitation minière

La zone du « Banana Hole » a été ouverte à l’exploitation minière par le gouvernement norvégien en 2024. Sous la pression des organisations environnementales, des scientifiques et des partis écologistes de l’opposition, le projet a été suspendu en 2025. Une victoire temporaire pour les défenseurs de l’environnement, mais qui ne garantit en rien la protection définitive de cette zone.

« L’exploitation minière en eaux profondes peut avoir des effets dévastateurs », rappellent les experts. Les panaches de sédiments générés par les machines, bien que moins destructeurs pour la macrofaune, perturbent durablement les écosystèmes. Autant dire que les risques pour le « Banana Hole » restent bien réels, d’autant que les compagnies minières pourraient relancer leurs projets une fois la pression médiatique retombée.

Et maintenant ?

L’expédition de Greenpeace, qui se poursuit jusqu’au 30 mai, vise à sensibiliser l’opinion publique et les décideurs politiques. Les images en direct, captées jusqu’à 3 000 mètres de profondeur, sont diffusées en continu. Le public peut également suivre les découvertes en temps réel via WhatsApp. La Norvège, qui a déjà suspendu le projet minier, pourrait être amenée à prendre de nouvelles décisions d’ici la fin de l’année, sous l’influence des résultats scientifiques et de la mobilisation internationale.

Cette mission s’inscrit dans un contexte plus large de prise de conscience des enjeux liés aux fonds marins. L’ONU travaille actuellement sur un traité international pour protéger les zones marines au-delà des juridictions nationales. Un texte qui pourrait, à terme, offrir une protection juridique au « Banana Hole ».

Le « Banana Hole » est une poche d’eaux internationales située dans l’Arctique, entre la Norvège et le Groenland. Cette zone abrite des éponges ancestrales, des sources hydrothermales volcaniques et des espèces marines uniques. Selon les scientifiques, ces écosystèmes jouent un rôle clé dans la biodiversité et pourraient contenir des molécules utiles pour la médecine. Autant dire une « bibliothèque vivante » de l’histoire de la Terre, à protéger absolument.

Les études menées dans la zone Clarion-Clipperton ont montré que l’exploitation minière détruit les écosystèmes en profondeur. La macrofaune visible à l’œil nu (vers, crustacés, escargots, palourdes) a chuté de 37 % dans les traces des engins miniers, et la richesse spécifique a baissé de 32 %. Les panaches de sédiments perturbent également les fonds marins sur le long terme. Ces impacts pourraient être irréversibles pour des espèces encore non découvertes.