Depuis le début des hostilités entre les États-Unis, Israël et l’Iran fin février, le conflit au Moyen-Orient pèse lourdement sur l’économie mondiale. Selon une analyse publiée par Reuters et relayée par BFM Business, les entreprises internationales ont déjà subi des pertes estimées à 25 milliards de dollars, un niveau de recul comparable à celui observé lors de la crise financière mondiale de 2008.

Ce qu'il faut retenir

  • 25 milliards de dollars : le coût cumulé des perturbations liées à la guerre pour les entreprises depuis fin février.
  • 279 sociétés ont invoqué le conflit pour justifier des mesures défensives comme des hausses de prix ou des réductions de production.
  • Le blocage du détroit d’Ormuz, artère stratégique pour le transport de pétrole, a fait flamber les prix de l’énergie de plus de 50%.
  • 15 milliards de dollars : la facture des compagnies aériennes, pénalisée par la hausse du kérosène.
  • Les marges des entreprises du S&P 500 devraient reculer de 0,38 point au deuxième trimestre.
  • Les secteurs de l’automobile, des télécommunications et des produits ménagers anticipent des révisions à la baisse de leurs bénéfices de plus de 5% sur un an.

Une crise qui s’étend au-delà des frontières du Moyen-Orient

Le conflit, déclenché le 28 février 2026, a provoqué une réaction en chaîne sur les marchés mondiaux. Les entreprises, qu’elles soient américaines, européennes ou asiatiques, subissent de plein fouet la flambée des prix de l’énergie et les perturbations des chaînes d’approvisionnement. 279 sociétés ont officiellement reconnu s’adapter à la crise en adoptant des mesures défensives : hausse des prix, réduction des dividendes, suspensions de rachats d’actions ou encore mises au chômage partiel. Certaines, comme le fabricant d’appareils électroménagers Whirlpool, ont même revu à la baisse leurs prévisions annuelles de moitié et suspendu le versement de leur dividende.

Les effets se font sentir sur l’ensemble des secteurs. Procter & Gamble, géant des biens de consommation, estime à 1 milliard de dollars la baisse de ses bénéfices après impôts, tandis que le constructeur automobile Toyota chiffre ses pertes à 4,3 milliards de dollars. Pour sa part, le malaisien Karex, spécialisé dans la production de préservatifs, a alerté sur la hausse des coûts liée à la crise.

Le détroit d’Ormuz, épicentre d’une crise énergétique mondiale

Le blocage de cette voie maritime stratégique, par laquelle transite près de 20% du pétrole mondial, a fait exploser les prix du baril, dépassant les 100 dollars. Cette hausse a des répercussions directes sur les coûts de transport des entreprises, réduisant leur approvisionnement en matières premières essentielles comme les engrais, l’hélium, l’aluminium ou le polyéthylène. Près de 20% des entreprises interrogées – couvrant des secteurs aussi variés que la cosmétique, les pneus, les détergents ou encore le transport aérien – ont signalé des charges financières directement imputables à la guerre.

La majorité de ces entreprises sont implantées en Europe et au Royaume-Uni, où les coûts énergétiques étaient déjà élevés avant le conflit. L’Asie, très dépendante des approvisionnements en brut du Moyen-Orient, compte pour près d’un tiers des sociétés affectées. À titre de comparaison, en octobre 2025, 35 milliards de dollars de coûts avaient déjà été imputés aux droits de douane imposés par l’administration américaine. Aujourd’hui, la guerre au Moyen-Orient aggrave encore la situation, avec une inflation des prix de l’énergie qui menace de s’installer dans la durée.

Des marges sous pression et une inflation alimentée par la crise

Les entreprises peinent à répercuter ces surcoûts sur leurs clients, faute de pouvoir augmenter leurs prix sans risquer de perdre en compétitivité. Marc Bitzer, PDG de Whirlpool, a résumé la situation en ces termes : « Ce niveau de recul de l’industrie est comparable à celui observé lors de la crise financière mondiale et il dépasse même celui d’autres périodes de récession ». Le groupe a observé un ralentissement de la demande des consommateurs, qui privilégient désormais la réparation de leurs appareils plutôt que leur remplacement. Une tendance qui pèse sur les marges des entreprises, notamment dans les secteurs industriels et de biens de consommation.

Les analystes anticipent un affaiblissement du pouvoir de fixation des prix des entreprises, rendant leurs coûts fixes plus difficiles à absorber. Les marges bénéficiaires des sociétés du S&P 500 devraient ainsi reculer de 0,38 point de pourcentage au deuxième trimestre, tandis que celles des entreprises européennes du STOXX 600 seront sous pression dès le troisième trimestre. Les protections contre la hausse des prix, comme les opérations de couverture, devraient s’épuiser, aggravant encore la situation.

« Les consommateurs hésitent à remplacer leurs produits et préfèrent les réparer. »
— Marc Bitzer, directeur général de Whirlpool

Des secteurs particulièrement exposés

Certains secteurs sont plus touchés que d’autres. Les compagnies aériennes, par exemple, supportent une facture de près de 15 milliards de dollars en raison de la hausse du kérosène, dont le prix a quasi doublé. McDonald’s a également alerté sur l’impact à long terme de la crise, évoquant une inflation des coûts persistante. Son PDG, Chris Kempczinski, a déclaré début mai : « La hausse des prix de l’essence est le principal problème que nous observons actuellement ».

Dans l’industrie, des groupes comme le fabricant allemand de pneus Continental s’attendent à des surcoûts d’au moins 100 millions d’euros à partir du deuxième trimestre. Roland Welzbacher, cadre chez Continental, a précisé : « Cela nous touchera probablement vers la fin du deuxième trimestre, puis l’impact se fera pleinement sentir au second semestre ». Le géant des biens de consommation Newell Brands a quant à lui indiqué qu’une hausse de 5 dollars du prix du baril entraînait une augmentation de ses coûts d’environ 5 millions de dollars.

Et maintenant ?

Les analystes estiment que l’impact réel sur les bénéfices des entreprises ne s’est pas encore pleinement matérialisé. Selon Rami Sarafa, directeur général de Cordoba Advisory Partners, « les prévisions de marges bénéficiaires n’ont été revues à la baisse que récemment ». Les prochains mois seront décisifs, notamment avec la fin progressive des mécanismes de couverture contre la hausse des prix de l’énergie. La situation pourrait encore s’aggraver si le conflit s’étend ou si les perturbations au niveau du détroit d’Ormuz persistent. Les entreprises, déjà fragilisées, pourraient alors être contraintes de reporter leurs investissements ou de supprimer des emplois.

La guerre au Moyen-Orient s’ajoute à une liste déjà longue de chocs économiques pour les entreprises, après la pandémie de Covid-19 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Sans perspective d’un accord de paix en vue, les acteurs économiques doivent désormais composer avec une inflation durable et un environnement commercial de plus en plus incertain.

Les secteurs les plus touchés sont ceux fortement dépendants de l’énergie et des matières premières, comme l’aérien, l’automobile, la chimie, les produits ménagers et l’électroménager. Les compagnies aériennes supportent à elles seules près de 15 milliards de dollars de surcoûts, tandis que les constructeurs automobiles et les fabricants de pneus, comme Toyota et Continental, subissent des pertes estimées à plusieurs milliards. Les biens de consommation, comme Procter & Gamble, et les matériaux de construction sont également très exposés.