Quarante-cinq milliards d’euros. C’est le montant des investissements annoncés par le géant japonais SoftBank Group pour construire trois méga-centres de données dans les Hauts-de-France d’ici 2031. Selon Capital, cette enveloppe représente à elle seule près de la moitié des investissements étrangers attirés par la France lors du dernier sommet Choose France, organisé début juin. L’opérateur européen Data4, filiale du canadien Brookfield, prévoit quant à lui jusqu’à 30 milliards d’euros pour deux autres sites similaires dans le Nord.

Ce qu'il faut retenir

  • Le japonais SoftBank investira 45 milliards d’euros pour trois centres de données d’une puissance totale d’un gigawatt chacun d’ici 2031 en Hauts-de-France.
  • L’opérateur Data4 (Brookfield) prévoit jusqu’à 30 milliards d’euros pour deux autres sites dans le Nord.
  • Ces investissements pourraient faire des Hauts-de-France une « vallée de l’IA » française, grâce à une position géographique stratégique et une énergie décarbonée.
  • Un sommet dédié à l’IA, organisé vendredi à Lille par le président LR Xavier Bertrand, doit marquer cette dynamique.
  • Les trois centres de SoftBank ne généreront que 900 emplois directs, soulevant des questions sur leur impact économique local.

Une position géographique et énergétique stratégique

Les Hauts-de-France misent sur des atouts majeurs pour attirer ces infrastructures énergivores. D’abord, leur emplacement au cœur du « FLAP » — l’acronyme désignant Francfort, Londres, Amsterdam et Paris — en fait un carrefour idéal des principaux nœuds de connectivité en Europe. Ensuite, la région bénéficie d’une énergie décarbonée, grâce à son parc nucléaire, ce qui répond aux exigences environnementales croissantes. « C’est l’un des rares territoires en France à disposer de friches industrielles réutilisables et à offrir un coût de l’immobilier logistique inférieur à celui de ses voisins », explique Mathieu Jaud de la Jousselinière, expert chez EY, cité par Capital.

Ce positionnement s’ajoute à une « énergie collective » remarquable des pouvoirs publics et des acteurs économiques locaux. « Avec la collectivité locale et l’État, on joue en équipe », confirme Xavier Bertrand, président LR des Hauts-de-France et candidat à l’élection présidentielle de 2027. « On sait répondre plus vite qu’ailleurs et, quand on est clair et cash, on gagne du temps et de la confiance. »

Un modèle inspiré de la « vallée de la batterie »

La région a déjà prouvé sa capacité à attirer des mégaprojets industriels. Depuis 2025, trois sites bénéficient d’un raccordement accéléré au réseau très haute tension de RTE, permettant d’accueillir des centres de données de grande puissance. Cette rapidité d’exécution, déjà observée pour les méga-usines de batteries pour véhicules électriques, est un argument clé pour les investisseurs. « La vitesse, c’est notre force », résume Bertrand.

Côté acceptabilité sociale, les Hauts-de-France partent avec un avantage : leur culture industrielle et leur attachement à la valeur travail. « Ce n’est pas un sujet dans la région », estime Jaud de la Jousselinière. Pourtant, certaines associations, comme France Nature Environnement, critiquent le manque de concertation. « Il n’y a aucune information sur les impacts de ces centres, faute de réunions publiques en amont », dénonce Thierry Dereux, son président régional. Pour anticiper les critiques, Bertrand a d’ores et déjà annoncé que la chaleur générée par les centres serait réinjectée dans les réseaux urbains de chauffage.

Des retombées économiques limitées à court terme

Malgré l’ampleur des investissements, les retombées en emplois directs restent modestes. Les trois data centers de SoftBank ne créeront que 900 emplois directs, un chiffre qui interroge comparé à d’autres secteurs industriels. « Par rapport à l’automobile, les centres de données sont moins intégrés au tissu économique local », reconnaît Alexandre Bernard, directeur EY pour le Nord de la France. Une grande partie des dépenses ira en effet vers la consommation d’énergie et l’achat de puces, souvent produites hors de France.

Pour Bertrand, ces infrastructures ne sont qu’une première étape. « C’est de l’infrastructure utile, une plus-value pour nos entreprises », assure-t-il. Il mise sur des négociations en cours pour obtenir un « accès à des données souveraines » et un « accès privilégié » à ces puissances de calcul pour les entreprises et universités locales. « On ignore ce que ces centres vont générer comme traction réelle pour bâtir une filière IA intégrée, mais il faut jouer la carte à fond », tempère Jaud de la Jousselinière.

Un sommet pour marquer l’« acte II » de l’IA française

Pour officialiser cette ambition, Xavier Bertrand organise vendredi à Lille un sommet dédié à l’intelligence artificielle, présenté comme « l’acte II français » après celui de Paris en 2025. L’événement réunira des experts et dirigeants économiques pour discuter des enjeux de cette filière. « On est à fond sur le sujet de l’IA », a déclaré Bertrand à l’AFP.

Ce rassemblement s’inscrit dans une stratégie plus large : faire des Hauts-de-France un pôle majeur de l’IA en Europe. Les investissements annoncés, couplés à une énergie décarbonée et une position géographique avantageuse, pourraient effectivement positionner la région comme un acteur clé. Reste à savoir si ces mégaprojets se traduiront par une véritable intégration industrielle et des emplois pérennes sur le territoire.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront de la capacité des Hauts-de-France à transformer ces infrastructures en leviers de développement économique durable. D’ici 2031, date butoir des investissements de SoftBank, la région devra prouver que ces centres de données ne se limitent pas à des projets énergivores, mais constituent le socle d’une filière IA locale. Les négociations en cours sur l’accès aux données souveraines et la réutilisation de la chaleur résiduelle seront déterminantes. Par ailleurs, la concertation avec les associations environnementales et les citoyens devra s’intensifier pour éviter les blocages.

En attendant, l’enjeu est double : attirer davantage d’acteurs tout en garantissant une répartition équitable des bénéfices. Les prochains mois seront cruciaux pour évaluer si la « vallée de l’IA » des Hauts-de-France relève le défi.

Elles bénéficient d’une position centrale en Europe (FLAP), d’une énergie décarbonée grâce au nucléaire, de friches industrielles réutilisables et d’un coût de l’immobilier logistique inférieur à celui de leurs voisins. Ces atouts en font un territoire attractif pour des infrastructures énergivores comme les data centers.

Les trois data centers de SoftBank ne créeront que 900 emplois directs, un chiffre modeste comparé à d’autres secteurs industriels. Les retombées indirectes dépendront de la capacité à développer une filière IA intégrée et à négocier un accès privilégié aux données et puissances de calcul pour les acteurs locaux.