En 2025, le paysage mondial de la gestion de fortune offshore a connu un basculement historique. Selon BFM Business, Hong Kong s’est imposée comme la première destination mondiale pour les capitaux des milliardaires, dépassant pour la première fois la Suisse, traditionnellement en tête du classement. Ce revirement s’explique notamment par l’afflux massif d’investissements en provenance de Chine continentale et une stratégie de diversification accrue des ultra-riches, soucieux de sécuriser leurs actifs face aux incertitudes géopolitiques et réglementaires.
Ce qu'il faut retenir
- Hong Kong a capté 2 900 milliards de dollars d’actifs internationaux en 2025, selon le Boston Consulting Group (BCG), dont près de 60 % proviennent de Chine continentale.
- La Suisse, jusqu’ici leader incontestée, se retrouve à égalité technique avec Hong Kong, mais pourrait perdre son avance d’ici 2030, avec un écart estimé à 600 milliards de dollars.
- Les experts soulignent une tendance croissante à la diversification des juridictions, motivée par les crises successives (pandémie, tensions géopolitiques) et la recherche de stabilité.
- Singapour, les Émirats arabes unis et les États-Unis forment un bloc occidental en concurrence, tandis que des paradis fiscaux comme le Luxembourg ou les Îles Caïmans restent des acteurs secondaires.
- Les banques suisses, confrontées à des réglementations plus strictes, peinent à maintenir leur attractivité face à la concurrence asiatique.
Un bouleversement porté par la Chine et la diversification des fortunes
Le Boston Consulting Group révèle dans son dernier rapport que Hong Kong a enregistré en 2025 un volume d’actifs offshore de 2 900 milliards de dollars, un chiffre qui inclut près de 60 % de capitaux en provenance directe de Chine continentale. Ce flux massif reflète la bonne santé économique du pays et l’émergence d’une classe de milliardaires asiatiques toujours plus nombreux. « C’est totalement inédit, je n’ai jamais rien vu de tel », a réagi Michael Pellman Rowland, gestionnaire de patrimoine suisse, auprès du Financial Times. Pour lui, la pandémie de Covid-19 a accéléré une tendance lourde : la « diversification juridictionnelle », c’est-à-dire la répartition des actifs sur plusieurs territoires pour limiter les risques liés aux changements de réglementation ou aux crises géopolitiques.
Cette stratégie n’est pas nouvelle, mais elle s’est intensifiée ces dernières années. Les ultra-riches ne se contentent plus de placer leur argent dans un seul pays. Ils multiplient les juridictions, combinant stabilité, fiscalité avantageuse et discrétion. « Les investisseurs cherchent à éviter qu’un changement de régime, une nouvelle réglementation ou une crise ne fragilise leur patrimoine », explique un expert du secteur, cité par BFM Business.
La Suisse face à la concurrence asiatique et à ses propres limites
Alors que Hong Kong et Singapour dominent désormais en Asie, la Suisse, les Émirats arabes unis et les États-Unis forment un trio occidental en compétition pour attirer les fortunes. Selon le BCG, la Suisse et Hong Kong sont à égalité avec 2 900 milliards de dollars chacun, devant Singapour (2 100 milliards), les États-Unis (1 600 milliards) et le Royaume-Uni (1 000 milliards). Les paradis fiscaux traditionnels, comme les Îles Caïmans, le Luxembourg ou l’île de Man, restent des acteurs marginaux dans ce classement, avec des volumes bien inférieurs.
Cependant, la Suisse semble perdre du terrain face à la concurrence. Les experts s’interrogent sur sa capacité à rester compétitive. UBS, l’un des géants bancaires helvétiques, est d’ailleurs en conflit ouvert avec les autorités de régulation sur certaines règles de capital. « La question est de savoir si la Suisse fait suffisamment d’efforts pour défendre activement sa position dans la gestion de patrimoine, ou si elle se contente de compter sur sa stabilité », a déclaré un banquier d’UBS au Financial Times. Pour l’instant, la réponse penche plutôt vers la seconde option. Les banques suisses tentent de se repositionner en Asie et au Moyen-Orient, où la fiscalité est souvent plus avantageuse et la stabilité, du moins en apparence, mieux assurée.
