En France, plus de 12 millions de logements sont exposés au risque d’inondation, selon les dernières données du ministère de la Transition écologique. Pourtant, comme le rapporte Capital dans une enquête publiée le 4 juin 2026, de nombreuses transactions immobilières se concluent sans que les acquéreurs aient pleinement conscience des risques encourus. Maître Pierre Privat, avocat en droit immobilier à Bordeaux, constate régulièrement des situations où des clients découvrent après la signature que leur maison est en partie inhabitable, que des extensions ont été réalisées sans autorisation en zone rouge, ou que le vendeur n’a jamais mentionné des crues répétées.

Ce qu'il faut retenir

  • 12 millions de logements en France sont exposés au risque d’inondation, selon le ministère de la Transition écologique.
  • Un état des risques et des pollutions (anciennement état des risques naturels et technologiques) doit être annexé au compromis de vente et dater de moins de six mois.
  • Le plan de prévention des risques d’inondation (PPRI) définit des zonages (rouge, bleu, vert) qui limitent les droits à construire ou à rénover.
  • Les vices cachés liés à un risque inondation peuvent être invoqués dans un délai de deux ans après la découverte du problème.
  • Un constat d’huissier réalisé lors d’une inondation ou une expertise amiable peuvent servir de preuves pour étayer un recours.

Des contentieux fréquents en zone inondable

Les épisodes pluvieux du début d’année 2026 ont révélé des situations que ni les vendeurs ni les notaires n’avaient anticipées. Dans le département de la Gironde, comme dans toute la vallée de la Garonne, ces contentieux sont particulièrement nombreux. Maître Pierre Privat, spécialisé en droit immobilier, confirme : « C’est le type d’affaire que je rencontre assez fréquemment : des acquéreurs qui ont un beau métrage, mais une partie de la maison qui ne peut pas légalement être considérée comme habitable. » Une situation qui illustre l’écart entre la perception des risques par les vendeurs et la réalité juridique.

Les problèmes surviennent souvent après la signature, lorsque l’acquéreur découvre que des extensions ont été construites en zone rouge, où toute construction neuve est interdite. Ces réalisations, parfois bâties sans autorisation, ne peuvent pas être comptabilisées comme surface habitable. Dans certains cas, la commune peut même exiger leur démolition. Comme le souligne l’avocat, « cela a des conséquences directes sur le prix réel du bien, puisque le métrage effectivement habitable se réduit dès que l’extension non conforme est écartée du calcul. »

Trois vérifications essentielles avant l’achat

Pour éviter les mauvaises surprises, Capital recommande de se concentrer sur trois documents et vérifications clés. D’abord, l’état des risques et des pollutions, anciennement appelé état des risques naturels et technologiques. Obligatoire pour tout bien situé dans une commune couverte par un plan de prévention des risques, ce document doit être annexé au compromis de vente et dater de moins de six mois. Il indique non seulement l’existence d’un risque d’inondation, mais aussi l’historique des sinistres indemnisés au titre des catastrophes naturelles. Un vendeur dont le bien affiche trois sinistres enregistrés dans ce document se retrouve dans une position juridiquement délicate s’il a minimisé le risque à l’oral.

Ensuite, il est crucial de consulter le plan de prévention des risques d’inondation (PPRI), disponible en mairie ou sur la plateforme Géorisques. Ce document définit des zonages colorés : la zone rouge correspond à un risque élevé, avec des restrictions fortes sur les constructions neuves et les extensions. La zone bleue signale un risque modéré, tandis que la zone verte indique un risque moindre. Un acquéreur projetant d’agrandir sa maison ou d’aménager un sous-sol doit impérativement vérifier ces contraintes pour éviter un refus de permis de construire.

Conformité des constructions et recours possibles

Troisième point de vigilance : la conformité des constructions existantes avec le zonage PPRI. Une extension réalisée après le classement en zone rouge, sans autorisation, n’est pas considérée comme une surface habitable. Elle peut même faire l’objet d’une demande de démolition par la commune. Cette situation, plus courante qu’on ne le pense, réduit la valeur réelle du bien. « Cela a des conséquences directes sur le prix réel du bien, puisque le métrage effectivement habitable se réduit dès que l’extension non conforme est écartée du calcul », explique Maître Pierre Privat.

