Alors que l’Irlande occupe la présidence semestrielle de l’Union européenne depuis le 1er juillet 2026, une tendance forte se dessine parmi les expatriés irlandais : celle d’une recherche d’amélioration de leur qualité de vie. Selon Courrier International, nombre d’entre eux choisissent désormais de s’installer dans d’autres pays européens pour échapper aux contraintes d’une vie urbaine rythmée par la pression immobilière et des trajets quotidiens interminables, notamment à Dublin.
Cette quête de « vie plus lente » a été mise en lumière par The Irish Times, qui a recueilli les témoignages de plusieurs Irlandais installés en Croatie, Suède, Finlande, Lettonie ou Slovénie. Autant de destinations où les coûts de la vie restent raisonnables et où la proximité avec la nature joue un rôle central dans leur décision. Comme le souligne Courrier International, les expatriés apprécient particulièrement des concepts comme la « fjaka », une expression dalmate désignant un état de calme absolu, l’art de ne rien faire. « Au lieu de simplement rapporter une ou deux bouteilles de vin rouge français de mes vacances, peut-être reviendrai-je avec des idées sur la façon de devenir un peu plus européenne dans ma façon de savourer les plaisirs quotidiens de la vie », confie la journaliste à l’origine de ces entretiens.
Ce qu'il faut retenir
- L’Irlande assure la présidence de l’UE jusqu’au 31 décembre 2026, un contexte qui a poussé The Irish Times à interroger des expatriés irlandais sur leurs aspirations.
- La pression immobilière et les trajets urbains poussent les Irlandais à quitter Dublin pour des pays où la qualité de vie est perçue comme supérieure.
- Les expatriés mettent en avant des coûts de vie plus abordables et un retour à la nature, notamment en Croatie, Suède, Finlande, Lettonie ou Slovénie.
- Le concept de « fjaka » — un moment de calme absolu — illustre cette quête de ralentissement, selon les témoignages recueillis.
- À l’autre bout du monde, les jeunes Singapouriens adoptent aussi cette tendance, en optant pour des expériences de vie rurale à l’étranger.
- Le WOOFING, ou travail bénévole dans des fermes biologiques en échange du gîte et du couvert, séduit de plus en plus de jeunes en quête d’authenticité.
L’Irlande en quête de nouveaux horizons : quand l’exil devient une solution
Avec une présidence européenne à gérer jusqu’à la fin de l’année, l’Irlande se trouve paradoxalement au cœur d’un mouvement migratoire interne. Selon Courrier International, les témoignages des expatriés irlandais en Europe révèlent une critique acerbe de la vie urbaine dans leur pays d’origine. À Dublin, la flambée des prix de l’immobilier et le manque criant d’infrastructures de transport obligent de nombreux habitants à consacrer plusieurs heures par jour à leurs trajets. Cette situation pousse une partie de la population à chercher ailleurs un équilibre de vie plus serein.
Les destinations choisies par ces expatriés ne sont pas anodines : la Croatie, avec son art de vivre méditerranéen, ou encore les pays nordiques, réputés pour leur rapport apaisé au temps, figurent en tête de liste. Cheryl Devine, restauratrice installée dans un village croate, résume cette philosophie : « La *fjaka*, c’est l’art de savourer l’instant présent sans précipitation. Ici, on prend le temps de vivre. » Une vision qui contraste fortement avec le rythme effréné imposé par les grandes villes irlandaises.
Singapour : quand l’épuisement professionnel pousse à tout quitter
De l’autre côté du globe, à Singapour, la pression du marché du travail et la multiplication des cas d’épuisement professionnel ont conduit une partie de la jeunesse à reconsidérer leur conception de la réussite. F Zine, un média singapourien dédié aux jeunes, a interrogé deux de ses lecteurs ayant choisi de tout quitter pour une vie plus simple. L’un d’eux, Loh Yong Qi, 19 ans, a opté pour une plantation de thé au Japon, tandis que l’autre, Dorcas Yet, 24 ans, a travaillé dans une ferme au Kazakhstan. Tous deux ont découvert le WOOFING, un système de bénévolat dans des fermes biologiques ou écoresponsables, en échange du gîte et du couvert.
Pour Loh Yong Qi, cette expérience a été une véritable révélation. Après avoir découvert le Kazakhstan via des vidéos sur TikTok, elle envisage désormais de partir en Nouvelle-Zélande ou au Canada, « deux pays magnifiques aux cultures riches ». « Je suis vraiment attirée par le charme de la campagne et par la possibilité de ralentir le rythme de vie », confie-t-elle. Son compagnon d’aventure, Dorcas Yet, a quant à lui choisi le Japon pour échapper à la routine « métro-boulot-dodo ». Une fois sur place, il a coupé tout lien avec son téléphone pour se reconnecter à l’essentiel. « Le plus grand défi pour moi a été de me détacher de cette idée de *course effrénée*, explique-t-il. Beaucoup de Singapouriens connaissent bien cette expression. »
Le WOOFING, une tendance mondiale au service d’une vie plus authentique
Le phénomène du WOOFING, ou « World Wide Opportunities on Organic Farms », connaît un essor sans précédent. Ce système, qui permet de travailler bénévolement dans des exploitations agricoles en échange d’un hébergement et de repas, séduit de plus en plus de jeunes en quête de sens et de dépaysement. À Singapour, où la pression sociale et professionnelle est particulièrement forte, cette formule offre une parenthèse salvatrice. Pour Dorcas Yet, l’expérience a été bénéfique à plus d’un titre : « Travailler dans l’agriculture à l’étranger m’a vraiment aidé à ralentir et à apprécier ce que j’ai à Singapour », confie-t-il avec humilité.
Selon F Zine, ce mouvement s’inscrit dans une remise en question plus large de la société singapourienne, où la quête de performance et de réussite financière laisse peu de place à l’épanouissement personnel. « Face à la multiplication des cas d’épuisement professionnel et à l’instabilité du marché du travail, l’idée d’une existence plus paisible et plus authentique, même pour une simple parenthèse, n’a jamais été aussi séduisante », explique le média singapourien. Une tendance qui pourrait bien s’amplifier dans les années à venir, à mesure que les jeunes générations prendront conscience des limites d’un modèle économique centré sur la productivité.
Reste à voir si ces aspirations individuelles pourront se transformer en mouvements collectifs durables. Une chose est sûre : la prise de conscience est désormais bien réelle, et elle dépasse largement les frontières de l’Irlande ou de Singapour.
La « fjaka » est un concept dalmate désignant un état de calme absolu, presque une philosophie de vie. Il s’agit de l’art de ne rien faire, de savourer l’instant présent sans précipitation. Ce terme a été évoqué par Cheryl Devine, une restauratrice irlandaise installée en Croatie, pour illustrer sa quête d’une vie plus lente.
Le WOOFING (World Wide Opportunities on Organic Farms) est un système de bénévolat international dans des fermes biologiques ou écoresponsables. En échange de quelques heures de travail quotidien, les participants bénéficient du gîte et du couvert. Ce modèle permet de découvrir une culture locale, de vivre une expérience authentique et de ralentir le rythme de vie.