Les dépouilles de plusieurs Amérindiens, autrefois exposées dans des « zoos humains » en Europe, vont être prochainement rapatriées en Guyane. Cette restitution, annoncée jeudi 11 juin 2026, concerne des restes humains conservés depuis des décennies dans des musées ou collections privées, rapporte Franceinfo - Culture.
Ce qu'il faut retenir
- Six dépouilles amérindiennes, dont celles de quatre enfants, seront restituées à la Guyane d’ici la fin de l’année 2026.
- Ces restes proviennent d’exhibitions coloniales organisées en France et en Allemagne au XIXe et XXe siècles.
- Le processus de restitution a été engagé après des années de demandes portées par des associations et des représentants amérindiens.
- La Guyane sera le troisième territoire ultramarin à bénéficier d’une telle restitution, après la Nouvelle-Calédonie et La Réunion.
Des restes conservés dans des contextes coloniaux
Les dépouilles concernées ont été prélevées sur des membres de peuples amérindiens, notamment des Wayana, des Wayãpi et des Palikur. Ces individus avaient été exhibés dans des reconstitutions ethnologiques lors d’expositions universelles ou de foires coloniales en Europe, entre 1889 et 1931, explique Franceinfo - Culture. Après leur mort, souvent dans des conditions précaires, leurs corps avaient été conservés à des fins scientifiques ou muséographiques.
Parmi les pièces concernées figurent notamment des crânes et des squelettes complets, aujourd’hui conservés dans des institutions comme le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) à Paris ou le Musée de l’Homme. Leur restitution avait été actée en 2023, mais les démarches administratives ont pris plus de temps que prévu, retardant leur retour.
Une mobilisation longue et des enjeux mémoriels
La question des restitutions de restes humains issus de la colonisation a pris de l’ampleur ces dernières années, portée par des revendications portées par des associations comme le Comité international de coordination pour la restitution des biens culturels africains (CICIBA) ou des collectifs amérindiens. En Guyane, la demande a été relayée par le Grand Conseil coutumier des peuples amérindiens et bushinengés, qui avait saisi les autorités françaises dès 2018.
« Ces restitutions sont un symbole fort de reconnaissance des crimes coloniaux », a déclaré à Franceinfo le président du Grand Conseil coutumier, Rodolphe Alexandre. Il a souligné l’importance de ces restitutions pour « tourner une page douloureuse de l’histoire ». Les dépouilles devraient être accueillies lors d’une cérémonie officielle à Cayenne, dont la date n’a pas encore été précisée.
Un processus juridique et symbolique en cours
La restitution s’inscrit dans le cadre de la loi n° 2020-1674 du 24 décembre 2020 relative à la restitution de biens culturels à la République du Bénin et au Sénégal, élargie depuis à d’autres territoires. En 2022, une mission parlementaire avait recommandé d’étendre ce dispositif aux restes humains, ce qui a permis d’accélérer les procédures pour les dépouilles amérindiennes.
Côté allemand, où certains restes étaient conservés, les autorités ont également donné leur accord pour cette restitution, après des négociations bilatérales. « Nous avons travaillé main dans la main avec les représentants guyanais pour organiser ce rapatriement », a indiqué une source diplomatique à Franceinfo. Une fois arrivées en Guyane, les dépouilles devraient faire l’objet d’une cérémonie traditionnelle avant d’être inhumées ou conservées dans un lieu adapté, selon les souhaits des familles et des communautés concernées.
Cette restitution rappelle également les débats toujours vifs autour de la mémoire coloniale en France. Alors que plusieurs pays européens multiplient les gestes de réparation, la France reste engagée dans un processus complexe, où les enjeux juridiques, historiques et mémoriels se mêlent.
Une fois rapatriées, les dépouilles feront l’objet d’une cérémonie traditionnelle avant d’être inhumées ou conservées dans un lieu adapté, selon les souhaits des communautés amérindiennes. Une commission locale sera chargée d’organiser leur prise en charge.