Un sondage Ipsos-BVA pour La Tribune Dimanche, publié ce dimanche 2 août 2026, confirme l’attachement persistant des Français à la figure du général de Gaulle. Selon cette enquête, 87 % des sondés estiment que l’homme du 18 juin incarne un « modèle politique », même si son actualité divise. Parallèlement, 50 % des Français considèrent qu’il n’existe aujourd’hui aucune personnalité politique capable d’incarner son héritage, rapporte BFM – Politique.

Ce qu’il faut retenir

  • 87 % des Français voient en Charles de Gaulle un « modèle politique » selon un sondage Ipsos-BVA pour La Tribune Dimanche.
  • 50 % des sondés estiment qu’aucune figure actuelle n’incarne son héritage, malgré une liste incluant Jordan Bardella, Marine Le Pen ou encore Dominique de Villepin.
  • 46 % des répondants jugent que le modèle gaullien « n’est plus vraiment d’actualité », contre 41 % qui estiment qu’on « peut encore s’en inspirer ».
  • Pour les Français, les piliers de l’héritage de Gaulle restent « l’esprit de résistance » (41 %), « la volonté de rassembler » (40 %) et « l’indépendance vis-à-vis des grandes puissances » (39 %).

Cette étude intervient alors que la duologie cinématographique consacrée à l’ancien président de la République cumule 6,2 millions d’entrées en salles, un succès qui témoigne, selon les observateurs, d’une forme de « gaullo-nostalgie ». Pourtant, les résultats du sondage révèlent une réalité contrastée : si le général de Gaulle reste une référence incontestée pour une majorité de Français, son héritage politique peine à trouver un successeur à la hauteur de son héritage historique.

Un modèle politique toujours vénéré, mais son actualité fait débat

Parmi les 87 % de Français qui considèrent Charles de Gaulle comme un modèle politique, une nuance s’impose. 41 % des sondés estiment que « l’on peut encore s’inspirer » de son action, tandis que 46 % jugent que son modèle « n’est plus vraiment d’actualité ». Seuls 13 % des répondants ne le voient pas comme une référence, précise BFM – Politique. Cette division reflète les tensions d’un pays qui, tout en célébrant son passé, interroge sa capacité à se projeter dans l’avenir.

Comme l’a souligné Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos-BVA, « il n’y a que chez les sympathisants Les Républicains, âgés et historiquement gaullistes, qu’on en fait majoritairement une référence ». Une observation qui souligne le caractère générationnel et partisan de cette vénération, davantage ancrée à droite qu’au centre ou à gauche.

Jordan Bardella et Marine Le Pen, héritiers malgré eux de l’anti-gaullisme ?

Face à l’absence flagrante d’un successeur direct, le sondage révèle des choix surprenants. Si 50 % des Français estiment qu’aucune figure politique actuelle n’incarne l’héritage gaullien, 14 % des sondés désignent Jordan Bardella comme l’héritier du Général, tandis que 13 % choisissent Marine Le Pen. Un paradoxe, tant le Rassemblement national, dont ils sont les figures de proue, s’est construit en opposition frontale avec les valeurs gaulliennes, rappelle La Tribune Dimanche.

Parmi les autres personnalités citées, Dominique de Villepin arrive en tête avec 9 % des suffrages, devant Édouard Philippe et Bruno Retailleau (8 % chacun). Éric Ciotti et Éric Zemmour suivent de près avec 7 %, tandis qu’Emmanuel Macron, Nicolas Dupont-Aignan et Marion Maréchal recueillent 5 % chacun. Sébastien Lecornu, Gabriel Attal et Xavier Bertrand sont crédités de 4 %, et David Lisnard de 3 %. Enfin, Laurent Wauquiez ferme la marche avec 2 %.

L’esprit de résistance et l’indépendance, piliers de l’héritage gaullien

Au-delà des noms, le sondage révèle ce que les Français retiennent avant tout du général de Gaulle. Pour 41 % d’entre eux, c’est d’abord « l’esprit de résistance » qui incarne son héritage. La « volonté de rassembler tous les Français » arrive en deuxième position (40 %), suivie de près par « l’indépendance vis-à-vis des grandes puissances » (39 %). 30 % des sondés citent également « l’établissement de la Ve République » comme un legs majeur, un héritage institutionnel qui reste au cœur du débat politique français.

Ces chiffres illustrent une vision du gaullisme bien plus large que la simple référence à un homme ou à une période. Ils renvoient à une conception de la nation, de son indépendance et de sa cohésion, qui dépasse les clivages partisans. Pourtant, comme le montre le sondage, cette vision peine à se matérialiser dans les personnalités politiques actuelles.

Et maintenant ?

L’absence d’un héritier clair du général de Gaulle pourrait alimenter les débats sur l’identité politique française à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Plusieurs candidats, comme Gabriel Attal, ont déjà évoqué la nécessité de réformer les institutions, un thème cher au gaullisme historique. Reste à voir si ce vide politique sera comblé par une nouvelle génération de dirigeants ou si, au contraire, il renforcera la nostalgie d’un passé perçu comme plus glorieux.

En attendant, le succès de la duologie cinématographique sur de Gaulle montre que son image reste un marqueur fort dans la culture populaire. Mais pour combien de temps encore ? La question de l’héritage politique du Général pourrait bien devenir un enjeu central des prochaines années, alors que la France cherche à redéfinir son rôle sur la scène internationale et son unité face aux défis internes.

Selon le sondage, 14 % des Français désignent Jordan Bardella comme héritier de De Gaulle, et 13 % Marine Le Pen, malgré l’anti-gaullisme historique du RN. Ce paradoxe s’explique par le fait que leur électorat, souvent issu de milieux populaires ou périurbains, partage avec le gaullisme une vision souverainiste et anti-élites, même si leurs méthodes et leurs alliances diffèrent radicalement. Le gaullisme reste associé à l’idée d’une France forte et indépendante, des thèmes que le RN a su reprendre à son compte.