Dans les provinces de Java-Centre et Java-Est, la rentrée scolaire 2026 s’est déroulée dans un silence inhabituel. Dans plusieurs villes comme Ponorogo, Blitar, Tulungagung ou Karanganyar, aucune inscription n’a été enregistrée pour les élèves de première année de primaire. Autant dire que les salles de classe, prévues pour accueillir des dizaines d’enfants, sont restées désespérément vides. Selon Courrier International, cette situation pousse les autorités locales à envisager des fusions d’écoles, faute de pouvoir justifier le maintien d’établissements publics sous-utilisés.

Ce phénomène ne se limite pas à Java. Dans la grande île de Kalimantan, au cœur de l’archipel indonésien, des fermetures d’écoles primaires publiques sont également envisagées en raison d’un manque criant d’élèves. Comme le rapporte Courrier International, le constat est le même : des bâtiments scolaires vides, des enseignants désœuvrés, et des familles qui, pour certaines, se tournent vers le privé par manque de confiance dans l’enseignement public. La question se pose alors : comment expliquer cette désertion des salles de classe, alors que le réseau scolaire indonésien n’a cessé de s’étendre ces vingt dernières années ?

Ce qu'il faut retenir

  • Dans plusieurs villes de Java-Centre et Java-Est, aucune inscription n’a été enregistrée pour les élèves de première année de primaire à la rentrée 2026.
  • À Kalimantan, des fermetures d’écoles primaires publiques sont envisagées faute d’élèves.
  • Entre 1971 et 2025, le nombre moyen d’enfants par femme est passé de 5,61 à 2,13, réduisant mécaniquement le vivier d’élèves.
  • Plus de 10 000 nouvelles écoles primaires ont été ouvertes en Indonésie ces vingt dernières années, alors que la démographie évolue.
  • L’Indonésie se classe 70e sur 81 pays en mathématiques selon l’évaluation Pisa 2022 de l’OCDE.
  • La présidente de la Chambre des représentants, Puan Maharani, a qualifié ces classes vides d’« avertissement pour le gouvernement » et proposé une révision de la carte scolaire.

Un déclin démographique qui s’accélère

La baisse de la fécondité explique en partie cette désertion des bancs de l’école. En 1971, une femme indonésienne avait en moyenne 5,61 enfants. En 2025, ce chiffre est tombé à 2,13 enfants par femme, un seuil proche du remplacement des générations. Ce recul, bien que progressif, a des répercussions immédiates sur le système éducatif. Avec moins d’enfants en âge de scolarisation, les effectifs des classes fondent, rendant certains établissements non viables économiquement. Pourtant, comme le souligne Courrier International, le nombre d’écoles primaires publiques a continué d’augmenter : plus de 10 000 nouvelles écoles ont été créées depuis 2006.

Cette inadéquation entre l’offre scolaire et la demande réelle pose un défi de taille pour les autorités. Comment justifier l’entretien de milliers de bâtiments scolaires vides, alors que les ressources pourraient être redirigées vers des zones où la pression démographique reste forte ? La révision de la carte scolaire, évoquée par plusieurs médias, apparaît comme une solution logique. Mais elle soulève aussi des questions : faut-il fermer des écoles dans les zones rurales au profit de zones urbaines déjà saturées ?

Une école publique en perte de vitesse face au privé

Au-delà des chiffres démographiques, c’est la qualité perçue de l’enseignement public qui est pointée du doigt. Selon le Jakarta Post, cité par Courrier International, peu d’enseignants maîtrisent suffisamment les mathématiques pour en enseigner les applications concrètes. Les évaluations, souvent perçues comme de simples formalités administratives, n’ont qu’un impact pédagogique limité. Les résultats du programme Pisa 2022, publié par l’OCDE, confirment ce malaise : l’Indonésie se classe 70e sur 81 pays en mathématiques, un score qui place le pays loin derrière ses voisins asiatiques comme Singapour ou le Japon.

Ce manque de confiance dans l’école publique a des conséquences directes. De plus en plus de familles, même modestes, se tournent vers l’enseignement privé, perçu comme plus performant. À Surakarta, à Java-Centre, une mère de famille témoigne dans les colonnes du Jakarta Post : « Les classes ressemblent à des cours particuliers ». Pourtant, cette fuite vers le privé risque d’aggraver les inégalités. Seules les familles les plus aisées peuvent se permettre de payer des frais de scolarité souvent élevés, laissant les plus vulnérables avec un système public en déclin.

Un fossé numérique qui creuse les disparités

Le problème ne se limite pas aux villes. Dans les zones rurales et frontalières, le fossé numérique entre les enseignants est flagrant. Les professeurs des campagnes, souvent moins formés et moins bien équipés, peinent à rivaliser avec leurs homologues urbains. Ce déséquilibre alimente la défiance envers l’école publique, surtout dans les régions éloignées où les infrastructures sont précaires. Résultat : dans certaines provinces, les écoles primaires publiques sont au bord de l’asphyxie financière, faute d’élèves et de financements suffisants.

Pourtant, le gouvernement indonésien a tenté de réagir. En juillet 2026, la présidente de la Chambre des représentants, Puan Maharani, a qualifié les classes vides d’« avertissement pour le gouvernement ». Elle a appelé à une révision urgente de la carte scolaire, une mesure qui permettrait de fermer les établissements non viables et de redéployer les ressources vers des zones où la demande est réelle. Mais cette solution, si elle est nécessaire, pourrait aussi avoir des effets pervers. Comme le met en garde le Jakarta Post, une réorganisation mal adaptée risquerait d’enfermer les familles dans des secteurs scolaires peu performants, tout en poussant les plus aisés vers le privé.

« Sans une réorganisation plus intelligente, fondée sur les données et adaptée aux réalités du terrain, l’enseignement primaire public risque de poursuivre son lent déclin, ne laissant derrière lui que des salles de classe vides et oubliées », avertit le journal.

Et maintenant ?

D’ici la fin de l’année 2026, le ministère de l’Éducation indonésien devrait présenter un plan détaillé pour réformer la carte scolaire. Une consultation des acteurs locaux – enseignants, parents, élus – est envisagée avant toute décision. L’objectif : éviter une fermeture brutale d’écoles, qui pourrait pénaliser les familles les plus modestes. Reste à voir si ces mesures suffiront à inverser la tendance, alors que la baisse de la natalité se poursuit et que la méfiance envers l’école publique persiste.

Une chose est sûre : l’Indonésie se trouve à un carrefour. Soit elle parvient à réinventer son système éducatif en misant sur l’innovation et la qualité, soit elle risque de voir son réseau scolaire public s’effriter, laissant derrière lui des générations d’élèves sans alternative accessible. Le défi est de taille, mais les enjeux sont encore plus grands : l’avenir de millions d’enfants dépendra des choix faits aujourd’hui.

Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène. D’abord, la baisse de la fécondité : en 2025, une femme indonésienne a en moyenne 2,13 enfants, contre 5,61 en 1971. Ensuite, la perception d’une qualité médiocre de l’enseignement public, notamment en mathématiques, pousse les familles vers le privé. Enfin, un fossé numérique persistant entre les enseignants des villes et ceux des zones rurales aggrave les inégalités.

Le système public risque de s’effondrer dans certaines régions, faute d’élèves et de financements. Les fermetures d’écoles pourraient s’accélérer, tandis que les familles aisées se détourneront encore davantage du public. À terme, cela pourrait creuser les inégalités sociales et affaiblir la cohésion nationale.