Il y a vingt ans, l'exploitation des salins de Gruissan, dans l'Aude, frôlait l'abandon. C'est grâce à l'intervention de Patrice Gabanou, ancien saunier, que ce site emblématique a été sauvé de la fermeture définitive. Aujourd'hui, le salin de Gruissan, surnommé « le lac rose » pour ses eaux aux reflets colorés, attire plus d'un demi-million de visiteurs chaque année. Selon Franceinfo - Culture, ce paysage unique, où 15 000 tonnes de fleur de sel sont récoltées annuellement, doit sa survie à une tradition centenaire et à une algue résistante.
Ce qu'il faut retenir
- 400 hectares de salins colorés en rose, visibles à perte de vue, forment un paysage unique dans l'Aude
- La couleur rose est due à une algue résistante, dont l'évaporation libère la fleur de sel, naturellement calibrée
- Quelque 15 000 tonnes de fleur de sel sont récoltées chaque année par les sauniers
- Plus de 500 000 visiteurs se pressent chaque année pour admirer ce site et déguster les spécialités locales
- L'exploitation a été sauvée il y a vingt ans grâce à l'intervention de Patrice Gabanou et du soutien de la commune
- La récolte s'achève avec les pluies d'automne, tandis que la couleur rose s'estompe progressivement
Un paysage à couper le souffle, façonné par des siècles de tradition
En été, les salins de Gruissan s'étendent sur 400 hectares, offrant un spectacle naturel rare : une étendue rose à perte de vue. Ce phénomène, visible surtout en période estivale, attire chaque année des centaines de milliers de touristes. « C'est une belle ambiance, des couleurs qu'on ne voit pas partout, c'est très nature, c'est très sympa. Et les enfants, ils sont contents de voir le rose, c'est très joli », confie une visiteuse venue admirer le site. Les visiteurs profitent du cadre pour déguster les spécialités locales, tout en s'émerveillant devant la beauté du paysage. « Si le paradis existe, je pense que ce serait celui-ci. C'est magnifique, les couleurs sont belles, on est des épicuriens, il y a du bon vin et puis le cadre est splendide », ajoute une autre, attablée face aux salins.
Derrière cette apparence idyllique se cache une activité millénaire : l'exploitation du sel. La couleur rose des eaux, qui varie selon les saisons, est due à la présence d'une algue spécifique, la seule capable de résister à un milieu aussi salé. « C'est un sel qui est naturellement calibré. Du coup, il s'accumule au bord et c'est là qu'on vient le ramasser avec la pelle », explique Téo Chaine, saunier en activité. Cette méthode artisanale permet de récolter chaque année 15 000 tonnes de fleur de sel, un trésor local prisé pour ses qualités gustatives et sa finesse.
Une renaissance menacée qui a trouvé son sauveur
Pourtant, il y a deux décennies, l'avenir des salins de Gruissan était incertain. L'exploitant historique avait décidé de mettre un terme à la production de sel sur ce site, laissant craindre sa disparition. « L'exploitant historique avait décidé d'arrêter la production de sel sur ce lieu. C'est à ce moment-là qu'on a repris ça en main avec le soutien de la commune et j'espère que ça va continuer pendant quelques années, parce que c'est un beau métier », déclare Patrice Gabanou, actuel exploitant des salins. Son intervention, soutenue par la mairie, a permis de relancer l'activité et de préserver ce patrimoine naturel et culturel.
Ce sauvetage intervient à un moment où le site attire une clientèle de plus en plus nombreuse. Avec plus de 500 000 visiteurs par an, les salins de Gruissan sont devenus une destination phare du tourisme local, contribuant à l'économie de la région. Les visiteurs viennent non seulement pour la beauté des lieux, mais aussi pour découvrir les produits du terroir, comme les spécialités à base de fleur de sel ou les vins du Languedoc. « L'exploitant actuel des salins rappelle que cette activité ne se limite pas à la récolte du sel : c'est aussi une tradition, un savoir-faire transmis de génération en génération.
Une activité saisonnière rythmée par les cycles naturels
La récolte de la fleur de sel est une activité strictement saisonnière. Elle s'étend de mai à septembre, période où les températures estivales favorisent l'évaporation de l'eau et la formation des cristaux de sel. « Sous les fortes chaleurs, elle s'évapore et libère la fleur de sel », précise Téo Chaine. Une fois récoltée, la fleur de sel est laissée à sécher avant d'être conditionnée et commercialisée. La fin de l'été marque donc la conclusion d'un cycle de production intensif, où les sauniers travaillent sans relâche pour extraire ce précieux trésor.
Avec l'arrivée des pluies d'automne, la couleur rose des salins commence à s'estomper, signe que la saison touristique touche à sa fin. Pourtant, ce phénomène naturel reste un attrait majeur pour les visiteurs, qui reviennent chaque année pour admirer ce spectacle éphémère. « La couleur rose, elle va s'estomper progressivement », indique l'exploitant, soulignant que la beauté des salins réside autant dans leur aspect visuel que dans leur fonction économique et culturelle.
La couleur rose des salins est due à la présence d'une algue résistante, la Dunaliella salina, qui prolifère dans les eaux saturées en sel. Cette algue produit des pigments caroténoïdes, donnant aux eaux leur teinte caractéristique. La concentration en sel, amplifiée par l'évaporation estivale, permet à cette algue de survivre et de colorer les bassins.