Alors que les feux de forêt ont frappé plusieurs régions françaises cet été, un commandant de Canadair alerte sur les moyens limités dont disposent les pilotes pour combattre les incendies. Grégory Prats, également membre du Syndicat national du personnel navigant de l’aéronautique civile (SNPNAC), critique ouvertement la gestion des budgets publics, estimant que des sommes colossales auraient pu être mieux utilisées pour renforcer les moyens aériens de lutte contre les feux.

Ce qu'il faut retenir

  • Les Canadair ont été déployés sur tous les grands feux en France cet été, mais leurs effectifs restent insuffisants face à l’ampleur des incendies.
  • Grégory Prats, commandant de Canadair, souligne que 2 milliards d’euros dépensés pour la dépollution de la Seine auraient pu financer dix Canadair, avec dix ans de maintenance.
  • Selon lui, la France disposait d’un nombre suffisant de Canadair il y a dix ans pour éviter une partie des catastrophes actuelles.
  • Les pilotes interviennent en Gironde, dans les Landes, dans le Var et à Fontainebleau, mais leur capacité d’action reste contrainte par le manque de moyens.

Un été marqué par des incendies dévastateurs et des moyens limités

Selon Le Figaro, les feux de forêt ont ravagé plusieurs départements français depuis le début du mois de juillet, forçant les autorités à mobiliser l’ensemble des ressources disponibles pour tenter d’endiguer les flammes. Parmi les outils déployés, les Canadair jouent un rôle clé dans la lutte directe contre les incendies. Pourtant, leur intervention reste entravée par des effectifs réduits et des moyens matériels jugés insuffisants par les pilotes eux-mêmes.

Grégory Prats, commandant de Canadair et membre du SNPNAC, explique que les appareils ont été engagés sur tous les fronts, mais toujours « par petits groupes » en raison des effectifs restreints. « Nous sommes intervenus en Gironde, dans les Landes, dans le Var, mais aussi à Fontainebleau plus tôt dans l’été », précise-t-il. Malgré leur mobilisation, leur capacité à couvrir l’ensemble du territoire reste limitée, ce qui a conduit à des critiques sur la gestion des feux.

Des budgets publics critiqués pour leur priorisation

Le pilote pointe du doigt une « immensité problème de priorisation » des dépenses publiques, illustré par l’exemple de la dépollution de la Seine. « Les 2 milliards d’euros dépensés pour ce projet auraient pu permettre d’acheter dix Canadair », a-t-il déclaré. Ces appareils, dont le coût est estimé à plusieurs dizaines de millions d’euros l’unité, nécessitent également un budget de maintenance annuel important. Selon Grégory Prats, ces investissements auraient pu renforcer significativement les moyens de lutte contre les incendies, limitant ainsi l’ampleur des dégâts observés cet été.

Cette critique s’inscrit dans un contexte où les feux de forêt ont pris une ampleur exceptionnelle cette année, en partie en raison des conditions météorologiques et de l’accumulation de végétation sèche. Les autorités locales et les services de secours ont multiplié les appels à la vigilance, mais les moyens aériens restent un maillon essentiel, voire indispensable, pour contenir les incendies sur de vastes surfaces.

Des effectifs stables mais une capacité d’action réduite

En France, les Canadair sont pilotés par une poignée de professionnels. Selon les données disponibles, on dénombre moins de 50 pilotes de Canadair en activité dans le pays. Leur nombre est resté stable ces dernières années, mais leur capacité à intervenir rapidement et en nombre suffisant est souvent limitée par des contraintes logistiques et budgétaires. Les appareils, dont certains ont plus de trente ans, nécessitent un entretien rigoureux, ce qui réduit leur disponibilité opérationnelle.

Grégory Prats rappelle que la France disposait d’un nombre suffisant de Canadair il y a dix ans pour faire face aux incendies de grande ampleur. « Si nous avions eu aujourd’hui le même nombre d’appareils qu’à cette époque, certaines catastrophes auraient pu être évitées », affirme-t-il. Cette comparaison souligne les conséquences concrètes des choix budgétaires passés et présents, qui pèsent directement sur la capacité du pays à protéger ses forêts et ses habitants.

« Les Canadair sont impliqués dans la lutte directe contre les feux. Nous avons été déployés sur tous les secteurs de feux par petits groupes en raison de nos maigres effectifs. Nous avons été mis à rude épreuve sur tous les feux sur le territoire national pour aider au mieux le personnel au sol. »

Grégory Prats, commandant de Canadair et membre du SNPNAC, selon Le Figaro

Quelles solutions pour améliorer la lutte contre les incendies ?

Face aux critiques, les autorités n’ont pas encore communiqué de plan concret pour renforcer les moyens aériens de lutte contre les incendies. Pourtant, les propositions ne manquent pas. Plusieurs experts et syndicats, comme le SNPNAC, plaident pour une augmentation des budgets alloués à l’achat et à la maintenance des Canadair, ainsi que pour une meilleure coordination entre les services de secours et les collectivités locales.

Une autre piste évoquée concerne la mutualisation des moyens au niveau européen. Certains pays, comme l’Italie ou l’Espagne, disposent de flottes aériennes plus importantes et pourraient partager leurs ressources en cas de crise majeure. Cette approche, déjà testée lors d’incendies transfrontaliers, pourrait permettre de compenser les faiblesses des moyens nationaux.

Et maintenant ?

Plusieurs pistes sont envisagées pour améliorer la lutte contre les incendies en France, notamment une augmentation des budgets dédiés aux Canadair et une meilleure coordination entre les services. Un rapport parlementaire sur la gestion des feux de forêt devrait être rendu public d’ici la fin de l’année. Par ailleurs, le gouvernement pourrait annoncer des mesures supplémentaires lors du prochain conseil de défense écologique, prévu pour septembre 2026. Reste à voir si ces propositions se traduiront par des actions concrètes.

En attendant, les pilotes de Canadair continuent de risquer leur vie chaque été pour protéger les forêts et les populations. Leur engagement, bien que salué, ne suffit plus à combler le manque de moyens structurels. La question de la priorisation des dépenses publiques, déjà soulevée par Grégory Prats, pourrait bien devenir un enjeu central des prochains débats politiques.

Un Canadair coûte entre 20 et 30 millions d’euros à l’achat, selon les modèles. Son budget de maintenance annuel est estimé à plusieurs millions d’euros, incluant la révision des moteurs, des systèmes de largage d’eau et des équipements électroniques.

Outre les Canadair, la France utilise des avions bombardiers d’eau (ABE) et des hélicoptères bombardiers d’eau (HBE). Ces appareils, bien que moins spécialisés que les Canadair, complètent les moyens de lutte contre les incendies, notamment dans les zones montagneuses ou difficiles d’accès.