Comme le rapporte Le Figaro, l’illettrisme touche désormais tous les milieux sociaux, et non plus seulement les zones défavorisées. C’est ce que souligne Madeleine de Jessy, professeure de lettres dans un collège des Hauts-de-Seine, dans son ouvrage L’École des illettrés. Elle y relate son expérience avec des élèves majoritairement issus de l’immigration, confrontés à des lacunes majeures en expression écrite.

Ce qu’il faut retenir

  • L’illettrisme concerne tous les milieux sociaux, pas uniquement les publics précaires, selon une enseignante des Hauts-de-Seine.
  • Dans son collège, des élèves issus de l’immigration présentaient des lacunes majeures en expression écrite, avec parfois seulement quatre lignes sans faute.
  • Certains élèves étaient passés par une UPE2A (Unité pédagogique pour élèves allophones nouveaux arrivants), mais conservaient des difficultés persistantes.
  • L’enseignante souligne une grande curiosité et une capacité d’émerveillement chez ces élèves, malgré leurs obstacles.

Un constat alarmant dans un collège des Hauts-de-Seine

Au terme de ses études, Madeleine de Jessy a été nommée professeure de lettres dans un collège des Hauts-de-Seine. À son arrivée, elle a découvert une classe composée majoritairement d’élèves issus de l’immigration, souvent issus de familles indifférentes ou hostiles à l’institution scolaire. « J’étais heureuse lorsqu’un élève me rendait quatre lignes sans faute de construction de phrase ! », confie-t-elle dans son livre. Ce témoignage illustre l’ampleur des difficultés rencontrées, bien au-delà des stéréotypes associés aux zones défavorisées.

Parmi ces élèves, certains avaient transité par une UPE2A, une structure dédiée aux élèves allophones arrivant en France. Pourtant, malgré cette prise en charge, leurs lacunes en français écrit restaient importantes. Madeleine de Jessy a également observé des profils variés, mêlant curiosité intellectuelle et désengagement scolaire, reflétant la complexité des défis éducatifs actuels.

L’illettrisme, un phénomène transversal

Contrairement aux idées reçues, l’illettrisme ne se limite pas aux milieux défavorisés. D’après l’enseignante, il s’étend à tous les milieux sociaux, y compris dans des établissements perçus comme favorisés. Son expérience dans un collège des Hauts-de-Seine en est une illustration frappante. Les élèves concernés, souvent issus de l’immigration récente, cumulaient des obstacles linguistiques et un manque de soutien familial. Pourtant, leur capacité à s’émerveiller et leur appétence pour les savoirs offraient un contraste saisissant avec leurs difficultés scolaires.

Madeleine de Jessy souligne également que certains élèves, malgré leurs lacunes, possédaient une grande curiosité naturelle. « Ils avaient beaucoup de curiosité ainsi qu’une grande capacité d’émerveillement, peut-être supérieures… », précise-t-elle. Ces traits de caractère, souvent sous-estimés, pourraient pourtant constituer un levier pour des méthodes pédagogiques adaptées.

Un appel à repenser l’enseignement du français

Face à ce constat, Madeleine de Jessy plaide pour une refonte des méthodes d’enseignement du français, notamment pour les publics allophones ou en grande difficulté. Son livre, L’École des illettrés, s’inscrit dans cette démarche en proposant des pistes concrètes pour lutter contre l’illettrisme. Elle insiste sur la nécessité de former les enseignants à ces enjeux spécifiques, une dimension qu’elle juge encore trop négligée dans la formation initiale.

L’enseignante met en avant l’importance de reconnaître les atouts individuels de chaque élève, même lorsque leurs résultats scolaires sont en deçà des attentes. Pour elle, une approche personnalisée et bienveillante pourrait permettre de réduire les écarts, en s’appuyant sur la motivation et l’engagement des élèves.

Et maintenant ?

À l’automne 2026, la publication de L’École des illettrés pourrait relancer le débat sur les méthodes d’enseignement du français en France. Les prochaines annonces du ministère de l’Éducation nationale sur la formation des enseignants et les dispositifs d’accompagnement des élèves allophones seront scrutées de près. Une question reste en suspens : les établissements scolaires disposent-ils des moyens nécessaires pour appliquer ces réformes ?

Madeleine de Jessy espère que son témoignage contribuera à sensibiliser les décideurs et le grand public à l’urgence de la situation. Si ses propositions rencontrent un écho favorable, elles pourraient inspirer des mesures ciblées dès la rentrée 2027.

Une Unité pédagogique pour élèves allophones arrivants est une structure dédiée aux élèves ne maîtrisant pas suffisamment le français pour suivre une scolarité classique. Ces unités proposent un enseignement intensif du français avant une intégration progressive dans les classes ordinaires.