Cela fait désormais huit semaines que le président camerounais Paul Biya, âgé de 93 ans, a quitté le territoire national pour un séjour qualifié de « court séjour privé en Europe » par son cabinet. Une absence prolongée qui, selon RFI, continue d’alimenter interrogations et inquiétudes au sein de la classe politique et de la population.

Ce qu'il faut retenir

  • 8 semaines que Paul Biya, président du Cameroun depuis 1982, est absent du pays sans explication publique détaillée.
  • Son cabinet a initialement présenté ce départ comme un « court séjour privé en Europe ».
  • Plusieurs ministres ont tenté de rassurer sur son état de santé et son activité politique à distance, évoquant même un « congé » comme tout salarié.
  • L’absence de communication directe du chef de l’État, pourtant coutumier des interventions, soulève des questions sur la gouvernance en cours.

Une absence médiatisée par des déclarations ministérielles

Dès les premiers jours de son absence, les membres du gouvernement camerounais ont multiplié les prises de parole pour tenter d’éteindre les rumeurs. Certains ministres ont affirmé que Paul Biya poursuivait ses activités présidentielles à distance, rappelant que son âge ne l’empêchait pas de diriger le pays depuis l’étranger. « Le président travaille, même hors du Cameroun », a ainsi déclaré un membre du gouvernement sous couvert d’anonymat, cité par RFI.

D’autres responsables, comme le ministre de la Communication, ont adopté un ton plus conciliant en évoquant le droit à un congé pour le chef de l’État. « Tout salarié a droit à des congés, même un président », a-t-il indiqué, précisant que Paul Biya « se portait bien » et « suivait de près les affaires de l’État ».

Un silence présidentiel qui interroge

Pourtant, cette absence prolongée contraste avec le style habituel de Paul Biya, connu pour son omniprésence médiatique et ses déplacements officiels réguliers. Depuis son arrivée au pouvoir il y a 44 ans, le président camerounais n’a jamais connu une absence aussi longue sans justification publique. Les réseaux sociaux, notamment, bruissent de spéculations sur son état de santé ou d’éventuels désaccords au sein du pouvoir.

« On s’habitue à son rythme, mais huit semaines sans aucune image, sans aucun communiqué, c’est inédit », souligne un analyste politique camerounais. Le dernier message officiel du président remonte au 15 juin 2026, à l’occasion d’une allocution télévisée pour célébrer la fête de l’Unité nationale.

Un contexte politique et social tendu

Cette situation survient alors que le Cameroun fait face à des défis majeurs : tensions sociales dans les régions anglophones, crise économique persistante et montée des contestations contre le pouvoir en place depuis des décennies. « Dans un pays où l’instabilité politique est une menace permanente, l’absence prolongée du président sans explication claire peut alimenter les craintes », explique une source diplomatique à Yaoundé.

Les partis d’opposition ont d’ailleurs saisi l’occasion pour réclamer plus de transparence. « Le Cameroun mérite mieux que des déclarations évasives », a réagi le secrétaire général d’un parti d’opposition, sans pour autant remettre en cause directement la légitimité de Paul Biya.

Et maintenant ?

La question centrale reste celle de la durée de cette absence et des modalités de gouvernance mises en place en l’absence du président. Selon plusieurs observateurs, si cette situation devait se prolonger au-delà de la rentrée politique prévue en septembre 2026, elle pourrait fragiliser davantage l’image d’un régime déjà critiqué pour son manque de renouvellement.

Pour l’instant, aucune date de retour n’a été officiellement annoncée. Les prochaines semaines seront donc déterminantes pour savoir si ce silence présidentiel relève d’une stratégie délibérée ou d’une situation plus complexe.

En attendant, le gouvernement camerounais maintient son discours rassurant. « Tout est sous contrôle, le pays fonctionne normalement », a assuré un porte-parole gouvernemental, sans apporter de précisions supplémentaires sur l’état de santé ou les activités réelles du président.

Reste à savoir si cette stratégie parviendra à calmer les interrogations, ou si, au contraire, elle alimentera les spéculations dans un contexte déjà marqué par une défiance croissante envers les institutions.

Paul Biya, en fonction depuis 1982, a été réélu pour un 7ᵉ mandat en octobre 2018 lors d’un scrutin boycotté par une partie de l’opposition. Son dernier mandat court jusqu’en 2025, mais une modification constitutionnelle en 2008 a supprimé la limite d’âge pour se présenter à l’élection présidentielle.