La Gironde, déjà durement frappée par des mégafeux d’une ampleur exceptionnelle, accueille depuis dimanche une aide exceptionnelle venue d’Ukraine. Soixante-dix pompiers ukrainiens, accompagnés de quinze véhicules spécialisés, ont été déployés pour prêter main-forte aux équipes françaises en difficulté, selon Euronews FR.
Ce qu'il faut retenir
- 70 secouristes ukrainiens et 15 véhicules engagés en Gironde depuis dimanche.
- Un trajet de 52 heures depuis l’Ukraine, traversant quatre pays avant d’arriver sur zone.
- Cette mission marque la première intervention d’une équipe ukrainienne au titre du Mécanisme européen de protection civile.
- Plus de 42 000 hectares brûlés et 250 bâtiments détruits en Gironde, avec plus de 220 000 personnes évacuées.
- Les pompiers ukrainiens apportent leur expérience des grands incendies, tout en rendant hommage au soutien européen à leur pays.
Une mission historique dans le cadre de la protection civile européenne
Il s’agit de la première fois qu’une équipe de secours ukrainienne intervient officiellement en faveur d’un État membre de l’Union européenne dans le cadre du Mécanisme européen de protection civile. Cette structure permet aux pays de l’UE de mutualiser leurs moyens en cas de catastrophe, comme ce fut le cas pour les incendies en Grèce ou en Croatie ces dernières années. « Même si nos collègues ukrainiens n’ont pas encore intégré ce mécanisme, nous avons adapté et adopté les mêmes techniques de coordination », explique Thomas Mimiague, commandant chargé de la communication au Sdis 33.
Sur le terrain, un officier de liaison est désigné pour accompagner en permanence le détachement ukrainien. « On ne les laisse pas seuls, ils sont intégrés à nos procédures », précise-t-il. Leur engagement dépend de leurs capacités matérielles : « On vérifie que leurs camions résistent aux flux thermiques, qu’ils peuvent attaquer les flammes directement ou si leur rôle se limite à la protection des lisières. »
Un périple de 52 heures pour rejoindre la Gironde
Les secouristes ukrainiens ont parcouru près de 3 000 kilomètres en traversant l’Ukraine, la Pologne, l’Allemagne et la France. Leur arrivée en Gironde s’inscrit dans une logique de solidarité internationale, alors que le pays fait face à l’un des pires incendies de son histoire récente. Volodymyr Zelensky, président ukrainien, avait proposé cette aide à son homologue français Emmanuel Macron lors d’un échange téléphonique.
« Merci à l’Ukraine », a réagi le chef de l’État français après cette proposition. Une gratitude partagée par Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne : « Tout en se défendant contre la guerre d’agression de la Russie, l’Ukraine contribue également à protéger des vies à travers l’Europe. Chaque jour, l’Ukraine montre qu’elle a sa place dans notre Union. »
Une expérience précieuse face à des incendies d’une ampleur inédite
L’Ukraine, régulièrement confrontée à des feux de forêt dévastateurs, notamment dans la région de Tchernobyl, dispose d’une expertise reconnue en matière de lutte contre les mégafeux. « Nous mettons à disposition notre savoir-faire, mais aussi notre gratitude », souligne Krystyna Pertsovych, porte-parole de l’unité d’intervention des pompiers ukrainiens. « Nous essayons toujours d’aider ceux qui ont besoin de notre assistance, même si la situation est très difficile pour nous en ce moment, car notre pays est en guerre. »
Chaque jour, les secouristes ukrainiens interviennent sous les bombardements en Ukraine. Pourtant, ils trouvent le moyen d’apporter leur soutien à la France, un pays qui a toujours été aux côtés de Kyiv depuis le début du conflit avec la Russie. « Nous n’oublions pas ceux qui nous ont aidés », ajoute Krystyna Pertsovych.
Surmonter la barrière linguistique grâce au langage universel des sapeurs-pompiers
Bien que ne parlant pas français, les pompiers ukrainiens parviennent à communiquer efficacement avec leurs homologues grâce à des interprètes et à un langage technique partagé. « La difficulté de la langue, on la lève par deux choses », explique Thomas Mimiague. « Les collègues ukrainiens sont venus avec des interprètes anglais et ukrainiens, donc nous pouvons parler anglais sans difficulté. Et puis, sur le terrain, le langage des sapeurs-pompiers est universel : les gestes, les termes techniques, tout cela parle à tous les pompiers. »
Cette collaboration illustre la capacité des secours à travailler ensemble malgré les différences culturelles ou linguistiques. « On arrive à se comprendre au-delà des barrières linguistiques », confirme le commandant français.
Une situation toujours critique en Gironde malgré les progrès
Après plusieurs semaines d’intense lutte contre les flammes, la situation en Gironde commence à se stabiliser. Pourtant, plusieurs foyers restent actifs, et des reprises de feu sont encore observées quotidiennement. Les autorités craignent désormais l’émergence de « feux zombies », ces incendies latents qui couvent sous la surface et peuvent resurgir des semaines plus tard, notamment avec la hausse des températures estivales.
Les 42 000 hectares ravagés et les 250 bâtiments détruits ont contraint plus de 220 000 personnes à quitter leur domicile. Les dégâts matériels et humains restent considérables, et les pompiers, ukrainiens comme français, savent que leur travail est loin d’être terminé. Ivan Vyguivsky, ministre de l’Intérieur ukrainien, a assuré à son homologue français Laurent Nuñez que Kyiv était prêt à renforcer ce déploiement « selon les besoins ».
Cette intervention marque un tournant dans la coopération entre l’Ukraine et l’Union européenne, alors que Kyiv continue de subir les conséquences d’une guerre d’agression qui dure depuis plus de deux ans. Elle rappelle aussi que, malgré les défis immédiats, la solidarité internationale reste un pilier essentiel face aux catastrophes naturelles.
Cette mission s’inscrit dans le cadre du Mécanisme européen de protection civile, qui permet aux pays de l’UE de s’entraider en cas de catastrophe. L’Ukraine, confrontée à des incendies dévastateurs sur son territoire, dispose d’une expérience précieuse. De plus, Kyiv souhaite marquer sa gratitude envers la France et l’Union européenne pour leur soutien continu depuis le début de l’invasion russe en 2022.