Pierre Moscovici, ancien ministre de l’Économie et membre de la Cour des comptes européenne, a livré une analyse sans concessions sur les enjeux de propagande russe dans les médias français lors d’un entretien accordé à Franceinfo - Sport ce lundi 1er juin 2026. Entre les polémiques autour du renouvellement du titre de séjour de Xenia Fedorova et la diffusion de contenus pro-Kremlin, l’ancien responsable politique a pointé une « guerre culturelle et intellectuelle » en cours, qu’il estime impossible d’ignorer. L’interview aborde également les violences post-match PSG-Arsenal et la gestion des casseurs par les autorités.

Ce qu'il faut retenir

  • Pierre Moscovici, invité de Franceinfo - Sport le 1er juin 2026, a dénoncé la présence de figures propagandistes pro-Kremlin dans les médias français, notamment sur une chaîne du groupe Bolloré.
  • Xenia Fedorova, ancienne responsable de RT France (interdite en Europe pour propagande), a obtenu le renouvellement de son titre de séjour malgré son rôle présumé dans la diffusion de messages alignés sur la ligne du Kremlin.
  • Moscovici a souligné l’incohérence entre l’interdiction de RT et l’autorisation pour la même personne de poursuivre une activité propagandiste sur un autre média, évoquant une « guerre hybride » menée par la Russie.
  • L’ancien ministre a également réagi aux violences survenues après le match PSG-Arsenal, critiquant les généralisations mais reconnaissant l’existence de casseurs organisés.

Une figure controversée toujours active dans les médias français

Invité à réagir sur le renouvellement du titre de séjour de Xenia Fedorova, ancienne directrice de RT France — chaîne interdite en Europe en 2024 pour « propagande continue menaçant l’ordre public » — Pierre Moscovici a d’abord évité de se prononcer sur la procédure administrative. « Je n’ai pas les éléments pour dire si c’est normal ou non, a-t-il déclaré. Mais le vrai problème n’est pas le titre de séjour, c’est sa présence actuelle dans un média français où elle relaie la propagande de Poutine, comme elle le faisait sur RT. » Selon lui, cette situation illustre une incohérence dans la lutte contre la désinformation. « On l’a interdite sur RT et elle opère aujourd’hui sur un autre média, avec les mêmes arguments. Où est la cohérence ? »

Moscovici a rappelé que la Russie est perçue comme une « menace potentielle » par la France, notamment depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. « La guerre hybride ne se limite pas aux drones ou aux cyberattaques. Elle passe aussi par l’influence, la propagande, et cela doit être combattu avec fermeté, a-t-il insisté. Quand un État en guerre contre nous utilise des relais médiatiques pour diffuser sa rhétorique, l’État français a-t-il une responsabilité à assumer ? »

La liberté d’expression des médias face à la menace propagandiste

Le groupe Bolloré, propriétaire du média où Xenia Fedorova intervient désormais, défend sa ligne éditoriale au nom de la liberté d’expression. « Un média privé emploie qui il veut, c’est son droit, a reconnu Moscovici. Mais quand cette liberté sert de couverture à une guerre informationnelle dirigée contre la France, la question de la responsabilité de l’État se pose. Faut-il expulser une personne qui agit comme un relais de propagande pour un pays en guerre contre nous ? Ce n’est pas à moi de trancher, mais c’est un débat légitime. »

L’ancien ministre a également pointé du doigt d’autres épisodes récents, comme le boycott de pétitionnaires lors du Festival de Cannes ou l’expulsion controversée de l’éditeur Olivier Nora par les éditions Grasset, suivies par la menace de départ de 170 auteurs. « On assiste à une multiplication de conflits culturels et intellectuels, a-t-il analysé. Ces tensions ne sont pas anodines. Elles reflètent une bataille d’influence qui dépasse le cadre médiatique. »

Violences post-match PSG-Arsenal : entre casseurs et généralisations abusives

L’entretien a également abordé les violences survenues après le match opposant le PSG à Arsenal en Ligue des champions, le 30 mai 2026. Les dégradations, attribuées en partie à des groupes organisés de casseurs, ont relancé le débat sur l’efficacité des forces de l’ordre et la sévérité de la justice. « Il faut éviter les généralisations, a tempéré Moscovici. Éric Zemmour a immédiatement évoqué la « remigration », une thèse dépassée. Oui, il y a des casseurs, des individus masqués prêts à en découdre, et c’est inacceptable. Mais cela ne doit pas servir à stigmatiser toute une jeunesse. »

L’ancien ministre, qui a constaté les dégâts dans son quartier parisien, a salué le travail des forces de l’ordre tout en s’interrogeant sur les causes profondes de cette violence. « Pourquoi certains jeunes en arrivent-ils à se comporter ainsi ? La réponse ne se limite pas à une question de sécurité. Elle interroge aussi notre modèle social et éducatif. »

Une guerre culturelle et intellectuelle à prendre au sérieux

Pour Pierre Moscovici, l’affaire Fedorova n’est qu’un symptôme d’un phénomène plus large. « Nous sommes en guerre culturelle, a-t-il martelé. Pas seulement en Ukraine, mais aussi sur notre propre sol. La propagande russe, la censure dans certains milieux, les pressions sur les médias… Tout cela s’inscrit dans une stratégie globale. On ne peut pas faire semblant de ne pas voir ce qui se passe. » Il a appelé à une mobilisation collective pour défendre les valeurs démocratiques face à ces menaces.

Sans appeler explicitement à l’expulsion de Xenia Fedorova, il a estimé que l’État devait agir « dans le cadre de ses prérogatives ». « Le ministre de l’Intérieur a rappelé ce matin que même après l’obtention d’un titre de séjour, une expulsion reste possible. Le débat n’est donc pas clos. En revanche, ce qui compte avant tout, c’est de ne pas laisser prospérer des relais de propagande qui sapent notre cohésion nationale. »

Et maintenant ?

La polémique autour de Xenia Fedorova et des médias pro-Kremlin devrait alimenter les discussions dans les semaines à venir, alors que le gouvernement doit publier un rapport sur la lutte contre la désinformation avant la fin du mois. Par ailleurs, les prochains matchs du PSG en Ligue des champions, prévus en juin, pourraient donner lieu à de nouvelles tensions, obligeant les autorités à renforcer les dispositifs de sécurité. Enfin, la question de l’expulsion éventuelle de figures propagandistes pourrait faire l’objet d’un examen au Parlement d’ici l’automne.

L’interview de Pierre Moscovici, disponible en intégralité sur le site de Franceinfo, intervient dans un contexte où les tensions géopolitiques et les débats sociétaux s’entremêlent avec une intensité particulière. Alors que la guerre en Ukraine se poursuit et que les élections européennes approchent, la question de la résilience démocratique face aux menaces hybrides reste plus que jamais d’actualité.

RT France a été interdite en 2024 par les autorités européennes pour « propagande continue et concertée menaçant l’ordre public ». Cependant, Xenia Fedorova a pu poursuivre ses activités sur un autre média français, selon Pierre Moscovici, car aucune interdiction globale ne s’applique à son cas individuel. L’ancien ministre souligne l’incohérence entre ces deux situations, toutes deux liées à la diffusion de messages alignés sur la ligne du Kremlin.

Un rapport sur la lutte contre la désinformation doit être publié avant la fin juin 2026. Par ailleurs, le ministre de l’Intérieur a rappelé que le retrait ou l’expulsion d’un titre de séjour reste possible même après son obtention, ouvrant la voie à des décisions administratives ou judiciaires dans les mois à venir.