Le gouvernement italien dirigé par la Première ministre Giorgia Meloni s’apprête à relancer l’énergie nucléaire, près de quarante ans après l’abandon du nucléaire civil dans le pays. Une loi adoptée le 4 juin 2026 par la Chambre des députés ouvre la voie à la définition d’un cadre réglementaire pour un éventuel retour de l’atome dans le mix énergétique italien, comme le rapporte Courrier International.
Ce qu'il faut retenir
- En 1987, un référendum avait conduit à l’abandon du nucléaire en Italie avec plus de 80 % de voix contre.
- Un second référendum en 2011, après Fukushima, avait confirmé cette position, mais le gouvernement Meloni souhaite désormais modifier la donne.
- La loi adoptée le 4 juin 2026 charge l’exécutif de définir un cadre réglementaire sous douze mois, sans autoriser directement la construction de centrales.
- Le projet mise sur les réacteurs modulaires de petite taille (PRM), avec l’objectif de couvrir 10 % des besoins électriques d’ici 2050.
- En 2026, le prix de gros de l’électricité en Italie atteint 127 euros par mégawattheure, soit presque le triple de celui de l’Espagne.
Selon L’Espresso, cette loi ne donne pas encore le feu vert à la construction de nouvelles centrales, mais elle marque une volonté politique claire de réintégrer le nucléaire dans le paysage énergétique italien. Le texte doit encore être approuvé par le Sénat, mais l’exécutif affiche sa détermination à faire de l’Italie un pays doté à nouveau d’une capacité nucléaire civile. Une démarche justifiée, selon certains médias, par la nécessité de réduire la dépendance énergétique du pays et de stabiliser les prix de l’électricité.
Pour justifier cette orientation, Il Giornale, quotidien de droite, souligne que « le nucléaire manque à l’Italie depuis presque quarante ans. Et avant même qu’on le fasse disparaître, on payait plus cher l’énergie ! ». L’argument économique est central : en 2026, l’Italie enregistre un prix de gros moyen de l’électricité de 127 euros par mégawattheure, un niveau bien supérieur à celui de la France (60 euros) ou de l’Espagne (45 euros). Une situation que le gouvernement attribue en partie à la dépendance aux importations et à l’instabilité géopolitique.
La stratégie retenue par Giorgia Meloni et son équipe repose sur les réacteurs modulaires de petite taille, dits PRM. Ces installations, dont la puissance est généralement inférieure à 300 mégawatts, pourraient être installées dans des zones industrielles à forte consommation électrique. L’objectif affiché est de construire une vingtaine de ces réacteurs d’ici 2050, afin de couvrir 10 % des besoins en électricité du pays. Il Post précise que ces infrastructures restent pour l’instant expérimentales en Europe, ce qui rend toute estimation de leur faisabilité ou de leur coût particulièrement délicate.
Pourtant, cette volonté de réintroduire le nucléaire en Italie se heurte à un obstacle de taille : la volonté populaire. En 2011, un référendum organisé après la catastrophe de Fukushima avait confirmé, par plus de 90 % des voix, le rejet du nucléaire dans le pays. Peut-on ignorer deux consultations populaires aussi claires ? D’un point de vue juridique, la réponse est nuancée. Le juriste Giovanni Guzzetta, interrogé par le Corriere della Sera, rappelle que « les référendums sont contraignants, mais cette contrainte est soumise à deux conditions : que la situation objective soit restée inchangée et que la situation politique n’ait pas évolué non plus ».
Or, selon lui, « quinze années se sont écoulées. Le contexte politique et la sensibilité des citoyens ne peuvent être considérés comme identiques ». Le développement technologique et les normes de sécurité se sont en effet renforcés depuis 2011, ce qui, aux yeux du gouvernement, justifie une révision de la position italienne. Guzzetta ajoute cependant une réserve importante : « Rien n’empêche qu’un nouveau référendum n’oblige ensuite à abroger la nouvelle loi ». Une incertitude qui plane donc sur l’avenir de ce projet.
Un choix politique et économique sous haute tension
Le retour du nucléaire en Italie s’inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques et de flambée des prix de l’énergie. Avec un prix de gros moyen de 127 euros par mégawattheure en 2026, l’Italie figure parmi les pays européens les plus touchés par la crise énergétique. La Première ministre Giorgia Meloni mise sur le nucléaire pour réduire cette dépendance et stabiliser les coûts. Pourtant, la faisabilité technique et économique de ce projet reste incertaine. Les PRM, bien que prometteurs, n’ont pas encore été déployés à grande échelle en Europe, et leur rentabilité à long terme n’est pas garantie.
Les opposants au projet soulignent par ailleurs le risque d’un rejet par la population. Deux référendums ont déjà clairement exprimé le refus des Italiens de voir renaître l’atome sur leur sol. Le gouvernement devra donc convaincre une partie de l’opinion publique, tout en surmontant les obstacles juridiques et techniques. Le juriste Guzzetta rappelle que la loi pourrait être abrogée par un nouveau référendum, ce qui ajoute une dimension d’incertitude politique à ce dossier.
Ce projet soulève donc de nombreuses questions. La technologie des PRM sera-t-elle au rendez-vous ? Les Italiens accepteront-ils de voir renaître des centrales nucléaires sur leur sol ? Et surtout, le gouvernement parviendra-t-il à concilier ses ambitions énergétiques avec les contraintes légales et sociales ? Autant de défis qui pourraient redessiner le paysage énergétique italien dans les années à venir.
Les PRM, ou réacteurs modulaires de petite taille, sont des installations nucléaires dont la puissance est généralement inférieure à 300 mégawatts. Contrairement aux centrales traditionnelles, ces réacteurs sont conçus pour être construits en série et installés dans des zones industrielles ou urbaines à forte consommation électrique. Leur modularité permet une installation plus flexible et une maintenance simplifiée, mais leur développement reste pour l’instant limité en Europe.
Le principal risque juridique réside dans la possibilité qu’un nouveau référendum contraigne le gouvernement à abroger la loi autorisant le retour du nucléaire. Bien que le juriste Giovanni Guzzetta estime que le gouvernement est dans son droit, il souligne que « rien n’empêche qu’un nouveau référendum n’oblige ensuite à abroger la nouvelle loi ». Cette incertitude juridique pourrait freiner les investissements et compliquer la mise en œuvre du projet.