« La Suisse opte pour une stratégie passive, en misant sur sa réputation de stabilité plutôt que sur des réformes ambitieuses pour attirer les capitaux. » — Banquier d’UBS, cité par le Financial Times
Singapour et les Émirats arabes unis : les autres gagnants de cette redistribution
Si Hong Kong et la Suisse se disputent désormais la première place, d’autres territoires asiatiques et moyen-orientaux tirent leur épingle du jeu. Singapour, souvent présentée comme le « rival » de Hong Kong, affiche un volume de 2 100 milliards de dollars en 2025, loin derrière ses deux concurrents directs. Les Émirats arabes unis, avec Abu Dhabi et Dubaï en tête, misent quant à eux sur leur positionnement de hub financier régional et une fiscalité attractive pour les investisseurs étrangers.
Ces destinations profitent d’un double avantage : une croissance économique dynamique et des réglementations souvent plus souples que dans les pays occidentaux. Les États-Unis, avec 1 600 milliards de dollars, restent un acteur majeur, mais leur attractivité est parfois freinée par des règles fiscales complexes et des tensions politiques internes. Le Royaume-Uni, malgré la sortie de l’Union européenne, conserve une place significative grâce à la City de Londres, mais son avenir dépendra de sa capacité à négocier de nouveaux accords commerciaux et financiers post-Brexit.
Un changement structurel dans la finance mondiale
Ce basculement vers l’Asie marque une évolution majeure dans la gestion de fortune offshore. Pendant des décennies, la Suisse a incarné la sécurité et la discrétion pour les milliardaires du monde entier. Aujourd’hui, elle doit faire face à une concurrence féroce, où la proximité géographique avec les nouvelles fortunes (Chine, Inde, Asie du Sud-Est) joue un rôle clé. Les gestionnaires de patrimoine, comme Michael Pellman Rowland, soulignent que cette tendance n’est pas conjoncturelle : « La pandémie a définitivement convaincu les investisseurs de privilégier la répartition de leurs actifs sur plusieurs territoires. »
Cette redistribution des cartes pose aussi des questions plus larges sur la régulation financière mondiale. Les paradis fiscaux, qu’ils soient historiques ou émergents, restent des acteurs controversés. Leur attractivité repose souvent sur des régimes fiscaux avantageux et un manque de transparence, ce qui suscite des critiques croissantes de la part des organisations internationales et des États soucieux de lutter contre l’évasion fiscale. À l’ère de l’échange automatique d’informations entre pays, ces territoires devront probablement évoluer pour rester crédibles.
Les prochaines échéances à surveiller
Plusieurs facteurs pourraient influencer l’évolution de ce classement d’ici 2030. En Asie, la stabilité politique de Hong Kong et la croissance économique de la Chine seront déterminantes. En Occident, les réformes fiscales aux États-Unis et en Europe, ainsi que l’attractivité persistante des Émirats arabes unis, joueront un rôle clé. Côté Suisse, les prochaines négociations avec l’Union européenne sur les règles bancaires et fiscales pourraient être décisives. Enfin, l’émergence de nouveaux acteurs, comme les centres financiers africains ou latino-américains, n’est pas à exclure, même si leur poids reste aujourd’hui marginal.
Une chose est sûre : le paysage de la gestion de fortune offshore n’a pas fini de se transformer. Les milliardaires d’aujourd’hui et de demain privilégieront de plus en plus la flexibilité et la sécurité, deux critères que les territoires traditionnels comme la Suisse devront réinventer pour ne pas perdre leur place.
Hong Kong a capté 2 900 milliards de dollars d’actifs offshore en 2025, dont près de 60 % en provenance de Chine continentale. Cette performance s’explique par la bonne santé économique de la Chine, l’émergence de milliardaires asiatiques et une stratégie de diversification accrue des ultra-riches, soucieux de sécuriser leurs actifs face aux incertitudes géopolitiques et réglementaires.
Cela dépendra de sa capacité à réformer son cadre réglementaire sans sacrifier sa stabilité historique. Certains experts estiment que la Suisse mise davantage sur son image de stabilité que sur des réformes ambitieuses. Si elle ne s’adapte pas, l’écart avec Hong Kong pourrait se creuser jusqu’à 600 milliards de dollars d’ici 2030, selon le Boston Consulting Group.