Selon France 24, la guerre à Gaza a bouleversé le quotidien de millions d’enfants, privant une génération entière d’éducation. Dans ce contexte, les établissements scolaires jouent désormais un rôle bien plus large que l’enseignement : ils offrent un semblant de normalité et une survie psychologique aux plus jeunes. Cette réalité a été mise en lumière lors d’un entretien organisé par la rédaction, réunissant deux figures engagées sur le terrain : Alexandre Chatillon, directeur général de l’ONG Super Novae, et Rami Abou James, journaliste basé à Gaza.
Ce qu'il faut retenir
- Les écoles de Gaza sont devenues des espaces de protection et de stabilité pour les enfants, souvent les seuls lieux où ils peuvent oublier temporairement la guerre.
- Super Novae, une ONG internationale, déploie des programmes éducatifs et psychologiques dans des écoles partiellement détruites ou transformées en abris.
- Les enfants gazaouis subissent un traumatisme profond : plus de 625 000 élèves ont vu leur scolarité interrompue depuis le début du conflit en octobre 2023, selon les dernières estimations de l’UNRWA.
- Les infrastructures éducatives sont gravement endommagées : plus de 40 % des écoles à Gaza sont inutilisables, d’après les rapports des Nations unies.
- Rami Abou James, journaliste sur place, souligne l’importance des enseignants, souvent eux-mêmes déplacés, qui tentent de maintenir un lien éducatif malgré les conditions extrêmes.
Des salles de classe transformées en refuges
Les écoles à Gaza ne servent plus uniquement à dispenser des cours. Comme l’explique Alexandre Chatillon, Super Novae a adapté ses actions pour faire des établissements scolaires des lieux de résilience. « Ces structures deviennent des points de rassemblement où les enfants peuvent recevoir un soutien psychosocial, des repas, et surtout, un sentiment de sécurité », a-t-il déclaré. Dans certaines zones, les écoles sont les seuls bâtiments encore debout, ce qui en fait des cibles pour les distributions d’aide humanitaire. Selon les Nations unies, plus de 80 % des écoles restantes à Gaza abritent aujourd’hui des déplacés.
Les cours sont souvent organisés en deux ou trois vagues par jour pour permettre à un maximum d’enfants d’y assister. Les enseignants, souvent bénévoles, improvisent avec des moyens limités : tableaux noirs à moitié effacés, cahiers usés jusqu’à la corde, et un manque criant de fournitures de base. Pourtant, malgré ces obstacles, les salles de classe restent des havres de paix dans un paysage de désolation.
Un traumatisme qui dépasse l’urgence matérielle
Rami Abou James, qui vit et travaille à Gaza depuis plus de dix ans, décrit une situation où la détresse des enfants dépasse largement les dégâts physiques. « On voit des enfants de 6 ou 7 ans qui dessinent des chars et des bombes au lieu de maisons ou de fleurs. Certains refusent de parler, d’autres pleurent en silence quand on leur demande ce qu’ils veulent devenir », a-t-il expliqué. Selon une étude récente menée par l’UNICEF, 70 % des enfants gazaouis souffrent de troubles anxieux ou dépressifs, un chiffre qui illustre l’ampleur de la crise mentale dans l’enclave.
Les programmes mis en place par les ONG comme Super Novae intègrent désormais des ateliers de dessin, de théâtre ou de sport pour aider les enfants à extérioriser leur stress. « On ne parle pas de retour à la normale, mais de survie. L’école, même réduite à sa plus simple expression, leur offre une structure, une routine, quelque chose à quoi se raccrocher », a ajouté Alexandre Chatillon.
Les défis d’une éducation sous les bombes
Malgré les efforts, les obstacles restent immenses. Les coupures d’électricité fréquentes perturbent les cours, et les déplacements de population rendent difficile la scolarisation régulière. « Parfois, un enfant vient à l’école un jour, puis disparaît pendant une semaine parce que sa famille a été évacuée vers le sud », a précisé Rami Abou James. Les Nations unies estiment que plus de 200 jours de classe ont été perdus depuis octobre 2023 en raison des frappes et des restrictions d’accès.
Un autre défi est celui des enseignants, dont beaucoup ont fui ou sont morts dans les bombardements. Selon le ministère de l’Éducation de Gaza, près de 3 000 enseignants ont été tués ou blessés depuis le début de la guerre. Ceux qui restent, souvent non rémunérés, assument des charges de travail colossales pour maintenir un semblant de continuité éducative. « Sans eux, il n’y aurait plus aucune école à Gaza. Ils sont les héros invisibles de cette crise », a souligné Chatillon.
Alors que la guerre entre dans sa troisième année, les écoles de Gaza restent le dernier rempart contre l’effondrement total de la société civile. Comme le résume Rami Abou James : « Pour ces enfants, chaque heure passée en classe est une victoire. Une victoire contre le désespoir. »