Port-au-Prince et plusieurs villes d’Haïti subissent depuis des années une insécurité endémique, selon Courrier International. Les gangs armés étendent leur emprise, tandis que les institutions haïtiennes peinent à rétablir l’autorité de l’État. Entre meurtres, enlèvements et déplacements massifs, la situation humanitaire se dégrade rapidement.

Ce qu'il faut retenir

  • Entre 80 % et 90 % de Port-au-Prince sont sous l’influence directe ou indirecte des gangs, privant les habitants de sécurité.
  • En 2024, 5 601 morts, 2 200 blessés et 1 494 enlèvements ont été recensés par le BINUH.
  • Plus de 1,3 million de personnes ont été contraintes de fuir leurs domiciles en 2024, un chiffre qui atteint 1,4 million en 2025.
  • La Mission multinationale d’appui à la sécurité, dirigée par le Kenya, n’a pas produit les résultats escomptés et a dû se retirer en 2025.
  • Une nouvelle mission internationale est annoncée, mais la population reste sceptique quant à son efficacité.

Une emprise des gangs qui s’étend

Dans la capitale haïtienne et plusieurs villes de province, l’État a progressivement perdu le contrôle au profit de groupes armés. Meurtres, violences sexuelles, pillages et incendies criminels ne sont plus des actes isolés, mais des méthodes organisées de domination territoriale. Selon les dernières estimations, entre 80 % et 90 % de Port-au-Prince seraient sous l’influence directe ou indirecte des gangs, rendant toute liberté de circulation illusoire pour les habitants. Cette situation a conduit à une paralysie partielle des services publics, des écoles et des activités économiques.

Les données du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) illustrent l’ampleur de la crise. En 2024, 5 601 personnes ont été tuées, 2 200 blessées et 1 494 enlèvements ont été enregistrés. Parallèlement, plus de 1,3 million de personnes ont été contraintes de fuir leurs domiciles. Les chiffres pour 2025, encore plus alarmants, font état de 5 915 meurtres, 2 708 blessés et 1,4 million de déplacés.

Une crise aux racines multiples

Si la communauté internationale est souvent pointée du doigt pour son manque d’efficacité, la responsabilité de la crise incombe aussi aux autorités haïtiennes. Décennies de mauvaise gouvernance, instabilité politique, corruption et impunité judiciaire ont créé un terrain propice à l’expansion des réseaux criminels. Les groupes armés ont été instrumentalisés dans les luttes politiques internes, tandis que l’absence de continuité dans les politiques publiques et la faiblesse du système judiciaire ont permis leur essor.

Les dirigeants haïtiens sont donc appelés à assumer leur part de responsabilité : renforcer la justice, lutter contre la corruption, professionnaliser les forces de sécurité et rompre définitivement avec toute complicité avec les réseaux criminels. Sans un engagement national concret, toute aide extérieure risque de rester inefficace.

Une aide internationale en demi-teinte

L’annonce en 2024 du déploiement de la Mission multinationale d’appui à la sécurité, avec le Kenya en chef de file, avait suscité un espoir de stabilisation. L’objectif était de soutenir la Police nationale d’Haïti dans la reprise des zones contrôlées par les gangs. Cependant, le premier contingent kényan n’a pas obtenu les résultats escomptés et a dû se retirer en 2025. Les contraintes logistiques, financières et politiques ont limité l’impact sur le terrain, et la population n’a perçu aucun changement significatif dans sa vie quotidienne.

Une nouvelle mission internationale est désormais annoncée pour renforcer l’appui sécuritaire. Mais cette promesse est accueillie avec prudence. La population attend que cette force évite de reproduire les mêmes limites que ses prédécesseurs. Son succès dépendra de la coordination avec les autorités haïtiennes, de l’équipement et de la formation des forces locales, mais surtout d’une volonté politique claire pour lutter contre les réseaux criminels et le trafic d’armes.

Un quotidien marqué par la peur et la précarité

Pendant que les discussions diplomatiques et politiques s’enlisent, la population haïtienne vit dans un quotidien marqué par la peur. Des parents hésitent à envoyer leurs enfants à l’école en raison des risques de violences. Des commerçants ferment boutique par crainte des pillages. Des familles s’endettent pour payer des rançons ou vendent leurs biens pour survivre. Les 1,4 million de déplacés vivent dans des conditions précaires, souvent sans accès à l’eau potable ni aux soins de santé. Le peuple paie un prix que ni les promesses internationales ni les discours des élites ne compensent.

« La sécurité d’un pays ne peut être importée ; elle doit être construite avec des actions concrètes et coordonnées. »

Et maintenant ?

Une nouvelle mission internationale est attendue pour 2026, mais son efficacité dépendra de plusieurs facteurs : le renforcement des institutions haïtiennes, la transparence dans le financement des opérations et une réelle volonté politique de la part des dirigeants locaux. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer si cette intervention peut enfin inverser la tendance. Par ailleurs, la communauté internationale est appelée à renforcer le contrôle du trafic d’armes et à accompagner les réformes institutionnelles de manière durable.

En attendant, la population haïtienne continue de subir les conséquences d’une crise qui s’enlise. Les élites nationales et internationales sont désormais sous pression pour proposer des solutions concrètes, au-delà des déclarations et des promesses.