Les agents du service mortuaire du CHU de Nantes ont déposé un préavis de grève pour ce mercredi 8 juillet, afin de dénoncer des conditions de travail devenues intenables, selon Le Figaro. Entre sous-effectifs persistants, manque de place pour les défunts et hausse de la mortalité liée aux vagues de chaleur, le service alerte sur un système au bord de l’implosion.
Ce qu'il faut retenir
- Sous-effectif chronique : seulement sept agents sur neuf en poste depuis mars, entraînant une surcharge de travail
- Manque de place critique : une seule place libre sur quarante en chambre mortuaire, selon les derniers relevés
- Hausse de 28 % des décès au CHU de Nantes en juin, avec 231 morts enregistrés contre une moyenne mensuelle de 180
- Équipements défaillants : deux congélateurs hors service, risquant de compromettre la conservation des corps
- Grève prévue à partir du 8 juillet si aucun accord n’est trouvé lors de la réunion avec la direction mardi 7 juillet
- Surcharge nationale : près de 2 000 morts supplémentaires en France depuis le début de l’été, d’après Santé publique France
Un service en surchauffe face à l’épidémie de canicule
Le préavis de grève déposé en fin de semaine dernière intervient dans un contexte particulièrement tendu. Le service mortuaire du CHU de Nantes, en sous-effectif depuis plusieurs mois, subit de plein fouet les conséquences des vagues de chaleur successives. Depuis le mois de mars, l’établissement ne compte plus que sept agents sur les neuf prévus, une situation qui s’est encore dégradée avec l’arrivée des températures estivales.
« Ce lundi matin, il ne reste plus qu’une place de libre en chambre mortuaire, sur les quarante disponibles », alerte Olivier Sabin, secrétaire CGT au CHU de Nantes. Le représentant syndical précise que la situation est d’autant plus préoccupante que deux des congélateurs du service sont actuellement hors service, réduisant encore les capacités de stockage. « Nos collègues craignent de devoir déplacer des corps en salle de thanatopraxie, à 14° C. Ce n’est pas une façon de préserver la dignité des défunts », dénonce-t-il.
Une mortalité en forte hausse, reflet d’un été précoce et intense
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : au CHU de Nantes, le mois de juin a enregistré 231 décès, soit une augmentation de 28 % par rapport à la moyenne mensuelle habituelle, fixée à 180 morts. Un bilan qui s’inscrit dans une tendance nationale alarmante. Selon les dernières données de Santé publique France, la France a enregistré plus de 2 000 morts supplémentaires depuis le début de l’été, un chiffre qui reflète l’impact des épisodes caniculaires précoces et intenses sur la santé des populations les plus vulnérables.
Olivier Sabin souligne l’urgence de la situation : « Cette surmortalité est extrêmement inquiétante, d’autant plus que nous ne sommes qu’au début de l’été. Les canicules à venir risquent d’aggraver encore cette tendance, sans que les moyens humains et matériels ne soient à la hauteur des besoins ». Le syndicat rappelle que les services hospitaliers, déjà sous tension, subissent de plein fouet les conséquences des politiques de restriction budgétaire et de la dégradation des conditions de travail dans la fonction publique hospitalière.
Des congés non pris et des équipes au bout du rouleau
Au-delà de la crise immédiate liée aux canicules, le service mortuaire du CHU de Nantes subit les effets d’un épuisement professionnel avancé. Les agents cumulent 440 jours de congés non pris, un chiffre qui illustre l’impossibilité pour le personnel de s’absenter, même pour se reposer. « Les collègues sont à bout, et les difficultés de ce début d’été ne font qu’empirer la situation », résume Olivier Sabin. La crise sanitaire des dernières années, puis les tensions budgétaires persistantes, ont laissé des traces profondes dans les services publics, et celui-ci n’y échappe pas.
L’image du CHU est également en jeu. Les familles, déjà en deuil, doivent parfois patienter dans des conditions dégradées lors de l’accueil des défunts. « L’accueil des proches est un moment délicat, et le manque de place et de moyens ne fait que fragiliser un peu plus le lien de confiance entre l’établissement et les usagers », ajoute le secrétaire CGT.
Un phénomène national aux racines structurelles
La crise du service mortuaire du CHU de Nantes n’est pas un cas isolé. Avec près de 2 000 morts supplémentaires enregistrés en France depuis juin, les services de thanatopraxie et de morgue sont sous une pression inédite. Les canicules précoces, combinées à un vieillissement de la population et à des effectifs souvent insuffisants, créent un cocktail explosif. Les professionnels du secteur alertent depuis des années sur le manque de moyens, mais les réponses apportées restent insuffisantes.
La question des moyens humains et matériels se pose avec acuité. Les congélateurs défaillants, les locaux saturés et les équipes en burn-out ne sont que les symptômes visibles d’un système de santé publique sous tension. « Il ne s’agit pas seulement d’un problème de ressources, mais aussi d’une question de respect des défunts et de leurs familles », rappelle Olivier Sabin. Pour l’heure, aucune solution concrète n’a été annoncée par les autorités sanitaires ou les tutelles des hôpitaux publics.
Face à l’urgence, les familles et les professionnels espèrent que la grève du 8 juillet, si elle a lieu, servira de signal pour une prise de conscience collective. Le risque, en revanche, est que la crise actuelle ne soit que la partie émergée d’un iceberg bien plus large : celui d’un système de santé publique à bout de souffle.
Les agents dénoncent des conditions de travail intenables : sous-effectifs chroniques (seulement sept agents sur neuf en poste), manque criant de places en chambre mortuaire (une seule disponible sur quarante), équipements défaillants (deux congélateurs en panne) et une hausse de 28 % des décès au CHU de Nantes en juin, liée aux canicules. Ils alertent également sur leur état d’épuisement professionnel, avec 440 jours de congés non pris.
Les familles peuvent se retrouver confrontées à des délais d’attente allongés pour l’accueil des défunts, voire à des transferts de corps dans des salles non dédiées, comme la salle de thanatopraxie maintenue à 14 °C. Cette situation, jugée indigne par les syndicats, risque d’aggraver le choc émotionnel des proches.