Alors que l’Italie peine à respecter les règles budgétaires européennes, la Première ministre Giorgia Meloni a demandé, jeudi 9 avril 2026, une suspension « généralisée » du Pacte de stabilité et de croissance en cas d’aggravation de la guerre au Moyen-Orient. Une mesure qu’elle compare à la réponse coordonnée apportée lors de la pandémie de Covid-19, afin de faire face à un éventuel choc énergétique et économique. Selon BFM Business, cette proposition s’inscrit dans un contexte où Rome cherche à maintenir le déficit public sous la barre des 3 % du PIB, un objectif qu’elle n’a pas réussi à atteindre en 2025.
Ce qu'il faut retenir
- La Première ministre italienne Giorgia Meloni propose de suspendre temporairement les règles budgétaires européennes en cas d’aggravation de la guerre au Moyen-Orient.
- Le déficit italien s’est établi à 3,1 % du PIB en 2025, soit 70 milliards d’euros, au-dessus de l’objectif de 3 % fixé par l’Union européenne.
- Rome a déjà réduit temporairement les taxes sur les carburants face à la hausse des prix de l’énergie, une mesure que Giorgia Meloni pourrait renforcer.
- L’Italie, dépendante à 15 % de ses approvisionnements énergétiques en provenance du Moyen-Orient, multiplie les démarches diplomatiques pour sécuriser ses ressources.
Une demande inspirée de la réponse européenne à la pandémie
Lors d’un discours devant le Parlement italien, Giorgia Meloni a estimé qu’une aggravation du conflit au Moyen-Orient justifierait une approche européenne similaire à celle adoptée pendant la crise sanitaire. « Si la crise au Moyen-Orient venait à se relancer, nous devrions nous poser sérieusement la question d'une réponse européenne qui, par son approche et ses instruments, ne soit pas différente de celle mise en place pour répondre à la pandémie », a-t-elle déclaré. La cheffe du gouvernement a précisé que cette suspension ne devrait pas être « une dérogation pour chaque État membre pris individuellement, mais une mesure généralisée ».
Cette proposition intervient alors que l’Union européenne dispose déjà d’un cadre permettant de suspendre temporairement les règles du Pacte de stabilité en cas de « circonstances exceptionnelles ». C’est ce mécanisme qui avait été activé lors de la pandémie de Covid-19, permettant aux États membres de soutenir leurs économies sans craindre des sanctions pour non-respect des critères de déficit.
Un déficit italien toujours au-dessus des 3 % en 2025
Malgré une légère amélioration par rapport aux années précédentes, l’Italie n’a pas atteint son objectif de réduire le déficit public sous la barre des 3 % du PIB en 2025. Selon les dernières données de l’Institut national des statistiques (Istat), le déficit s’est établi à 3,1 %, soit 70 milliards d’euros. Cela représente une baisse par rapport à 2024 (3,4 %) et à 2023 (7,1 %), mais reste supérieur à la limite fixée par Bruxelles. Cette situation illustre les difficultés de l’Italie à concilier relance économique et discipline budgétaire, près de quinze ans après la crise de la dette qui avait fragilisé le pays.
Face à ce constat, le gouvernement Meloni a déjà mis en place des mesures pour atténuer l’impact de la hausse des prix de l’énergie sur les ménages et les entreprises. Parmi celles-ci figurent des baisses temporaires des taxes sur les carburants, une décision prise dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient, notamment entre les États-Unis et l’Iran. Giorgia Meloni a d’ailleurs réaffirmé, mercredi, sa volonté d’aller plus loin pour protéger le pouvoir d’achat des Italiens.
« Face au risque du choc énergétique le plus grave que nous ayons connu dans un passé récent, à la possibilité d'une nouvelle hausse des prix de l'énergie, des carburants et des biens de consommation, et au risque de voir des chaînes d'approvisionnement entières interrompues et notre économie paralysée, c'est le devoir précis du président du Conseil de faire tout ce qui est possible » pour maintenir les prix à un niveau bas, a déclaré Giorgia Meloni.
L’Italie diversifie ses approvisionnements énergétiques
Consciente de sa dépendance énergétique envers le Moyen-Orient, où elle puise environ 15 % de ses besoins en gaz, l’Italie multiplie les initiatives diplomatiques pour sécuriser ses approvisionnements. Giorgia Meloni s’est récemment rendue en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis, en Algérie et au Qatar, pays avec lesquels elle a négocié des contrats pour renforcer la résilience énergétique de son pays. Elle a également annoncé une prochaine visite en Azerbaïdjan, une destination stratégique pour diversifier ses sources d’énergie.
Ces efforts s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à réduire la vulnérabilité de l’Italie face aux chocs externes, qu’ils soient géopolitiques ou économiques. La Première ministre a souligné à plusieurs reprises l’importance de garantir la stabilité des prix de l’énergie, un enjeu central pour la compétitivité du pays et le pouvoir d’achat des ménages.
Quoi qu’il en soit, la question de la dette italienne et de sa soutenabilité reste un sujet de préoccupation pour les marchés et les partenaires européens. Alors que la croissance économique a ralenti fin 2025, les marges de manœuvre budgétaires du gouvernement Meloni s’en trouvent réduites, d’autant que les taux d’intérêt restent élevés. Une suspension temporaire du Pacte de stabilité pourrait donc offrir un répit, mais ne résoudrait pas les défis structurels auxquels l’Italie est confrontée.
Le Pacte de stabilité et de croissance est un ensemble de règles adoptées par les États membres de l’Union européenne pour garantir la discipline budgétaire. Il fixe notamment une limite de déficit public à 3 % du PIB et une dette publique à 60 % du PIB. Ces règles peuvent être temporairement suspendues en cas de « circonstances exceptionnelles », comme une crise économique ou sanitaire majeure.
L’Italie importe environ 15 % de ses besoins en gaz du Moyen-Orient, une région marquée par des tensions géopolitiques récurrentes. Cette dépendance expose le pays à des risques de pénuries ou de hausses brutales des prix, comme cela s’est produit lors de la crise ukrainienne en 2022. Pour limiter ces risques, Rome cherche à diversifier ses approvisionnements, notamment via des accords avec l’Azerbaïdjan, l’Algérie ou les pays du Golfe.
