Selon BFM Business, les flux d’investissements dans le secteur pétrolier se détournent massivement des pays du Golfe pour se rediriger vers d’autres régions du monde. Cette tendance, déjà observable depuis plusieurs années, prend une ampleur inédite en 2026, alors que les majors internationales cherchent à diversifier leurs portefeuilles énergétiques.
Ce qu'il faut retenir
- Les investissements pétroliers hors du Golfe ont dépassé ceux dans la région pour la première fois en 2025, et la tendance se confirme en 2026, selon BFM Business.
- Les pays du Golfe devraient réaliser 6 milliards d’euros d’économies pour rester compétitifs face à cette désaffection.
- La pénurie potentielle de capitaux dans le détroit d’Ormuz et les tensions géopolitiques poussent les investisseurs vers des alternatives plus stables.
- L’État français envisage de libérer des stocks de kérosène pour pallier les risques de pénurie dans le secteur aérien.
Un basculement historique des investissements pétroliers
Pour la première fois, les investissements directs dans les projets pétroliers en dehors du Golfe ont dépassé ceux réalisés dans cette région stratégique. Cette inversion de tendance, qui s’inscrit dans la durée, reflète une volonté des groupes énergétiques de réduire leur exposition aux risques géopolitiques et économiques liés à la zone. « Les projets hors Golfe offrent désormais des rendements plus attractifs et une sécurité juridique renforcée », a déclaré un analyste du secteur à BFM Business. Cette dynamique s’accompagne d’une baisse des financements traditionnels pour les projets saoudiens, émiratis ou qataris, malgré les efforts de ces pays pour moderniser leurs infrastructures.
Les chiffres publiés par les banques d’investissement confirment cette rupture. En 2025, les fonds alloués aux projets pétroliers et gaziers en Amérique du Nord, en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud-Est ont dépassé les 120 milliards de dollars, contre 95 milliards pour le Golfe. En 2026, l’écart s’est encore creusé, avec une hausse de 15 % des investissements hors Golfe, selon les estimations de BFM Business.
Le Golfe face à la nécessité de se réinventer
Pour compenser cette désaffection, les pays de la région doivent désormais engager des réformes structurelles coûteuses. L’Arabie saoudite, par exemple, table sur des économies de 6 milliards d’euros en rationalisant ses dépenses et en accélérant ses projets de diversification économique. « Nous devons adapter notre modèle économique pour attirer de nouveaux investisseurs », a expliqué un responsable du ministère saoudien de l’Énergie lors d’une conférence à Riyad. Cependant, la dépendance historique au pétrole et les tensions régionales freinent cette transition.
Autre enjeu majeur : la stabilité du détroit d’Ormuz. Les risques de perturbations des approvisionnements, couplés à l’instabilité politique au Yémen et en Iran, poussent les compagnies internationales à privilégier des zones moins exposées. Les projets en Guyane française, au Guyana ou encore en Namibie bénéficient ainsi d’un engouement croissant, malgré des coûts initiaux plus élevés.
Pénurie de kérosène et stocks stratégiques
Face à cette recomposition des flux pétroliers, le secteur aérien s’inquiète des risques de pénurie de kérosène, un carburant dérivé du pétrole. BFM Business révèle que l’État français envisage de libérer 1,5 million de tonnes de stocks stratégiques pour sécuriser l’approvisionnement des compagnies aériennes. « Cette mesure exceptionnelle vise à éviter des perturbations dans les vols long-courriers », a précisé un porte-parole du ministère de la Transition écologique.
La situation est d’autant plus préoccupante que la demande en carburant aviation a augmenté de 8 % en 2025, portée par la reprise du trafic post-pandémie. Les compagnies, déjà fragilisées par la hausse des coûts énergétiques, redoutent une nouvelle flambée des prix si les tensions sur les approvisionnements persistent.
Cette reconfiguration des investissements pétroliers illustre une réalité plus large : l’énergie devient un enjeu de souveraineté économique. Les pays producteurs traditionnels, comme ceux du Golfe, doivent désormais composer avec une concurrence accrue et des attentes différentes de la part des investisseurs, davantage sensibles aux critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance).
Les principaux bénéficiaires sont les pays d’Amérique du Nord (États-Unis et Canada), l’Afrique subsaharienne (notamment le Guyana et la Namibie) et l’Asie du Sud-Est (Indonésie, Malaisie). Ces régions attirent les investisseurs grâce à des cadres réglementaires stables, des coûts de production compétitifs et des réserves prouvées importantes.
À court terme, la baisse des investissements dans le Golfe pourrait réduire l’offre globale et soutenir les prix. Cependant, à moyen terme, la diversification des sources de production pourrait stabiliser les marchés. Tout dépendra de la capacité des pays du Golfe à maintenir leur production et de l’évolution de la demande mondiale.