Le monde du football italien est de nouveau secoué par une affaire d'arbitrage aux relents de fraude sportive. Gianluca Rocchi, responsable de la désignation des arbitres en Serie A depuis cinq ans, a été mis en examen pour complicité de fraude, selon RMC Sport. Les investigations du parquet de Milan, en cours depuis plusieurs semaines, révèlent des pratiques troubles qui remettent en cause l'intégrité des décisions arbitrales dans le championnat italien.

Cette affaire, qui s'ajoute à une liste déjà longue de scandales dans le Calcio, prend une nouvelle dimension depuis ce lundi. De nouvelles révélations, publiées par la presse transalpine, évoquent l'existence d'un système codifié permettant d'influer sur les décisions du VAR, mettant en lumière des dysfonctionnements structurels au sein de l'arbitrage italien.

Ce qu'il faut retenir

  • Gianluca Rocchi, responsable des arbitres en Italie depuis 2021, mis en examen pour complicité de fraude sportive par le parquet de Milan.
  • Accusation d'intervention dans la salle du VAR pour modifier une décision et désignation d'arbitres « favorables » à l'Inter Milan lors de deux matchs en 2025.
  • Révélation d'un ancien arbitre, Pasquale De Meo, sur l'existence d'un code gestuel (dont le jeu « pierre-feuille-ciseaux ») utilisé pour corriger les décisions arbitrales.
  • Ce système aurait permis de protéger certains officiels en bloquant des erreurs qui auraient pu entraîner une rétrogradation dans la hiérarchie nationale.
  • Domenico Rocca, ancien juge de touche contraint d'arrêter sa carrière, avait alerté les autorités avant que le parquet de Milan ne s'empare du dossier.

Un scandale aux ramifications multiples

L'affaire Gianluca Rocchi s'inscrit dans un contexte déjà marqué par une série de scandales liés à l'arbitrage en Italie. Depuis le début du week-end, le parquet de Milan a ouvert une enquête préliminaire ciblant les pratiques du responsable des arbitres, soupçonné d'avoir favorisé certains clubs dans la désignation des officiels. Selon RMC Sport, Rocchi est notamment accusé d'avoir désigné des arbitres jugés « complaisants » lors de rencontres impliquant l'Inter Milan en 2025, une saison marquée par des tensions entre la société milanaise et l'arbitrage.

Les investigations révèlent également une possible intervention directe dans le processus décisionnel du VAR. « Il s'agissait de gestes décidés lors des réunions privées hebdomadaires des arbitres », a expliqué Pasquale De Meo, ancien arbitre de Serie A ayant pris sa retraite en 2024. Selon lui, ces signaux codifiés permettaient de corriger une décision arbitrale depuis l'extérieur de la salle du VAR, normalement hermétique à toute influence extérieure. L'un de ces gestes, le célèbre jeu « pierre-feuille-ciseaux », aurait ainsi servi de signal pour annuler ou modifier une décision controversée.

Un système de protection des officiels ?

Les déclarations de Pasquale De Meo, recueillies par l'agence de presse italienne AGI, apportent un éclairage inédit sur les mécanismes internes de l'arbitrage italien. Selon l'ancien arbitre, ces pratiques n'avaient pas pour objectif direct d'influencer le cours des matchs, mais plutôt de protéger certains officiels en évitant des erreurs non corrigées qui auraient pu entraîner leur rétrogradation dans la hiérarchie nationale. « Une erreur non corrigée permet de baisser la note d'un arbitre et de le rétrograder », a-t-il précisé lors de son témoignage.

Cette logique de protection explique pourquoi certains arbitres, perçus comme indésirables, auraient été ciblés par ce système. C'est notamment le cas de Domenico Rocca, ancien juge de touche dont la carrière a pris fin prématurément en raison de mauvaises évaluations. Rocca, qui avait alerté la Fédération italienne de football (FIGC) et le parquet de Milan par courrier, avait vu son alerte initialement classée sans suite par la FIGC. « Je suis heureux qu'un parquet ordinaire soit intervenu », a réagi Pasquale De Meo. « Il y aura un jugement impartial, rendu par un organe véritablement impartial, sur ce qui s'est passé. »

Les répercussions sur le football italien

Cette affaire survient à un moment charnière pour la Serie A, déjà ébranlée par une série de scandales ces dernières années. Entre les soupçons de matchs truqués, les conflits entre clubs et arbitres, et les tensions récurrentes autour des décisions du VAR, l'image du championnat italien est une fois de plus écornée. Les révélations sur les pratiques de Gianluca Rocchi risquent d'aggraver la crise de confiance entre les acteurs du football transalpin.

Les supporters, les clubs et les joueurs pourraient être les premières victimes de cette défiance. Déjà, des voix s'élèvent pour demander une réforme en profondeur de l'arbitrage en Italie. « Il est urgent de clarifier les responsabilités et de rétablir la transparence », a souligné un représentant des clubs de Serie A, sous couvert d'anonymat. La Fédération italienne, de son côté, a indiqué qu'elle suivait de près l'évolution de l'enquête, tout en refusant pour l'instant de commenter les accusations portées contre Rocchi.

Et maintenant ?

L'enquête du parquet de Milan devrait se poursuivre dans les prochaines semaines, avec des auditions supplémentaires prévues pour recueillir d'autres témoignages. Une prochaine étape clé pourrait intervenir d'ici la fin du mois de mai, lorsque le parquet devrait décider s'il y a lieu de renvoyer Gianluca Rocchi et d'autres responsables devant un tribunal. Parallèlement, la Fédération italienne de football (FIGC) a annoncé qu'elle allait réexaminer les procédures de désignation des arbitres pour la saison 2026-2027, afin d'éviter tout nouveau scandale. Reste à savoir si ces mesures suffiront à restaurer la crédibilité de l'arbitrage en Serie A.

Cette affaire rappelle que les scandales liés à l'arbitrage ne sont pas une fatalité. Leur récurrence en Italie pose la question plus large de la gouvernance du football transalpin et de l'indépendance des instances dirigeantes. Pour l'heure, les instances judiciaires et sportives devront trancher avec fermeté pour éviter que ce nouveau scandale n'éclipse définitivement la compétitivité du championnat italien.

Le parquet de Milan devrait rendre une décision d'ici la fin du mois de mai sur un éventuel renvoi de Gianluca Rocchi et d'autres responsables devant un tribunal. D'autres auditions sont prévues dans les prochaines semaines pour recueillir des témoignages complémentaires.