Depuis le début du conflit entre Israël, les États-Unis et l’Iran, la guerre se joue également sur le front numérique. Selon Courrier International, Téhéran diffuse depuis plusieurs semaines des vidéos de propagande générées par intelligence artificielle (IA), reprenant l’esthétique des jouets Lego pour promouvoir son narratif en temps quasi réel sur les réseaux sociaux.
Ces animations, souvent accompagnées de musiques rap, mettent en scène des figurines colorées représentant des scènes de conflit, des dirigeants ou des concepts idéologiques. Le président américain Donald Trump y apparaît parfois sous les traits d’un cochon, tandis que d’autres clips célèbrent « les principes fondamentaux de la République islamique », comme la lutte contre l’Occident ou l’anti-impérialisme. Selon CNN, ces contenus cumulent des milliers de vues et sont largement partagés, notamment sur des plateformes comme TikTok, X (ex-Twitter) et Instagram.
Ce qu'il faut retenir
- Une stratégie propagandiste innovante : l’Iran utilise l’IA et l’esthétique Lego pour diffuser sa version des événements en temps réel.
- Des cibles variées : Donald Trump y est caricaturé, mais aussi des thèmes comme la haine de l’Occident ou l’anti-impérialisme sont mis en avant.
- Une production attribuée à un groupe identifié : le compte « Explosive Media » admet travailler pour le compte du régime iranien, selon la BBC.
- Un phénomène en expansion depuis 2025 : ces vidéos se sont popularisées début 2026, avec une montée en puissance sur les réseaux sociaux.
- Un risque de désinformation accru : l’utilisation de l’IA pour créer des contenus trompeurs menace la fiabilité de l’information en période de crise.
Des animations Lego aux mains de la propagande iranienne
L’innovation de cette campagne réside dans son approche visuelle et son accessibilité. Les vidéos, produites à l’aide d’outils d’IA, imitent l’apparence des célèbres briques emboîtables pour rendre les messages plus attractifs, surtout auprès des jeunes publics. Selon CNN, ces clips ne se contentent pas de relayer l’actualité : ils la réinterprètent en temps réel, souvent en exagérant ou en déformant certains aspects pour servir les intérêts de Téhéran.
Parmi les exemples marquants, certains vidéos associent des symboles occidentaux à des figures malveillantes, ou encore mettent en scène des dirigeants internationaux sous des traits peu flatteurs. La musique rap, parfois utilisée en fond sonore, renforce l’impact émotionnel et idéologique, comme l’a souligné The Conversation en qualifiant ces productions de « slopaganda » — un terme désignant des contenus de propagande générés par IA, souvent de mauvaise qualité mais diffusés massivement.
Une équipe réduite derrière un projet ambitieux
Selon les informations recueillies par la BBC, le compte « Explosive Media », actif depuis 2025, serait à l’origine de ces vidéos. Interrogé sous le pseudonyme « M. Explosive », un représentant du groupe a reconnu, après plusieurs démentis, que le régime iranien figurait parmi ses « clients ». L’équipe compterait une dizaine de personnes, selon ses déclarations, et publie régulièrement des contenus depuis février 2026.
Cette reconnaissance tardive confirme les soupçons de collaboration entre des acteurs privés et des États dans la production de propagande numérique. « Explosive Media » n’est pas le seul à opérer dans ce domaine : d’autres groupes, notamment en Russie, ont également recours à des techniques similaires pour influencer l’opinion publique, comme l’a rapporté Time.
La « slopaganda », un outil de désinformation de plus en plus répandu
Le phénomène de la « slopaganda » — contraction de « sloppy » (peu soigné) et « propagande » — s’est développé avec l’essor des outils d’IA grand public. Selon deux chercheurs cités par The Conversation, ce type de contenu est devenu « bien plus grave que prévu » depuis la popularisation du terme en 2025. L’IA permet en effet de produire rapidement des vidéos ou des images crédibles, mais souvent biaisées, qui se propagent à une vitesse difficile à contrôler.
Cette méthode n’est pas nouvelle : dès avril 2020, pendant la pandémie de Covid-19, la propagande sous couvert de contenus anodins, comme l’esthétique Lego, avait été utilisée. La Russie l’a ensuite reprise lors des législatives moldaves en 2025, montrant que cette stratégie s’étend bien au-delà du Moyen-Orient. L’utilisation de ces techniques par des États autoritaires pose un défi majeur pour la lutte contre la désinformation, surtout en période de conflit.
« Quand les gens cherchent à s’informer mais que les sources fiables font défaut, ces contenus peuvent avoir un impact disproportionné », a indiqué The Conversation, soulignant les risques d’une information manipulée en temps de guerre.
Donald Trump, cible récurrente de la propagande iranienne
Le président américain figure parmi les cibles privilégiées de ces animations. Dans plusieurs vidéos, il est représenté sous les traits d’un cochon, un symbole fort dans la culture iranienne pour dénoncer la corruption ou l’hypocrisie. Ces caricatures, bien que simplistes, visent à discréditer les dirigeants occidentaux aux yeux des populations ciblées.
Cette personnalisation de la propagande reflète une stratégie délibérée pour humaniser les conflits et rendre les messages plus accessibles. Elle s’inscrit dans une logique plus large de guerre cognitive, où chaque camp cherche à imposer sa narrative dans l’espace public numérique.
Cette utilisation de l’IA dans la propagande illustre une fois de plus l’importance croissante des réseaux sociaux dans les conflits modernes. Alors que les frontières entre information et manipulation s’estompent, les défis pour les médias et les plateformes numériques ne font que commencer.
L’esthétique Lego permet de rendre les messages plus accessibles et attractifs, surtout auprès des jeunes publics. Le régime iranien cherche ainsi à humaniser sa narrative et à toucher une audience plus large sur des plateformes comme TikTok ou Instagram. Cette approche s’inscrit dans une stratégie globale de propagande numérique, où le visuel prime souvent sur la complexité des faits.
La « slopaganda » désigne des contenus de propagande générés par intelligence artificielle, souvent de mauvaise qualité mais diffusés massivement pour manipuler l’opinion. Son danger réside dans sa capacité à se propager rapidement, surtout en période de crise où les sources fiables d’information se raréfient. Ces contenus brouillent les frontières entre réalité et fiction, rendant plus difficile l’accès à une information objective.
