Alors que Téhéran et Washington s’enlisent dans un conflit larvé, marqué par des séquences belliqueuses et des tentatives de négociations, le pouvoir iranien mène une autre guerre, moins visible mais tout aussi brutale, contre sa propre population. Cette dualité de tensions, à la fois géopolitique et intérieure, plonge les Iraniens dans une situation de précarité et d’incertitude permanente. Selon Le Figaro, qui a recueilli le témoignage d’un habitant de Bandar Abbas, cette période est vécue comme un « calvaire sans fin ».

Ce qu'il faut retenir

  • Des frappes américaines répétées ont touché Bandar Abbas, port stratégique situé au bord du détroit d’Ormuz, entre le 7 juillet et le 2 août 2026.
  • Les négociations entre l’Iran et les États-Unis, suspendues sous condition, laissent la population sceptique quant à une issue durable.
  • Les autorités iraniennes intensifient la répression des mouvements dissidents, ajoutant une pression supplémentaire sur les civils.
  • Les bombardements ont provoqué des nuits d’insomnie et un sentiment de résignation parmi les habitants des zones touchées.

Un quotidien marqué par les bombardements et l’incertitude

Amir, un habitant de Bandar Abbas, a contacté Le Figaro via WhatsApp pour témoigner des trois semaines de bombardements qui ont secoué sa ville. « La nuit, ça frappait très fort. Dès la reprise des hostilités le 7 juillet entre l’Iran et les États-Unis, les explosions n’ont cessé de s’enchaîner », explique-t-il. Ces frappes, concentrées autour du détroit d’Ormuz, un point stratégique pour le commerce maritime mondial, ont rendu la vie quotidienne impossible pour des milliers de personnes. Impossible de dormir, impossible d’envisager l’avenir sereinement. « On ne peut même pas imaginer une issue positive à cette spirale infernale », confie-t-il, amer.

Le silence soudain qui a suivi, après l’annonce le 2 août d’une suspension des frappes par Donald Trump, sous réserve d’un accord rapide avec Téhéran, a été accueilli avec méfiance. « J’ai envie d’y croire sans y croire », avoue Amir. Pour lui, cette trêve reste aussi fragile que le mémorandum signé entre les deux parties. Les déclarations de Trump, ponctuées de menaces, n’ont fait que renforcer ce sentiment d’instabilité.

La répression interne : une autre forme de guerre

Parallèlement aux tensions externes, le régime iranien durcit son contrôle sur la population. Les autorités multiplient les arrestations et les mesures coercitives à l’encontre des opposants, des militants et des simples citoyens suspectés de sympathies pro-occidentales. Cette répression, souvent moins médiatisée, s’ajoute aux difficultés économiques et aux restrictions sociales qui pèsent déjà sur les Iraniens.

Les observateurs soulignent que cette double pression — externe et interne — crée un climat de peur et de méfiance généralisé. Les réseaux sociaux, régulièrement censurés, sont devenus des espaces de résistance discrète, où circulent des informations parfois contradictoires. Les habitants des grandes villes comme Téhéran ou Ispahan, moins touchées par les bombardements, restent nevertheless sous haute surveillance.

Des négociations en suspens, une population divisée

Les pourparlers entre l’Iran et les États-Unis, menés sous l’égide de médiateurs internationaux, restent au point mort. Selon des sources diplomatiques citées par Le Figaro, les discussions achoppent sur plusieurs points, notamment le désengagement militaire des deux côtés et les garanties de non-reprise des hostilités. « Un accord serait une feuille de route qui ne règle en rien le conflit », avait prévenu un analyste en début de semaine.

Dans les rues, les avis divergent. Certains estiment qu’un compromis est nécessaire pour éviter une escalade incontrôlable, tandis que d’autres, plus radicaux, rejettent toute négociation avec Washington. « La méfiance est trop forte », confie un Tehranais sous couvert d’anonymat. « On a vu trop de promesses non tenues dans le passé. »

Et maintenant ?

La situation reste extrêmement volatile. La suspension des frappes annoncée par les États-Unis pourrait n’être qu’une pause tactique, surtout si les négociations n’aboutissent pas d’ici la fin du mois d’août. Les autorités iraniennes, de leur côté, pourraient accentuer la répression pour étouffer toute velléité de contestation. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si ce cessez-le-feu de fait peut se transformer en une stabilisation durable, ou si, au contraire, le conflit reprendra de plus belle.

Une chose est sûre : pour les Iraniens, le calvaire ne fait que commencer. Entre la menace des bombes et celle des arrestations arbitraires, la survie quotidienne devient un défi permanent.

Le détroit d’Ormuz est un point de passage obligatoire pour près de 20 % du pétrole mondial. Toute perturbation dans cette zone aurait des répercussions économiques majeures, ce qui explique l’attention stratégique portée par l’Iran et les États-Unis.