Deux militants séropositifs en grève de la faim depuis lundi à Reims pour dénoncer la sérophobie ont obtenu un rendez-vous avec la ministre déléguée chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, ce mercredi 2 septembre à 10h30 au ministère, d'après BFM - Politique.
Ils réclament une « loi d'urgence » contre les discriminations liées au statut sérologique, après avoir lancé une pétition en ligne qui a recueilli plus de 5 000 signatures en quelques jours, dont 1 500 depuis le début de leur mouvement. Cette initiative intervient dans un contexte où la sérophobie reste une réalité persistante en France, malgré les progrès médicaux et sociaux réalisés ces dernières décennies. Les deux hommes, l'influenceur niçois Nicolas Aragona (connu sous le pseudonyme Supersero) et le militant rémois Christophe Paco, dénoncent des situations de harcèlement subies en raison de leur séropositivité.
Ce qu'il faut retenir
- Une rencontre est prévue mercredi 2 septembre à 10h30 au ministère, en présence de la Dilcrah, du Défenseur des droits et du ministère de la Santé, selon BFM - Politique.
- Les deux militants, Nicolas Aragona (Supersero) et Christophe Paco, sont en grève de la faim depuis lundi 25 août devant le tribunal de Reims.
- Ils exigent une « loi d'urgence » contre la sérophobie et ont lancé une pétition ayant dépassé les 5 000 signatures, dont plus de 1 500 depuis le début de leur action.
- Leur mobilisation s'accompagne d'un appel à des rassemblements devant les palais de justice de France mercredi à 18h.
- La Dilcrah, le Défenseur des droits et le ministère de la Santé seront également présents lors de l'entretien avec Aurore Bergé.
Un mouvement né d'un constat de discrimination persistante
Nicolas Aragona et Christophe Paco ont choisi de jeûner devant le tribunal judiciaire de Reims pour attirer l'attention sur ce qu'ils qualifient de « sérophobie systémique ». Selon eux, les personnes séropositives continuent de subir des préjugés, des refus de soins, voire des violences verbales ou physiques, malgré les avancées en matière de traitement antirétroviral. Leur grève de la faim, débutée le 25 août 2026, symbolise une radicalisation de leur combat après des années de plaidoyer classique.
Dans un entretien accordé à l'AFP, Nicolas Aragona a souligné que leur action se poursuivrait malgré la proposition de rencontre ministérielle, tant que leurs revendications n'auront pas été entendues. « On ne lâchera rien tant que la loi ne sera pas sur la table », a-t-il déclaré. De son côté, Christophe Paco a lancé une pétition sur la plateforme Openpetition, qui a rapidement dépassé les 5 000 signatures, dont une partie recueillie en seulement 48 heures. Ces chiffres témoignent d'un soutien croissant à leur cause au sein de la société civile.
Une mobilisation qui dépasse le cadre local
Leur appel à des rassemblements devant les palais de justice de France mercredi 2 septembre à 18h vise à élargir la portée de leur mouvement. « Nous voulons montrer que ce problème n'est pas seulement rémois ou niçois, mais national », a expliqué Christophe Paco. Plusieurs associations LGBT+ et de lutte contre le sida ont d'ores et déjà annoncé leur participation à ces rassemblements, qui devraient se tenir dans une vingtaine de villes.
Les organisateurs espèrent ainsi faire pression sur les pouvoirs publics pour obtenir des mesures concrètes. Parmi leurs demandes figurent l'interdiction des refus de soins pour les personnes séropositives, la formation obligatoire des professionnels de santé sur la sérophobie, et la création d'un délit spécifique dans le code pénal. Pour l'instant, le parquet de Reims n'a pas souhaité commenter leur action, se contentant de rappeler que toute manifestation doit respecter le cadre légal.
Une rencontre ministérielle sous haute surveillance
La ministre Aurore Bergé, en charge de la Lutte contre les discriminations, a confirmé la tenue de cette réunion, qualifiant le sujet de « priorité absolue ». Son cabinet a précisé que la Dilcrah (délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT), le Défenseur des droits et le ministère de la Santé seraient associés à l'entretien. Une telle mobilisation interministérielle pourrait indiquer une volonté politique de répondre à l'urgence sociale soulevée par les deux militants.
Cependant, l'influenceur Nicolas Aragona a tempéré les attentes : « Une réunion, c'est bien, mais ce qu'on veut, c'est des actes. Autant dire que si on repart sans calendrier précis, on continuera le jeûne. » Ce rendez-vous intervient alors que la France s'apprête à commémorer les 40 ans de la découverte du VIH, une occasion pour certains de rappeler que les discriminations persistent malgré les progrès médicaux.
Cette grève de la faim s'inscrit dans une série d'initiatives récentes visant à lutter contre les discriminations liées à la santé. En juin 2025, une proposition de loi contre la sérophobie avait été déposée à l'Assemblée nationale, mais sans suite concrète. Les deux hommes espèrent que leur mouvement permettra de relancer le débat et, pourquoi pas, d'aboutir à une première loi française spécifiquement dédiée à la protection des personnes séropositives. Leur détermination pourrait bien forcer la main aux décideurs politiques.
— Quel est le statut juridique actuel de la sérophobie en France ? La sérophobie n'est pas reconnue comme un délit spécifique dans le code pénal français. Elle peut, dans certains cas, être requalifiée en injure ou en discrimination, mais les peines encourues restent limitées. Les associations demandent depuis des années la création d'un délit autonome pour mieux protéger les victimes.
— Les traitements contre le VIH sont-ils accessibles à tous en France ? Oui, depuis 2023, les traitements antirétroviraux sont entièrement pris en charge par l'Assurance maladie, sans avance de frais. Cependant, l'accès aux soins ne se limite pas à la gratuité des médicaments : il inclut aussi la lutte contre les préjugés des professionnels de santé, un enjeu que soulignent les deux militants.