Le gouvernement français cherche désespérément six milliards d’euros d’économies pour son prochain budget. Pourtant, la piste d’une hausse des impôts, notamment ciblée sur les plus aisés, ne convainc pas la directrice de la Fondation iFRAP. Agnès Verdier-Molinié, invitée de l’émission Ecorama sur Boursorama, a balayé cette hypothèse d’un revers de main. Selon elle, « il faut faire 100 % en dépenses et ne pas aller chercher de recettes supplémentaires ». Une position ferme alors que Matignon a déjà exclu toute augmentation de la fiscalité dans le projet de loi de finances 2027, comme le rapporte Capital.

Ce qu'il faut retenir

  • Le gouvernement vise six milliards d’euros d’économies, dont 3,2 milliards par le gel de crédits publics.
  • Matignon a réaffirmé à plusieurs reprises qu’aucune hausse d’impôt ne figurera dans le projet de loi de finances 2027.
  • Agnès Verdier-Molinié, directrice de la Fondation iFRAP, estime que toute nouvelle fiscalité est inefficace et qu’il faut se concentrer uniquement sur la réduction des dépenses.
  • La contribution différentielle sur les hauts revenus n’a rapporté que 400 millions d’euros au lieu des 1,9 milliard attendus.
  • La taxe sur les yachts, censée générer 10 millions, n’a rapporté que 65 000 euros en 2025.
  • Selon elle, les mesures fiscales ciblant les plus riches ont jusqu’ici échoué à rapporter les sommes escomptées.

Un budget sous tension : six milliards d’euros à trouver

Le gouvernement est dos au mur. Le déficit public doit être maîtrisé, et Bercy a déjà identifié 3,2 milliards d’euros de crédits à geler pour y contribuer. Mais l’enjeu dépasse ce seul montant : il s’agit de réduire un déficit structurel qui pèse sur les finances publiques. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, avait pourtant assuré en début d’année qu’aucune augmentation de fiscalité ne serait inscrite dans le budget 2027. Une ligne de conduite réitérée par Matignon, qui précise que le texte du projet de loi de finances, prévu pour mi-octobre, ne contiendra « aucune proposition d’augmentation d’impôts ». Pourtant, la question revient sans cesse, alimentée par les débats sur une fiscalité accrue des plus riches.

Les impôts sur les plus aisés : une solution illusoire selon l’experte

Agnès Verdier-Molinié, figure de la Fondation iFRAP, balaie l’idée d’une taxation renforcée des hauts revenus et des patrimoines. Dans son intervention sur Boursorama, elle a martelé : « Il faut faire 100 % en dépenses et ne pas aller chercher de recettes supplémentaires. » Pour elle, la courbe de Laffer — selon laquelle taxer davantage finit par réduire les recettes — s’applique déjà. « Vous pouvez toujours taxer plus les carburants, la transmission, le travail ou le capital, mais à un moment, ça ne rentre plus dans les caisses », a-t-elle souligné. Une analyse qui s’appuie sur des échecs récents de mesures fiscales ciblées.

Des exemples concrets d’échecs fiscaux

La contribution différentielle sur les hauts revenus, instaurée pour rapporter 1,9 milliard d’euros, n’a finalement généré que 400 millions. Un écart de 1,5 milliard qui illustre, selon l’experte, l’inefficacité de cette approche. Même constat pour la taxe sur les yachts : promise à 10 millions d’euros de recettes annuelles, elle n’a rapporté que 65 000 euros en 2025. Un résultat dérisoire, attribué aux montages juridiques et à l’exil fiscal des propriétaires concernés. « On est dans une vision complètement déconnectée de la réalité », a-t-elle tancé.

Ces exemples, combinés à d’autres échecs fiscaux passés, renforcent sa conviction : taxer davantage les plus aisés ne résoudra pas les problèmes de financement public. Pire, cela pourrait aggraver les départs de contribuables fortunés, selon ses analyses.

L’exil fiscal des hauts revenus : un risque réel ?

Lors de son audition par la commission d’enquête sur la taxation des hauts revenus et patrimoines, Agnès Verdier-Molinié a rappelé un chiffre clé : parmi les Français gagnant plus de 300 000 euros par an, « il y a cinq à sept fois plus de personnes assujetties à l’impôt qui partent de France » que dans la moyenne de la population. Une affirmation qui contredit les données présentées par les membres de la commission, selon lesquels « il n’y a pas plus d’exil fiscal sur les hauts revenus que sur la moyenne des Français ». Pour l’experte, cette différence s’explique par le fait que les étudiants — souvent cités pour relativiser l’exil fiscal — ne paient pas d’impôt sur le revenu, contrairement aux contribuables fortunés.

La ligne du gouvernement : économies sans hausse d’impôts

Malgré les pressions pour une fiscalité accrue, Matignon maintient sa position. Sébastien Lecornu a confirmé en début d’année qu’aucune augmentation de la fiscalité directe ou indirecte ne serait appliquée aux ménages. Une ligne de conduite réaffirmée lors de l’annonce des aides aux gros rouleurs, où le Premier ministre a insisté : « Dans le texte du projet de loi de finances 2027, il n’y aura pas de proposition d’augmentation d’impôts. » Une position qui pourrait évoluer sous la pression des contraintes budgétaires, mais qui reste pour l’instant intangible.

« On est dans l’illustration de la courbe de l’affaire : vous pouvez toujours taxer plus, mais à un moment, ça ne rentre pas dans les caisses. » — Agnès Verdier-Molinié, directrice de la Fondation iFRAP.

Et maintenant ?

Le débat reste ouvert. Si le gouvernement exclut pour l’instant toute hausse d’impôt, la recherche d’économies à hauteur de six milliards d’euros pourrait le contraindre à revoir sa copie d’ici l’automne. Les prochaines semaines seront décisives, avec la présentation du projet de loi de finances 2027 attendue pour mi-octobre. Les associations de contribuables, comme la Fondation iFRAP, continueront de défendre une réduction drastique des dépenses plutôt qu’un alourdissement de la fiscalité. Reste à savoir si cette stratégie suffira à équilibrer les comptes publics sans toucher aux recettes.

La question de la justice fiscale, souvent évoquée pour justifier une taxation accrue des plus aisés, reste en suspens. Si les recettes escomptées ne se matérialisent pas, le gouvernement pourrait être tenté de revenir sur ses promesses, au risque de braquer une partie de l’électorat. Dans un contexte économique déjà tendu, la marge de manœuvre est étroite.

Selon elle, les mesures fiscales ciblant les plus aisés — comme la contribution différentielle sur les hauts revenus ou la taxe sur les yachts — ont jusqu’ici échoué à rapporter les sommes attendues. Elle estime que la courbe de Laffer s’applique déjà : taxer davantage réduit les recettes, car les contribuables concernés contournent l’impôt ou quittent le territoire.