« La plongée est vraiment importante pour nous. C’est comme ça qu’on survit et qu’on gagne de l’argent. On n’est pas faits pour faire d’autres métiers », déclare Carles Lantumelo, plongeur bajau, selon Franceinfo - Culture. Ce jeudi 23 avril 2026, le journal de 13 heures de France 2 propose une immersion auprès de ce peuple autochtone surnommé les « nomades des mers », dont la vie est rythmée par la pêche en apnée dans les eaux indonésiennes, à quelques encablures des côtes des Philippines.

Ce qu’il faut retenir

  • 100 000 Bajau vivent encore aujourd’hui au large de l’Indonésie, de la Malaisie et des Philippines, perpétuant un mode de vie ancestral basé sur la pêche sous-marine.
  • Leur technique de plongée en apnée, transmise de génération en génération, leur permet de retenir leur souffle jusqu’à 4 minutes pour des immersions à plus de 20 mètres de profondeur.
  • Pour explorer les abysses, certains utilisent désormais des compresseurs d’air reliés par des tuyaux, une méthode qui s’est généralisée ces dernières années.
  • Un village bajau, accessible après trois heures de bateau, dépend entièrement de la pêche pour sa subsistance. Il compte 16 familles et doit s’approvisionner en eau douce via un tuyau de 150 mètres relié à une source voisine.
  • Dès 5 ans, les enfants apprennent à nager. À 12 ans, ils plongent pour la première fois, perpétuant ainsi une tradition séculaire.

Une adaptation unique à la vie aquatique

Au large de l’île indonésienne de Sulawesi, les Bajau ont développé au fil des siècles une physiologie remarquable pour résister aux longues immersions. Leur rate, en particulier, est hypertrophiée, permettant une meilleure gestion de l’oxygène dans le sang. Carles Lantumelo, comme beaucoup de siens, peut ainsi descendre à 10 mètres de profondeur sans assistance, une performance qu’il réalise depuis son plus jeune âge. « Descendre en apnée à 10 mètres, ce n’est rien pour moi. J’ai appris à le faire depuis que je suis petit », précise-t-il.

Mais les techniques évoluent. Face à l’épuisement des ressources en eaux peu profondes, les plongeurs bajau se tournent désormais vers les profondeurs. Pour cela, ils utilisent un compresseur d’air, un tuyau et un masque adapté. « C’est la nouvelle façon de pêcher chez les Bajau. Avant, on ne descendait qu’en apnée. Maintenant, on a cette machine pour aller plus profond. Car c’est là qu’on trouve le plus de poissons », explique Carles.

Un village accessible seulement par la mer

Isolé à trois heures de bateau des côtes les plus proches, le village bajau est une communauté autarcique où chaque famille vit de la pêche. Selon les estimations locales, environ 16 foyers peuplent ce settlement, où les maisons sur pilotis surplombent les eaux turquoise. Aucune route n’y mène, aucune carte officielle ne le mentionne. Pourtant, c’est ici que se perpétue, génération après génération, un savoir-faire unique au monde.

L’organisation sociale repose sur une transmission orale des techniques de pêche. Dès que les enfants marchent, ils apprennent à nager. À 5 ans, la plupart nagent avec aisance, et à 12 ans, ils effectuent leurs premières plongées accompagnées. Ashar Ismail, un habitant du village, insiste sur cette éducation précoce : « Dès que les enfants marchent, ils apprennent à nager. À 5 ans, ils savent tous nager. Et à 12 ans, ils partent plonger. J’espère que les plus jeunes continueront, car le travail est difficile. Mais personne ici ne souhaite travailler sur la terre. »

Les défis d’une vie en mer

Si la mer offre une abondance de ressources, elle impose aussi des contraintes logistiques majeures. L’accès à l’eau douce, par exemple, relève du parcours du combattant. Le village doit s’approvisionner via un long tuyau de 150 mètres relié à une source d’eau douce située sur une île voisine inhabitée. « On utilise l’eau pour la cuisine. C’est de l’eau de source douce et fraîche, qui vient de la montagne. On peut la boire sans la faire bouillir », précise Ashar Ismail. Cette ingéniosité technique illustre l’adaptabilité remarquable des Bajau, capables de transformer les défis en solutions durables.

Une fois la pêche terminée, les Bajau préparent leurs prises avec simplicité. Au menu ce jour-là : un bénitier géant, consommé cru comme des sashimis ou relevé de piment. « C’est vraiment délicieux », témoigne Neli Ulandari, habitante du village, tout en surveillant la mer depuis sa cuisine sur pilotis. « Ce que j’aime le plus, c’est qu’on peut facilement rattraper du poisson et des coquillages. On peut en trouver juste devant la maison. »

Une tradition en quête de préservation

Alors que le tourisme et la mondialisation menacent de plus en plus les modes de vie traditionnels, les Bajau restent attachés à leur existence nomade. Leur nombre, estimé à 100 000 personnes, est réparti entre l’Indonésie, la Malaisie et les Philippines, où ils sont reconnus comme l’un des derniers peuples marins semi-nomades. Leur survie dépend cependant de la préservation des écosystèmes marins, aujourd’hui fragilisés par la surpêche et les changements climatiques.

Malgré cela, les jeunes générations semblent déterminées à perpétuer l’héritage de leurs aïeux. Les enfants, formés dès leur plus jeune âge, montrent une familiarité innée avec l’élément liquide. Leur apprentissage repose sur l’observation et l’imitation, sans manuels ni écoles. « Personne ici ne souhaite travailler sur la terre », rappelle Ashar Ismail, soulignant ainsi l’attachement viscéral de ce peuple à son mode de vie ancestral.

Et maintenant ?

Si les Bajau continuent de défier les profondeurs aujourd’hui, leur avenir reste incertain. Les pressions environnementales pourraient à terme réduire les stocks de poissons, forçant ce peuple à adapter ses techniques ou à se sédentariser. Par ailleurs, des initiatives locales tentent de promouvoir un tourisme responsable pour valoriser leur culture, tout en préservant leur autonomie. Reste à voir si ces mesures suffiront à garantir la pérennité d’un mode de vie aussi exceptionnel qu’unique.

Selon les dernières observations, les Bajau pourraient être les témoins d’une transformation progressive de leurs pratiques, notamment via l’introduction de techniques de pêche plus durables ou l’adoption de filets moins destructeurs. Une chose est sûre : tant que la mer leur offrira ses ressources, ils continueront de plonger, défiant les abysses comme ils l’ont toujours fait.

Ce surnom leur vient de leur mode de vie semi-nomade, entièrement centré sur la mer. Contrairement à d’autres communautés côtières, les Bajau ne s’installent pas durablement sur une terre ferme. Ils vivent sur des villages flottants ou sur pilotis, se déplaçant au gré des ressources halieutiques. Leur survie dépend entièrement de la pêche, pratiquée en apnée ou avec des compresseurs d’air.