Le débat sur la hausse des frais d’inscription à l’université, qui agite régulièrement le monde académique et politique, s’est progressivement imposé comme une question centrale sous les deux mandats d’Emmanuel Macron. Selon Le Monde, cette évolution s’est matérialisée en deux temps : d’abord par une augmentation significative des tarifs pour les étudiants extracommunautaires, puis par l’amorce d’une réflexion plus large sur une revalorisation générale des droits d’inscription.
Ce qu'il faut retenir
- Multiplication par dix des frais d’inscription pour les étudiants étrangers hors Union européenne entre 2018 et 2022.
- Lancement en 2023 d’une mission parlementaire visant à étudier une hausse généralisée des droits d’inscription pour tous les étudiants.
- Le projet a été temporairement suspendu en 2024, mais les discussions restent vives au sein du ministère de l’Enseignement supérieur.
- Les recettes supplémentaires devaient, selon le gouvernement, financer des bourses et améliorer l’accueil des étudiants.
- Les opposants dénoncent une mesure sociale inégalitaire, risquant d’écarter les étudiants modestes.
Une première étape : la hausse ciblée pour les étudiants extracommunautaires
Dès 2018, le gouvernement d’Emmanuel Macron a pris une décision radicale : le doublement, puis le décuplement des frais d’inscription pour les étudiants originaires de pays hors Union européenne. Cette mesure, justifiée par la volonté de « mieux financer le système universitaire français », a entraîné une augmentation des droits passant de 170 à 3 770 euros par an en licence, et de 243 à 3 770 euros en master.
L’objectif affiché était double : réduire la pression sur les finances publiques et « aligner les frais sur ceux pratiqués dans d’autres pays européens ». Pourtant, cette hausse a rapidement suscité des critiques, notamment sur son impact sur l’attractivité des universités françaises à l’international. « Cette mesure a créé un choc, surtout pour les étudiants issus de pays à faible pouvoir d’achat », a souligné un représentant de la Conférence des présidents d’université.
Vers une généralisation des hausses ? L’amorce d’un projet plus large
En 2023, le débat a pris une nouvelle dimension. Le ministère de l’Enseignement supérieur a lancé une mission parlementaire chargée d’étudier la possibilité d’une augmentation généralisée des frais d’inscription, y compris pour les étudiants français et européens. Selon les termes de la mission, pilotée par la députée LREM (devenue Renaissance) Anne Brugnera, l’idée était de « réévaluer le modèle de financement de l’université » pour le rendre « plus pérenne ».
Les propositions envisagées incluaient une hausse modérée des droits pour tous les étudiants, couplée à une augmentation des bourses. « L’objectif n’est pas de rendre l’université payante, mais de trouver un équilibre entre équité et autonomie financière », avait alors expliqué un conseiller ministériel. Pourtant, le projet a rapidement suscité une levée de boucliers, y compris au sein de la majorité présidentielle.
Un projet controversé et des réactions politiques
La mesure a divisé le camp présidentiel. Si certains y voyaient un moyen de dégager des marges de manœuvre budgétaires, d’autres, comme le député LFI Bastien Lachaud, ont dénoncé une « mesure antisociale ». « Augmenter les frais d’inscription, c’est prendre le risque d’exclure les étudiants les plus modestes, qu’ils soient français ou étrangers », a-t-il affirmé lors des débats parlementaires.
Face à l’opposition, le gouvernement a finalement décidé de suspendre le projet en 2024, tout en maintenant la hausse des frais pour les étudiants extracommunautaires. « La question reste sur la table, mais elle nécessite un débat plus large », a reconnu un membre du cabinet ministériel. Autant dire que le sujet n’est pas près de disparaître des radars politiques.
Ce débat dépasse en effet la simple question des frais d’inscription. Il interroge le modèle même de l’université française : doit-elle rester un service public largement financé par l’État, ou s’orienter vers un système hybride, où les étudiants contribuent davantage à son financement ? Une chose est sûre : la question ne manquera pas d’alimenter les discussions entre les différents acteurs du monde académique et politique dans les années à venir.
En 2026, les frais d’inscription pour les étudiants extracommunautaires s’élèvent à 3 770 euros par an en licence et master, selon les dernières dispositions prises en 2018. Ces montants n’ont pas été revus à la baisse depuis cette date.