Alors que les Iraniens parviennent, tant bien que mal, à se reconnecter progressivement à internet après des mois de coupures massives, les témoignages affluent pour décrire une situation économique devenue intenable. Selon RFI, l’inflation persistante, le chômage endémique et les vagues de licenciements placent désormais plus de 4,5 millions de personnes supplémentaires sous le seuil de pauvreté en 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • 4,5 millions de personnes devraient basculer sous le seuil de pauvreté en Iran cette année, selon un expert cité par RFI.
  • Les Iraniens font face à une hausse généralisée des prix, un chômage en hausse et des licenciements massifs.
  • Le retour partiel d’internet permet de mesurer l’ampleur de la dégradation économique, longtemps masquée par l’isolement numérique du pays.
  • Les coupures prolongées d’internet, utilisées comme outil de contrôle politique, ont aussi aggravé la crise économique.
  • La situation sociale reste marquée par une précarité croissante, malgré quelques signes de reprise des connexions.

Une économie au bord de l’asphyxie

Depuis plusieurs mois, l’Iran subissait des coupures internet quasi totales, imposées par les autorités dans un contexte de tensions sociales et politiques. Désormais, avec le rétablissement partiel des connexions, les citoyens découvrent l’étendue des dégâts économiques. Les prix ont explosé, poussés par une inflation galopante et une monnaie locale, le rial, en chute libre face aux devises étrangères. « La hausse des prix est telle que les Iraniens doivent désormais arbitrer entre se nourrir ou se soigner », explique un économiste basé à Téhéran, cité par RFI.

Les secteurs traditionnellement porteurs, comme l’industrie pétrolière ou l’agriculture, peinent à redémarrer après des années de sanctions internationales et de mauvaise gestion. Les licenciements se multiplient, notamment dans les PME et les services. Selon des chiffres relayés par l’Organisation du travail iranienne, plus de 1,2 million d’emplois auraient été perdus depuis le début de l’année, aggravant un chômage déjà proche des 20 %.

Le chômage et l’inflation, deux fléaux aggravés par les sanctions

Les sanctions américaines, reconduites et renforcées en 2025, ont encore réduit les marges de manœuvre du gouvernement iranien. Le pays, dépendant à 80 % de ses exportations de pétrole avant 2018, peine à compenser la baisse de ses revenus. « Sans accès aux marchés internationaux, l’Iran ne peut plus importer suffisamment de biens de première nécessité », souligne un expert en économie régionale contacté par RFI. « Résultat : les denrées de base, comme le blé ou le sucre, voient leurs prix doubler en quelques mois. »

Côté emploi, les jeunes diplômés sont les premières victimes. « Un ingénieur ou un médecin qui sort de l’université a aujourd’hui moins de chances de trouver un travail stable qu’un ouvrier non qualifié », précise l’économiste. Les emplois informels, souvent les seuls disponibles, n’offrent aucune protection sociale, laissant des millions de familles sans filet de sécurité.

Les coupures internet, un outil à double tranchant

Les autorités iraniennes justifient les restrictions d’accès au web par des raisons de « sécurité nationale » ou de lutte contre les « cyberattaques étrangères ». Pourtant, pour les observateurs, ces mesures ont surtout servi à étouffer les mouvements de protestation, tout en aggravant l’isolement économique du pays. « Pendant des mois, les Iraniens n’ont pas pu accéder à des services bancaires en ligne, à des plateformes de e-commerce ou même à des cours universitaires à distance », explique un analyste en cybersécurité.

Avec le retour progressif d’internet, les conséquences de ces coupures apparaissent au grand jour. Les entreprises, déjà fragilisées, peinent à relancer leur activité faute de visibilité. Les étudiants, privés de cours en ligne pendant des mois, voient leurs perspectives d’avenir s’éloigner. « On parle d’un pays en développement, mais la réalité est bien plus sombre : c’est une économie en voie de déclassement », résume un responsable associatif iranien.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer la capacité du gouvernement à stabiliser l’économie. Une hausse des subventions pour les ménages les plus pauvres est évoquée par des sources proches du ministère de l’Économie, mais aucune date n’a été avancée. Par ailleurs, la levée partielle des sanctions, discutée dans le cadre des négociations de Vienne, pourrait apporter un soulagement si elle aboutit d’ici la fin de l’été. Reste à voir si cette amélioration, si elle se confirme, parviendra à enrayer la spirale de la pauvreté.

Pour l’heure, la situation sociale reste sous haute tension. Les syndicats appellent à de nouvelles mobilisations, tandis que les autorités multiplient les discours rassurants. Mais entre promesses et réalité, le fossé se creuse chaque jour un peu plus.