En cas de désordre avéré, plusieurs voies de recours s’offrent à l’acquéreur lésé. La plus connue est la garantie des vices cachés, mais trois conditions cumulatives doivent être réunies : le vice doit être non apparent lors de la vente, antérieur à celle-ci, et suffisamment grave pour rendre le bien impropre à son usage. Une clause de non-garantie des vices cachés est quasi systématiquement insérée dans les actes de vente, ce qui rend cette voie inopérante sauf si l’on prouve que le vendeur connaissait le défaut. Pour établir la mauvaise foi du vendeur, des éléments comme des crues répétées non signalées ou un sous-sol régulièrement inondé lors des visites peuvent être déterminants.

« Quand la garantie des vices cachés est établie, deux sanctions sont possibles : soit la résolution de la vente avec restitution du prix, soit la diminution du prix de vente à hauteur du préjudice subi. Si le vendeur est prouvé de mauvaise foi, il doit en outre l’intégralité des dommages et intérêts, y compris le préjudice de jouissance, le préjudice économique, le préjudice moral et le remboursement des frais d’avocat. »

Maître Pierre Privat, avocat en droit immobilier

Des preuves déterminantes pour étayer un recours

Pour caractériser l’existence du désordre, deux outils s’avèrent déterminants. D’abord, un constat d’huissier réalisé au moment d’une inondation constitue une preuve irréfutable de la date et de l’étendue du sinistre. Ensuite, une expertise amiable, souvent mandatée par l’assureur, peut établir que la topographie du terrain et l’absence de dispositions constructives anti-inondation impliquent que le vendeur était nécessairement informé du risque. Si aucun accord n’est trouvé, une expertise judiciaire désignée par le tribunal prend le relais.

Le délai de prescription est un élément clé à ne pas négliger. L’action en garantie des vices cachés se prescrit par deux ans à compter de la découverte du vice. Maître Privat met en garde : « Un vendeur suffisamment habile pour faire traîner les négociations et retarder la prise de conscience du problème peut, en deux ans, rendre tout recours impossible. Dès la constatation d’un premier désordre, contacter un avocat spécialisé n’est donc pas une précaution, c’est une nécessité. »

Et maintenant ?

Alors que les épisodes de crues risquent de se multiplier avec le changement climatique, les pouvoirs publics pourraient renforcer les obligations d’information des vendeurs et des notaires. Une proposition de loi visant à étendre la durée de validité de l’état des risques et des pollutions est actuellement en discussion à l’Assemblée nationale. Par ailleurs, les assureurs pourraient durcir leurs critères d’indemnisation pour les biens situés en zone inondable, ce qui rendrait certains logements encore moins attractifs. Les prochains mois seront déterminants pour voir si ces mesures seront adoptées et appliquées.

En attendant, les acquéreurs potentiels doivent redoubler de vigilance. Exiger systématiquement l’état des risques et des pollutions, consulter le PPRI, vérifier la conformité des constructions existantes, et interroger le vendeur par écrit sur l’historique des inondations sont des étapes incontournables. Comme le rappelle Capital, « les données sur l’exposition au risque d’inondation sont consultables gratuitement sur Géorisques (georisques.gouv.fr). »

Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre informatif et ne constituent pas un conseil juridique. En cas de litige ou de doute sur la situation d’un bien, il est recommandé de consulter un avocat spécialisé en droit immobilier.

Le délai pour agir en garantie des vices cachés est de deux ans à compter de la découverte du vice. Il est donc crucial d’agir rapidement dès les premiers signes d’un problème pour ne pas perdre son droit à recours.

Il faut consulter le plan de prévention des risques d’inondation (PPRI) disponible en mairie ou sur la plateforme Géorisques (georisques.gouv.fr). Cet outil permet de connaître le zonage exact du bien : rouge (risque élevé), bleu (risque modéré) ou vert (risque moindre).