Les électeurs de Guinée-Bissau se sont rendus aux urnes ce dimanche 31 août 2026 pour un référendum constitutionnel, un scrutin qui pourrait profondément transformer l’équilibre des institutions du pays. Selon Euronews FR, ce vote vise à adopter une nouvelle Constitution, élaborée par le Conseil national de transition, qui renforcerait les prérogatives du président et réduirait le rôle du Parlement. Une réforme contestée par l’opposition, qui dénonce un processus antidémocratique et une prise de décision opaque.

Ce qu'il faut retenir

  • Un référendum constitutionnel organisé ce 31 août 2026 en Guinée-Bissau pour adopter une nouvelle Constitution accordant davantage de pouvoirs au président.
  • La réforme, portée par la junte militaire au pouvoir, transforme le régime semi-parlementaire actuel en un système présidentiel.
  • L’opposition dénonce un processus non consultatif et un climat politique verrouillé, appelant au boycott du scrutin.
  • Le général Horta N’Tam, président de transition, est à la tête du Conseil national depuis novembre 2025, après un coup d’État ayant renversé Umaro Sissoco Embaló.
  • Parmi les 2,2 millions d’habitants, environ 915 000 électeurs étaient appelés à voter, avec des résultats provisoires attendus pour le 2 septembre 2026.

Une réforme constitutionnelle au cœur d’un climat politique explosif

Ce référendum intervient dans un contexte marqué par une instabilité politique chronique. Selon nos confrères de Euronews FR, le texte soumis au vote propose de basculer d’un régime semi-parlementaire vers un système présidentiel, où le chef de l’État disposerait du pouvoir de nommer et révoquer le Premier ministre, ainsi que de dissoudre le Parlement. Aujourd’hui, le Parlement compte 102 sièges, mais la nouvelle Constitution prévoit de le réduire à 65 membres, une mesure justifiée par les autorités militaires comme un moyen d’améliorer l’efficacité des débats.

Pourtant, cette réforme est largement contestée. L’opposition, notamment le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), y voit une manœuvre pour marginaliser les partis politiques et affaiblir la représentation populaire. « Cette Constitution affaiblit considérablement le premier ministre et le gouvernement, subordonne l’Assemblée nationale populaire et les partis politiques, et dévalorise la volonté populaire exprimée dans les urnes », a dénoncé Muniro Conté, porte-parole du PAIGC, dans une déclaration à l’Associated Press.

Un processus élaboré dans l’opacité et rejeté par la société civile

Le référendum est vivement critiqué pour son manque de transparence. Bubacar Turé, président de la Ligue guinéenne des droits de l’homme, a souligné à Euronews FR que « personne n’a été consulté, ni les partis politiques, ni les organisations de la société civile, encore moins les leaders traditionnels ou religieux. Tout a été fait en secret ». Il a également rappelé que les partisans du « non » n’ont pas été autorisés à faire campagne, qualifiant la situation de « climat de non-liberté ». Face à ces conditions, l’opposition a appelé au boycott du vote.

La légitimité même du gouvernement militaire est questionnée. Paulino Quadé, analyste politique bissau-guinéen, a interrogé dans un entretien à l’Associated Press : « Qui a rédigé cette Constitution et au nom de qui ? Pour protéger quels intérêts ou quelles institutions ? Qui sort gagnant de cette Constitution ? » Des interrogations qui reflètent un mécontentement profond au sein de la population, alors que le pays traverse une crise démocratique persistante.

Un coup d’État en 2025 et une transition militaire contestée

La junte militaire est arrivée au pouvoir en novembre 2025, quelques jours après une élection présidentielle dont les résultats avaient été vivement contestés. Umaro Sissoco Embaló, l’ancien président, et Fernando Dias, son rival, avaient tous deux revendiqué la victoire. Les militaires ont alors suspendu le processus électoral et destitué Embaló, avant de nommer le général Horta N’Tam président de transition. Ce dernier est aujourd’hui à la tête du Conseil national de transition, une instance autoproclamée qui dispose d’un pouvoir législatif et exécutif jusqu’à la tenue d’élections.

Pourtant, cette transition est elle-même critiquée. Plusieurs dirigeants africains ont qualifié la prise de pouvoir de « mise en scène », évoquant des circonstances favorables permettant à Embaló de quitter le pays après avoir semblé céder face aux militaires. Cette version est contestée, certains analystes estimant qu’Embaló a été contraint de négocier sa sortie après avoir réalisé qu’il perdait le scrutin. Ironie de l’histoire, l’ancien président avait lui-même dissous le Parlement en 2023, dominé par l’opposition, avant de gouverner par décret jusqu’à son renversement.

Un pays miné par l’instabilité et la pauvreté malgré ses ressources

Depuis son indépendance en 1973, la Guinée-Bissau, seul pays lusophone d’Afrique de l’Ouest, a connu cinq coups d’État et de multiples tentatives de déstabilisation. Malgré une richesse naturelle par habitant parmi les plus élevées du continent, selon la Banque mondiale, plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. Cette situation économique précaire alimente les tensions sociales et politiques, dans un pays où l’armée joue un rôle central dans la gouvernance.

Ce référendum s’inscrit dans une tendance régionale inquiétante. Comme le rapporte Euronews FR, plusieurs pays africains, dont le Zimbabwe et le Tchad, ont récemment modifié leur Constitution pour renforcer les pouvoirs de l’exécutif, supprimer les limites d’âge ou prolonger la durée des mandats. Une évolution qui interroge sur l’avenir de la démocratie en Afrique de l’Ouest, où les régimes militaires se multiplient.

Et maintenant ?

Les premiers résultats provisoires du référendum sont attendus pour ce mardi 2 septembre 2026. Leur publication pourrait déclencher des réactions immédiates de l’opposition ou des acteurs internationaux. Si le « oui » l’emporte, la nouvelle Constitution sera mise en place, transformant durablement les institutions du pays. En revanche, un taux de participation faible ou des accusations de fraude pourraient aggraver la crise politique. Les prochaines semaines seront déterminantes pour la stabilité de la Guinée-Bissau, alors que la junte militaire tente de légitimer son pouvoir par les urnes.

Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : ce scrutin, déjà contesté avant même d’avoir eu lieu, ne mettra pas fin aux tensions dans un pays où l’équilibre des pouvoirs reste un enjeu permanent.

La junte militaire, arrivée au pouvoir en novembre 2025 après un coup d’État, cherche à légitimer son autorité en modifiant la Constitution. Le référendum vise à transformer le régime semi-parlementaire en un système présidentiel, accordant davantage de pouvoirs au chef de l’État, notamment la capacité de nommer et révoquer le Premier ministre ainsi que de dissoudre le Parlement. Cette réforme, selon les autorités, permettrait de clarifier la gouvernance et de réduire les blocages institutionnels.