Selon nos confrères de RFI, la centrale nucléaire de Paks, en Hongrie, fonctionne désormais à un rythme quasi normal après plusieurs mois de perturbations liées à la sécheresse. Le niveau d’eau du Danube, crucial pour le refroidissement des réacteurs, avait chuté de manière alarmante en raison de l’absence de précipitations et de l’évaporation accrue. Une solution d’urgence a été trouvée grâce à la construction d’un barrage submersible, permettant de stabiliser le débit du fleuve. Pourtant, cette amélioration opérationnelle ne résout en rien le casse-tête politique auquel est confronté le Premier ministre Peter Magyar. Son prédécesseur, Viktor Orbán, avait en effet signé un accord avec le géant russe de l’énergie atomique, Rosatom, pour l’extension de la centrale. Or, l’industriel fait l’objet de soupçons de malfaçons sur un autre chantier, situé en Égypte.
Ce qu'il faut retenir
- La centrale nucléaire de Paks, en Hongrie, a retrouvé un fonctionnement quasi normal grâce à la construction d’un barrage submersible sur le Danube, après une baisse critique du niveau d’eau du fleuve.
- Le Premier ministre Peter Magyar doit gérer un héritage controversé : un contrat signé par Viktor Orbán avec Rosatom pour l’agrandissement de la centrale.
- Rosatom est soupçonné de malfaçons sur un chantier en Égypte, ce qui jette une ombre sur la fiabilité du partenariat nucléaire hongrois.
- Le contrat entre Budapest et Moscou pourrait être remis en cause en raison de ces allégations, dans un contexte géopolitique déjà tendu.
Un barrage salvateur pour Paks, mais un contrat nucléaire sous le feu des critiques
La centrale nucléaire de Paks, située à environ 100 kilomètres au sud de Budapest, représente près de la moitié de la production électrique hongroise. Après des mois de fonctionnement réduit en raison de la baisse du niveau du Danube, les autorités hongroises ont mis en place une solution technique pour rétablir un débit suffisant. Un barrage submersible a été érigé en urgence, permettant de maintenir un niveau d’eau compatible avec les besoins de refroidissement des réacteurs. Cette mesure, bien que temporaire, a permis à la centrale de reprendre son activité à pleine capacité. « La situation est désormais sous contrôle », a indiqué un porte-parole du ministère hongrois de l’Énergie, cité par RFI.
Pourtant, cette avancée technique ne suffit pas à lever les inquiétudes pesant sur l’avenir du site. En effet, le gouvernement de Peter Magyar, en place depuis avril 2026, se retrouve face à un héritage encombrant : un accord de coopération nucléaire signé en 2014 entre Viktor Orbán et Rosatom. Cet accord prévoyait la construction de deux nouveaux réacteurs VVER-1200 à Paks, pour un coût estimé à 12 milliards d’euros. Mais l’industriel russe, déjà critiqué pour ses retards et ses surcoûts sur d’autres projets, est désormais suspecté de malfaçons sur un chantier similaire en Égypte, où des fissures ont été détectées sur la centrale d’El Dabaa.
Rosatom dans la tourmente : un partenaire de moins en moins fiable ?
Les soupçons de défauts de construction sur le site égyptien de Rosatom, rapportés par plusieurs médias internationaux, risquent de fragiliser la crédibilité du groupe russe. En Hongrie, où la dépendance énergétique à la Russie suscite déjà des tensions, ces allégations pourraient compliquer la mise en œuvre du projet d’extension de Paks. « Les malfaçons en Égypte sont un signal d’alerte sérieux », a souligné un expert en énergie nucléaire interrogé par RFI. Le contrat hongrois, qui prévoit une participation majoritaire de Rosatom dans la gestion des nouveaux réacteurs, pourrait être renégocié, voire suspendu.
Côté hongrois, les responsables politiques hésitent à prendre une décision tranchée. Peter Magyar, connu pour son opposition à certaines politiques de Viktor Orbán, se retrouve dans une position délicate. D’un côté, la centrale de Paks est stratégique pour la sécurité énergétique du pays. De l’autre, la coopération avec Rosatom, déjà fragilisée par la guerre en Ukraine, devient de plus en plus controversée. « Nous examinons toutes les options, y compris la possibilité de revoir certains aspects du contrat », a déclaré Magyar lors d’une conférence de presse, sans préciser si Budapest envisageait un partenariat alternatif.
Quoi qu’il en soit, la question dépasse largement le cadre énergétique. Elle s’inscrit dans un débat plus large sur la dépendance de l’Europe à l’égard des technologies russes, alors que les tensions géopolitiques persistent. Le gouvernement Magyar, qui mise sur une relance de l’économie hongroise, devra rapidement trancher : poursuivre coûte que coûte un projet controversé, ou prendre le risque d’une crise énergétique en remettant en cause un accord historique.