Alors que les Islandais se rendent aux urnes ce samedi pour un référendum décisif sur la reprise des négociations d'adhésion à l'Union européenne, le secteur de la pêche, pilier économique et symbole identitaire du pays, affiche une opposition farouche. Selon nos confrères de BFM Business, les professionnels du secteur, qui rappellent avec force l'histoire des « guerres de la morue » contre le Royaume-Uni, craignent de devoir céder aux exigences européennes des droits de pêche durement acquis depuis des décennies.
Ce qu'il faut retenir
- Les Islandais votent ce samedi 2 septembre 2026 sur la reprise des négociations d'adhésion à l'UE, suspendues depuis 2013.
- Le secteur de la pêche, qui représente près de 40 % des exportations islandaises, s'oppose massivement à une adhésion, par crainte de perdre le contrôle de ses quotas.
- Les « guerres de la morue » (1958-1976) entre l'Islande et le Royaume-Uni restent un traumatisme national, évoqué par les pêcheurs comme un argument définitif.
- Le gouvernement islandais promet de négocier une exemption totale sur la politique commune de la pêche, mais Bruxelles n'a rien garanti.
- Une enquête Gallup révèle que 90 % des entreprises du secteur de la pêche islandaises sont opposées à une adhésion à l'UE.
Un référendum sur la reprise des négociations, mais une opposition historique à l'UE
Les Islandais sont appelés à voter aujourd'hui pour ou contre la reprise des discussions en vue d'une éventuelle adhésion à l'Union européenne. Un scrutin qui intervient près de cinquante ans après la fin des fameuses « guerres de la morue », ces affrontements directs entre pêcheurs islandais et britanniques pour le contrôle des zones de pêche. Comme le rapporte BFM Business, le souvenir de ces conflits, marqués par des éperonnages de navires et des interventions de la Royal Navy, reste vivace dans la mémoire collective.
Pour Jon Atli Gunnarsson, capitaine de chalutier de 58 ans, la question ne se pose même pas. « Nos prédécesseurs se sont battus pour obtenir cette zone de 200 milles autour de l'Islande. Nous avons un peu peur qu'en rejoignant l'Union européenne, nous devions céder une partie de ce que nous avons durement acquis », explique-t-il, amarré sur le pont du Gullberg, un navire pélagique bleu ancré dans le port des îles Vestmann, au sud du pays. « Bien sûr, les gens ont encore la guerre de la morue en tête », ajoute-t-il.
La pêche, une richesse à la fois économique et culturelle
Les produits de la mer occupent une place centrale dans l'économie islandaise : ils représentent près de 40 % des exportations de biens du pays, selon les données officielles. Au-delà de leur poids commercial, le cabillaud, le hareng, le capelan et l'églefin font partie intégrante de l'imaginaire national. Symbole de cette importance, la morue figurait autrefois sur les emblèmes du pays et apparaît encore aujourd'hui sur certaines pièces de monnaie islandaises.
« La pêche, les produits de la mer, c'est dans nos gènes. Cela fait partie de notre héritage », rappelle Heidrun Lind Marteinsdottir, directrice de Fisheries Iceland, principale organisation patronale du secteur. « Nous savons très bien qu'il a fallu nous battre pour obtenir ce que nous avons aujourd'hui. » Une gestion autonome et durable des stocks, couplée à une absence de subventions publiques massives (contrairement à d'autres flottes européennes), est souvent mise en avant par les professionnels islandais comme un modèle à préserver.
Les craintes des pêcheurs : perte de souveraineté et investissements étrangers
Le principal argument des opposants à une adhésion à l'UE repose sur la crainte de devoir intégrer la politique commune de la pêche (PCP). « Ma principale inquiétude concernant une adhésion à l'Union européenne est de devoir intégrer la politique commune de la pêche », souligne Sverrir Haraldsson, responsable de VSV, un géant de la pêche et de la transformation du poisson aux îles Vestmann. « L'Islande ne serait alors plus maîtresse de la fixation des quotas annuels, et les investissements dans le secteur deviendraient bien plus accessibles aux entreprises étrangères. »
Pour tenter de rassurer le secteur, le gouvernement islandais a promis de défendre, lors de toute négociation, « la pleine maîtrise » de ses ressources halieutiques. « Le message adressé à l'Union européenne est clair : si elle veut que nous la rejoignions, elle devra tenir compte de notre politique en matière de pêche et d'agriculture », a affirmé la ministre des Affaires étrangères, Thorgerdur Katrin Gunnarsdottir. Une posture qui vise à obtenir une exemption totale sur la PCP, un scénario jugé peu probable par certains observateurs européens.
Bruxelles envoie des signaux d'ouverture, mais rien n'est acquis
Du côté de l'Union européenne, l'adhésion de l'Islande, pays stable et économiquement avancé, est perçue comme une opportunité. Marta Kos, commissaire européenne à l'Élargissement, s'est dite confiante dans la capacité à trouver des « solutions créatives ». Une candidate islandaise pourrait ainsi bénéficier d'un traitement différencié, bien que la question des quotas de pêche reste un point de friction majeur.
« Si jamais il y a un oui au référendum, je ne pense pas que [les Européens] auront envie de bloquer une adhésion pour une histoire de poisson », glisse une source bruxelloise sous couvert d'anonymat. Pourtant, les professionnels islandais, eux, ne semblent pas convaincus. « Malheureusement, nous ne sommes pas vraiment certains que les lignes rouges du gouvernement soient clairement définies », regrette Heidrun Lind Marteinsdottir. Une récente enquête Gallup révèle que 90 % des entreprises du secteur de la pêche islandaises s'opposent à une adhésion à l'UE, un chiffre qui reflète l'ampleur de la défiance.
Dans les jours à venir, la réaction de Bruxelles sera scrutée de près par les deux camps. Les pêcheurs, eux, affichent déjà leur détermination : « Nous avons lutté pour nos zones de pêche, nous continuerons à nous battre pour les préserver », martèle Jon Atli Gunnarsson, tandis que le gouvernement tente de trouver un équilibre entre ouverture et préservation de l'identité nationale.
Les Islandais sont appelés à voter pour ou contre la reprise des négociations d'adhésion à l'Union européenne, suspendues depuis 2013. Ce scrutin ne porte pas directement sur l'adhésion elle-même, mais sur le lancement de nouvelles discussions.
Les professionnels craignent de perdre le contrôle de leurs quotas de pêche, actuellement fixés de manière autonome, et redoutent l'ouverture des investissements étrangers dans le secteur. Ils invoquent aussi l'histoire des « guerres de la morue » (1958-1976) contre le Royaume-Uni comme un symbole de la nécessité de défendre leur souveraineté.