Plus de 3,8 millions d’hectares ont déjà été ravagés par les feux de forêt au Canada en 2026, un bilan provisoire qui place cette saison des incendies parmi les plus dévastatrices de l’histoire récente du pays. Selon Le Figaro, ces catastrophes naturelles, particulièrement intenses en Ontario et dans les territoires du Nord-Ouest, ont été rendues au moins deux fois plus probables par le réchauffement climatique d’origine humaine.

Ce qu’il faut retenir

  • Le changement climatique a doublé la probabilité que se produisent les incendies extrêmes observés cette année au Canada.
  • Plus de 3,8 millions d’hectares ont brûlé en 2026, une superficie équivalente à celle de la Suisse.
  • Les feux, favorisés par des températures élevées et une sécheresse persistante, ont entraîné l’évacuation de milliers de personnes.
  • Dans un climat sans réchauffement, un tel événement n’arriverait qu’une fois tous les quarante ans en moyenne.
  • Les territoires du Nord-Ouest pourraient connaître ce type de saison des incendies tous les 2 à 6 ans, contre 6 à 15 ans en Ontario.

Des conditions météo extrêmes amplifiées par le changement climatique

Les chercheurs du World Weather Attribution (WWA), un collectif international de scientifiques, ont mené une étude pour évaluer l’impact du réchauffement climatique sur ces incendies. Leurs conclusions, publiées ce jeudi 8 août 2026, confirment que le changement climatique a rendu ces événements « au moins deux fois plus probables » par rapport à une situation où les températures mondiales seraient restées stables depuis l’ère préindustrielle. « Depuis 2023, les feux de forêt que nous avons observés au Canada sont fondamentalement différents par leur ampleur et leur intensité », a déclaré Theodore Keeping, directeur de l’étude et chercheur à l’Imperial College de Londres.

Les modèles utilisés par les scientifiques ont comparé les conditions actuelles, marquées par une hausse moyenne des températures de 1,4°C depuis l’ère préindustrielle, avec un scénario hypothétique sans ce réchauffement. Les périodes de sept et trente jours présentant les pires conditions de « météo des incendies » – combinant chaleur extrême, sécheresse prolongée et atmosphère asséchante – ont été analysées en détail. Résultat : le changement climatique a significativement augmenté la fréquence et l’intensité de ces phénomènes.

Des conséquences humaines et environnementales majeures

Les incendies en cours ont déjà dépassé les 3,8 millions d’hectares, un bilan provisoire qui reste inférieur à celui de 2023, année record avec plus de 18 millions d’hectares brûlés. Malgré cette amélioration relative, les dégâts restent considérables. Les feux ont notamment frappé l’Ontario et les territoires du Nord-Ouest, où la densité de population est faible, mais où les écosystèmes sont particulièrement vulnérables. La fumée émise par ces incendies a également exposé des millions de personnes à des risques sanitaires, notamment dans les grandes villes comme Vancouver ou Toronto, situées sous un épais nuage de particules.

Les évacuations, bien que limitées en nombre grâce aux dispositifs d’urgence, ont touché des milliers de résidents, notamment dans les communautés autochtones et les zones rurales isolées. « La propagation rapide de ces feux fait peur et montre que, malgré la préparation des autorités en charge de la gestion des feux de forêt, l’adaptation seule ne suffit pas », a souligné Theodore Keeping. Les autorités canadiennes, qui avaient initialement anticipé une saison des incendies moins intense, ont dû revoir leurs prévisions à la hausse en juillet, lorsque les températures ont atteint des niveaux records et que les précipitations sont restées exceptionnellement faibles.

Un cercle vicieux qui aggrave la crise climatique

Ces incendies ne sont pas seulement une conséquence du changement climatique : ils contribuent aussi à l’aggraver. En brûlant des millions d’hectares de forêt, ils libèrent d’énormes quantités de dioxyde de carbone (CO₂) dans l’atmosphère. Selon les estimations des chercheurs, les feux de 2026 pourraient ajouter jusqu’à 150 millions de tonnes de CO₂ aux émissions annuelles du Canada, un pays déjà en difficulté pour atteindre ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre. « Cela crée un cercle vicieux », a expliqué Theodore Keeping. « Plus les incendies sont fréquents et intenses, plus ils accélèrent le réchauffement, ce qui à son tour favorise de nouveaux incendies. »

Les scientifiques du WWA rappellent que, même si le Canada est particulièrement touché, cette situation n’est pas isolée. D’autres régions du monde, comme l’Australie, la Sibérie ou la Californie, subissent des incendies de plus en plus dévastateurs, eux aussi liés au réchauffement climatique. « Les feux de forêt que nous observons aujourd’hui sont un avertissement pour l’ensemble de la planète », a conclu Theodore Keeping. « Ils illustrent les conséquences concrètes du changement climatique, bien au-delà des simples projections théoriques. »

Et maintenant ?

Les experts du WWA estiment que, même si des mesures drastiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre étaient prises dès aujourd’hui, la tendance à l’augmentation des incendies extrêmes au Canada pourrait se poursuivre pendant plusieurs décennies. Les prochaines années devraient voir une intensification des feux en été, avec un risque accru pour les populations et les infrastructures. Le gouvernement canadien, qui a déjà renforcé ses budgets dédiés à la prévention et à la lutte contre les incendies, pourrait annoncer de nouvelles mesures d’ici la fin de l’année, notamment pour mieux protéger les communautés les plus exposées.

Un défi qui dépasse les frontières

Cette étude du WWA s’inscrit dans une série de travaux visant à attribuer plus précisément les catastrophes naturelles au changement climatique. Elle rappelle que, si le Canada est en première ligne, la lutte contre le réchauffement climatique est un enjeu global. Les feux de forêt, autrefois considérés comme des événements exceptionnels, pourraient devenir la norme dans de nombreuses régions du monde d’ici la fin du siècle, selon les scénarios du GIEC. « Nous ne pouvons plus nous permettre de considérer ces incendies comme des accidents isolés », a souligné Theodore Keeping. « Ils sont le symptôme d’un système climatique profondément perturbé. »

Alors que la saison des incendies n’est pas encore terminée au Canada, les autorités appellent à la vigilance. Les prévisions météo pour les prochaines semaines restent alarmantes, avec des températures supérieures aux normales saisonnières et des précipitations toujours insuffisantes. Les services de secours, déjà en alerte maximale, craignent une nouvelle aggravation de la situation dans les prochains mois.

Les chercheurs du WWA utilisent des modèles climatiques pour comparer la situation actuelle avec un scénario hypothétique où le réchauffement climatique n’aurait pas eu lieu. Ils analysent ensuite les données météo (températures, sécheresse, vent) et les comparent à des événements passés pour évaluer l’impact du changement climatique. Cette méthode, appelée « attribution », permet d’estimer dans quelle mesure le réchauffement a augmenté la probabilité d’un événement extrême.

Les territoires les plus affectés sont l’Ontario et les territoires du Nord-Ouest, où les feux ont pris une ampleur inédite. Ces régions, habituellement moins exposées que la Colombie-Britannique ou l’Alberta, subissent cette année des conditions météo exceptionnellement favorables aux incendies (chaleur record, sécheresse prolongée).

Si les feux de forêt au Canada ne sont pas une nouveauté, leur intensité et leur fréquence croissantes constituent un signal d’alarme pour le reste du monde. Alors que les négociations internationales sur le climat peinent à aboutir, cette étude rappelle que les conséquences du réchauffement se matérialisent déjà sous nos yeux – et qu’il est urgent d’agir.