Les infections invasives causées par des moisissures seraient bien plus fréquentes et dangereuses qu’on ne le pensait jusqu’à présent, selon une étude récente des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC). Publiés cette semaine, ces travaux mettent en lumière un risque sanitaire en progression, particulièrement pour les populations fragilisées.

Ce qu'il faut retenir

  • Les infections invasives à moisissures touchent principalement les personnes immunodéprimées, âgées ou atteintes de maladies chroniques.
  • Une étude des CDC, menée entre 2020 et 2024, estime entre 3 et 5 cas annuels pour 100 lits d’hospitalisation aux États-Unis.
  • Les hôpitaux universitaires, confrontés à des cas plus complexes, enregistrent des taux supérieurs à la moyenne.
  • L’absence de registre européen et mondial rend difficile l’évaluation précise de l’ampleur du phénomène.
  • Le changement climatique et la hausse des catastrophes naturelles pourraient aggraver cette menace dans les années à venir.

Une menace sanitaire méconnue mais potentiellement mortelle

Les infections invasives à moisissures, bien que rares, constituent un danger réel pour les personnes dont le système immunitaire est affaibli. Selon les travaux des CDC, ces affections, provoquées par certaines espèces de moisissures capables d’envahir les tissus humains, sont bien plus répandues qu’on ne l’imaginait jusqu’ici. « C’est en quelque sorte la première fois que nous disposons d’une estimation de ce type », a déclaré Jeremy Gold, épidémiologiste au CDC et auteur principal de l’étude.

Les chercheurs soulignent que ces infections pourraient s’intensifier avec le réchauffement climatique. Les ouragans et les inondations, de plus en plus fréquents, favorisent en effet la prolifération des moisissures dans l’environnement. Une étude du Lancet publiée en 2024 estimait déjà à 6,5 millions le nombre annuel d’infections fongiques invasives dans le monde, dont 3,8 millions de décès.

Une étude locale révélatrice d’un phénomène global

Pour évaluer l’ampleur de ce risque, l’équipe de Jeremy Gold a collaboré avec quatre hôpitaux de la région d’Atlanta et leurs cliniques affiliées. Entre 2020 et 2024, les chercheurs ont identifié près de 1 000 cas potentiels, avant de retenir environ 450 infections avérées, excluant les patients simplement exposés sans développer la maladie.

Les résultats montrent que les établissements hospitaliers peuvent s’attendre à enregistrer entre 3 et 5 cas par an pour 100 lits d’hospitalisation. Les grands centres universitaires, qui prennent en charge des pathologies plus complexes, affichent des taux encore plus élevés. « Cela donne aux responsables hospitaliers un point de repère pour identifier d’éventuelles flambées », a précisé Gold.

Des profils de patients particulièrement exposés

L’étude révèle que la majorité des patients concernés présentaient un système immunitaire déficient, souvent en raison d’un cancer ou d’un traitement immunosuppresseur. Dans plusieurs cas, une infection antérieure au COVID-19 avait également affaibli leur résistance aux moisissures.

L’exposition peut survenir dans divers environnements, y compris les hôpitaux ou les établissements de soins. Cependant, l’étude n’a pas cherché à déterminer où chaque patient avait contracté l’infection pour la première fois. « L’objectif était d’évaluer la fréquence de ces cas, pas leur origine », a indiqué Gold.

Un vide statistique en Europe et dans le monde

À l’échelle européenne, les infections fongiques invasives ne font pas l’objet d’une déclaration obligatoire. La surveillance repose sur un ensemble disparate de programmes nationaux, rendant difficile une estimation précise de l’incidence et de la mortalité liées à ces maladies. En France, par exemple, aucun registre national n’est dédié à ces infections, contrairement à d’autres pathologies rares.

Les chercheurs soulignent que la croissance de la population âgée, plus vulnérable à ces infections, rend d’autant plus nécessaire une meilleure connaissance du phénomène. Avec le vieillissement démographique en Europe, le nombre de personnes immunodéprimées devrait continuer à augmenter dans les décennies à venir.

« Comprendre l’ampleur de ce risque est essentiel pour anticiper les flambées futures, notamment dans un contexte de changement climatique. »
— Jeremy Gold, épidémiologiste au CDC

Transmission et prise en charge : ce qu’il faut savoir

Les infections invasives à moisissures se transmettent principalement par inhalation de spores fongiques. Ces dernières peuvent également pénétrer l’organisme via des coupures, des plaies ou du matériel médical contaminé. Chez une personne en bonne santé, les spores sont généralement sans danger, mais elles deviennent potentiellement mortelles pour les personnes fragilisées.

La prise en charge repose sur des traitements antifongiques prolongés, souvent coûteux et difficiles à administrer. Les souches de moisissures résistantes aux médicaments actuels compliquent encore davantage la situation, limitant les options thérapeutiques disponibles.

Et maintenant ?

Les auteurs de l’étude appellent à une meilleure surveillance de ces infections, notamment en Europe, où les données font défaut. Une harmonisation des registres nationaux et une collaboration transfrontalière pourraient permettre de mieux évaluer l’impact réel de ces maladies. Par ailleurs, les chercheurs soulignent la nécessité de développer des traitements plus efficaces, face à l’émergence de souches résistantes. Une conférence internationale sur les maladies fongiques invasives est prévue en 2027 pour faire le point sur les avancées et les défis à relever.

En attendant, les établissements hospitaliers sont invités à renforcer leurs protocoles de prévention, notamment en cas de catastrophes naturelles ou d’inondations, qui favorisent la prolifération des moisissures.

Les personnes immunodéprimées doivent éviter les environnements humides ou moisissures, comme les caves ou les zones inondées. En cas de travaux de rénovation ou d’inondation, il est conseillé de porter un masque de protection et de désinfecter soigneusement les locaux. Les hôpitaux, quant à eux, renforcent leurs protocoles de stérilisation du matériel médical pour limiter les risques.