Pour accéder indirectement au leader européen des missiles MBDA, les investisseurs doivent passer par ses trois actionnaires principaux – Airbus, BAE Systems et Leonardo – qui ne détiennent chacun que moins de 10 % de son activité, selon Capital. Cette réalité atténue fortement l’impact d’un investissement dans ces groupes sur la performance du missilier, malgré un carnet de commandes record de 44 milliards d’euros.
Ce qu'il faut retenir
- MBDA, détenu à 37,5 % par Airbus et BAE Systems et à 25 % par Leonardo, n’est pas coté en Bourse, limitant l’accès des particuliers.
- Son carnet de commandes atteint 44 milliards d’euros, porté par la demande en systèmes de défense aérienne et anti-missiles.
- MBDA représente moins de 10 % du chiffre d’affaires de chacun de ses actionnaires, diluant son influence sur leurs performances boursières.
- Les ETF spécialisés défense offrent une exposition plus large au secteur, avec une mutualisation des risques.
- Les valorisations actuelles du secteur intègrent déjà des anticipations élevées, selon les experts.
Le missilier européen MBDA, fleuron stratégique de la défense en Europe, n’est pas accessible directement en Bourse. Ses trois actionnaires – Airbus (37,5 %), BAE Systems (37,5 %) et Leonardo (25 %) – sont en revanche cotés, ce qui offre une voie d’investissement indirecte. Pourtant, cette solution, souvent présentée comme évidente, se heurte à une réalité moins favorable, comme l’explique Capital.
Avec un carnet de commandes de 44 milliards d’euros, MBDA affiche une dynamique de croissance soutenue par l’augmentation des budgets militaires en Europe. Le groupe domine des segments clés comme la défense aérienne ou les systèmes anti-missiles. Pourtant, investir dans ses actionnaires ne permet de capter qu’une infime partie de cette performance. « Oui, on peut investir indirectement… mais l’impact sera très limité », résume Mathieu Hachemkhani, conseiller en gestion de patrimoine chez Ferless Conseil, cité par Capital.
La raison ? MBDA ne représente qu’une faible part de l’activité de ses actionnaires. Moins de 10 % de leur chiffre d’affaires, selon les dernières communications financières. Airbus, par exemple, reste très dépendant de son segment aviation civile, tandis que BAE Systems et Leonardo couvrent un large éventail d’activités dans la défense. Résultat : la performance du missilier, aussi solide soit-elle, ne suffit pas à entraîner mécaniquement celle de leurs actions. « On ne capte qu’une petite partie de la performance », souligne le conseiller.
Les entreprises actionnaires de MBDA répondent en outre à des logiques différentes. Airbus conserve une forte diversification, alors que BAE Systems et Leonardo sont plus orientés défense, avec un profil potentiellement plus volatil. Cette disparité complexifie encore la stratégie d’investissement indirect. « MBDA représente une niche dans leur portefeuille, même si son potentiel est réel », précise Mathieu Hachemkhani.
Des alternatives pour miser sur le secteur
Face à ces limites, les professionnels recommandent d’autres approches pour investir dans le secteur de la défense. Les ETF spécialisés apparaissent comme une solution privilégiée. Ces fonds permettent d’investir dans un panier d’industriels du secteur, mutualisant ainsi le risque. « C’est plus sécurisant que de miser sur une seule valeur », explique le conseiller de Ferless Conseil.
Ces ETF, accessibles via un compte-titres, un PEA (si éligible) ou une assurance vie, offrent une exposition plus large à la dynamique globale du secteur. Leur performance dépend cependant de la santé de l’ensemble des acteurs inclus, et non uniquement de MBDA. Une diversification qui réduit la volatilité, mais dilue aussi les gains potentiels.
Le choix de l’ETF dépendra de sa composition et de sa stratégie. Certains se concentrent sur les grands groupes européens de la défense, comme ceux cités, tandis que d’autres intègrent des acteurs américains ou asiatiques. Une analyse préalable s’impose pour cibler les fonds les plus adaptés à un profil d’investisseur.
Un secteur déjà bien valorisé, avec des risques persistants
Le timing est un autre enjeu majeur pour les investisseurs. Les valorisations du secteur de la défense ont fortement progressé ces dernières années, portées par la hausse des budgets militaires en Europe et les tensions géopolitiques. Certaines entreprises affichent des multiples jusqu’à 30 fois leurs résultats estimés, intégrant déjà une partie des anticipations futures. « On achète aujourd’hui un prix qu’on espère demain », illustre Mathieu Hachemkhani.
Cette dynamique a de quoi séduire, mais elle s’accompagne aussi de risques. Les analystes soulignent que le secteur reste très volatil. Une correction brutale n’est pas à exclure, notamment en cas de détente géopolitique ou de réallocation des budgets militaires. Dans ce contexte, les professionnels recommandent de limiter son exposition. « C’est un secteur très volatile, donc on reste exposé mais faiblement », rappelle le conseiller.
Pour les particuliers, l’intégration d’une poche défense dans un portefeuille diversifié ne devrait pas dépasser quelques pourcents de l’allocation totale. Une règle de prudence dictée par la nature cyclique du secteur et sa sensibilité aux aléas géopolitiques.
« Investir dans la défense aujourd’hui, c’est parier sur le fait que ça ne s’arrange pas », résume Mathieu Hachemkhani. Un pari lucide, mais qui impose de rester particulièrement mesuré sur les montants engagés. Dans un environnement où les incertitudes géopolitiques pourraient persister, la prudence reste de mise pour les investisseurs.
Parmi les principaux concurrents de MBDA figurent les américains Raytheon Technologies et Lockheed Martin, ainsi que le russe Almaz-Antey et le chinois CASIC. Ces groupes couvrent également les segments de la défense aérienne et des systèmes anti-missiles, mais avec des parts de marché et des technologies distinctes.
L’éligibilité des ETF défense au PEA dépend de leur composition. Les fonds investissant dans des entreprises européennes ou soumises à une imposition similaire peuvent être éligibles, sous réserve de respecter les règles du PEA (plafond de versement, durée de détention, etc.). Il est conseillé de vérifier cette éligibilité auprès de son courtier ou de l’émetteur du fonds.