L’affirmation du député LFI Hadrien Clouet selon laquelle quatre jours de recettes de l’impôt sur la fortune (ISF) avant sa suppression en 2018 auraient suffi à financer deux avions bombardiers d’eau Canadair est exacte, comme le rapporte Franceinfo - Politique. Cette déclaration intervient alors que la France fait face à une saison d’incendies particulièrement intense, notamment en Gironde où plus de 42 000 hectares ont été ravagés par les flammes à la fin du mois de juillet 2026. Le gouvernement, critiqué pour sa gestion des moyens de lutte contre les feux de forêt, avait vu son budget pour la Sécurité civile réduit de plus de 52 millions d’euros en 2024, une somme initialement destinée à l’acquisition de deux Canadair.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2017, dernière année avant sa suppression, l’ISF a rapporté **5,067 milliards d’euros**, selon les chiffres fournis par Gérald Darmanin, alors ministre des Comptes publics.
  • Les recettes quotidiennes de l’ISF s’élevaient à **moins de 14 millions d’euros par jour**, soit **56 millions d’euros sur quatre jours**. Ce montant correspond au coût des deux Canadair, évalué à **52 millions d’euros**. La différence couvre les frais annexes.
  • Le gouvernement d’Édouard Philippe a supprimé l’ISF en 2018, le remplaçant par l’IFI (impôt sur la fortune immobilière), qui exclut les placements financiers de son assiette.
  • La règle de non-affectation des recettes fiscales en France empêche un fléchage direct des fonds de l’ISF vers des dépenses spécifiques comme l’achat de Canadair, sauf exceptions encadrées par la loi organique relative aux lois de finances.
  • Les deux Canadair commandés en 2024 ne seront livrés qu’en **2028**, et deux autres le seront entre **2032 et 2033**, en raison des délais de production et des contraintes industrielles.

Un débat relancé par la gestion des feux de forêt

La polémique sur la gestion des incendies en France a pris de l’ampleur cet été, alors que l’incendie en Gironde a mobilisé des moyens humains et matériels importants. Selon Franceinfo - Politique, le gouvernement avait initialement prévu d’investir **52 millions d’euros** pour acheter deux avions Canadair, un montant équivalent à quatre jours de recettes de l’ISF avant sa suppression. Cette somme a finalement été réallouée dans le cadre de la baisse du budget de la Sécurité civile, une décision prise sous le gouvernement d’Gabriel Attal, alors Premier ministre.

Le député Hadrien Clouet, membre du groupe La France Insoumise à l’Assemblée nationale, a donc souligné ce décalage lors d’une intervention publique : « Quatre jours d’impôt sur la fortune avant qu’Emmanuel Macron ne la supprime, c’est ce que coûteraient deux Canadair. » Une affirmation que Franceinfo - Politique confirme comme exacte, après vérification des données disponibles.

L’ISF, une recette colossale avant sa suppression

Selon les données officielles, l’impôt de solidarité sur la fortune avait rapporté **5,067 milliards d’euros** en 2017, dernière année avant son remplacement par l’IFI. Gérald Darmanin, alors ministre des Comptes publics, avait communiqué ce chiffre lors d’une réponse à une question au gouvernement. En extrapolant ce montant sur une base quotidienne, on obtient environ **14 millions d’euros par jour**, soit **56 millions d’euros sur quatre jours**. Ce chiffre dépasse donc légèrement les **52 millions d’euros** nécessaires à l’acquisition de deux Canadair.

Cette recette fiscale, désormais disparue, représentait une part non négligeable des finances de l’État. Sa suppression en 2018 avait été justifiée par la volonté de recentrer l’impôt sur la détention de biens immobiliers, excluant ainsi les actifs financiers. Aujourd’hui, certains élus comme Hadrien Clouet soulignent que cette recette aurait pu être mobilisée pour renforcer les moyens de lutte contre les incendies, un enjeu devenu critique avec l’aggravation des feux de forêt en Europe.

Une règle de non-affectation qui limite les possibilités de financement ciblé

En France, le principe de non-affectation des recettes fiscales est un pilier du système budgétaire. Il interdit de lier directement une recette (comme l’ISF) à une dépense spécifique (comme l’achat de Canadair), afin de préserver la liberté du Parlement dans l’allocation des fonds publics. Ce principe est encadré par l’article 17 de la loi organique relative aux lois de finances (LOLF).

Cependant, des exceptions existent, comme pour une partie de la TVA, qui finance l’audiovisuel public. Pour contourner la règle de non-affectation, il faudrait créer un budget annexe ou des comptes spéciaux, une procédure complexe et rarement utilisée. Ainsi, même si l’ISF avait été maintenu, son affectation directe aux Canadair aurait nécessité une réforme législative.

Un approvisionnement complexe et des délais de livraison allongés

Au-delà de la question du financement, l’acquisition de Canadair se heurte à des contraintes industrielles et géopolitiques. L’Union européenne ne dispose pas de son propre constructeur d’avions bombardiers d’eau : le monopole revient à l’entreprise canadienne De Havilland, seule à produire ce type d’appareil. Les négociations pour passer commande ont donc été longues et laborieuses, comme l’a révélé un rapport parlementaire de 2024.

Les retards s’expliquent aussi par la reprise en 2024 d’une chaîne de production, initialement détenue par Viking, qui avait été arrêtée pendant une décennie. Résultat : les deux Canadair commandés par la France en 2024 ne seront livrés qu’en **2028**, et deux autres le seront entre **2032 et 2033**. Autrement dit, même avec un financement immédiat, la France devrait attendre plusieurs années avant de disposer de ces moyens supplémentaires.

Et maintenant ?

Le débat sur le financement des moyens de lutte contre les incendies devrait s’intensifier à l’approche de l’automne, alors que les institutions européennes et nationales examinent les leçons à tirer de la saison estivale 2026. Une remise en cause de la règle de non-affectation des recettes fiscales pourrait être évoquée, mais nécessiterait un consensus politique rare. D’ici là, la France devra composer avec les délais de livraison des Canadair, qui ne deviendront opérationnels qu’à partir de 2028. Une échéance qui laisse peu de marge de manœuvre face à l’urgence climatique.

La question des moyens alloués à la Sécurité civile pourrait également resurgir lors des débats budgétaires pour 2027. Le gouvernement devra arbitrer entre la nécessité de renforcer les capacités de lutte contre les feux de forêt et les contraintes budgétaires actuelles. Pour l’instant, aucune annonce n’a été faite concernant un éventuel réexamen du budget de la Sécurité civile.

L’Union européenne ne dispose pas de constructeur d’avions bombardiers d’eau. Le seul fabricant au monde est l’entreprise canadienne De Havilland, qui détient un monopole sur ce marché. Les délais de production sont également longs en raison de la reprise récente d’une chaîne d’assemblage, initialement arrêtée pendant dix ans.

La restauration de l’ISF nécessiterait une réforme législative majeure, ce qui n’est pas à l’ordre du jour. Même dans ce cas, la règle de non-affectation des recettes fiscales empêcherait un fléchage direct vers l’achat de Canadair, sauf à créer un budget annexe ou un compte spécial, une procédure complexe et peu probable.