« La Caspienne est en détresse. » C’est le constat alarmant dressé par Inger Andersen, directrice exécutive du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), lors du sommet environnemental régional d’Astana, qui s’est tenu du 22 au 24 avril 2026. Selon Courrier International, cette déclaration intervient alors que le niveau moyen de la mer Caspienne a atteint en 2025 un minimum historique, confirmant une tendance de baisse continue depuis plus de vingt ans.
Ce qu’il faut retenir
- Recul du littoral : par endroits, la mer a reculé de 35 kilomètres, et le rivage s’est déplacé de 50 à 60 mètres dans certaines zones comme Manguistaou.
- Baisse du niveau d’eau : depuis les années 1990, le niveau de la Caspienne a déjà chuté de 2 mètres, et la tendance se poursuit.
- Menaces multiples : ports, pêche, populations côtières et écosystèmes sont directement impactés par cette situation.
- Sommet d’Astana : les dirigeants régionaux ont abordé ce sujet lors d’une réunion dédiée à l’environnement, soulignant l’urgence d’agir.
- Projections : sans mesures correctives, la baisse du niveau pourrait s’aggraver, selon les experts du PNUE.
Un phénomène visible à l’œil nu
Dans la région de Manguistaou, au Kazakhstan, les habitants constatent chaque jour les effets de ce recul. Asia Kaïrat Outepov, travailleur saisonnier, raconte à Courrier International : « Tu reviens après quelques mois, et là où il y avait la mer, il n’y a plus que de la terre. » Le phénomène, autrefois progressif, s’accélère désormais, transformant radicalement les paysages locaux. Les pêcheurs, les commerçants et les touristes doivent désormais s’adapter à une nouvelle géographie, où l’eau cède progressivement la place aux étendues arides.
Les autorités kazakhes, citées par l’hebdomadaire régional Ak Zhaik, confirment cette observation. Le littoral kazakh, autrefois riche en activités maritimes, voit ses infrastructures menacées par l’assèchement. Les ports, conçus pour une mer plus haute, voient leurs accès se réduire, tandis que les zones de pêche traditionnelles disparaissent au profit de terres stériles.
Des causes multiples et des conséquences en cascade
Selon Inger Andersen, la baisse du niveau de la Caspienne résulte d’un ensemble de facteurs : changement climatique, exploitation excessive des ressources hydriques et variations naturelles des précipitations. Le PNUE rappelle que cette mer, bien que fermée, est un écosystème unique abritant une biodiversité spécifique, désormais en danger. Les espèces endémiques, comme certaines variétés de poissons ou d’oiseaux migrateurs, voient leur habitat se réduire comme une peau de chagrin.
Les populations locales, souvent dépendantes de la pêche pour leur subsistance, subissent de plein fouet cette transformation. « La baisse du niveau de l’eau menace les ports, la pêche et les populations littorales », a précisé la responsable onusienne. Sans intervention rapide, des milliers de personnes pourraient se retrouver dans une situation de précarité accrue, notamment dans les zones rurales où l’économie repose encore largement sur les ressources maritimes.
Une mobilisation internationale, mais des solutions encore floues
Le sommet d’Astana a permis de mettre en lumière l’urgence de la situation, mais les solutions concrètes peinent à émerger. Lors de cette rencontre, les représentants des pays riverains de la Caspienne – Kazakhstan, Russie, Iran, Azerbaïdjan et Turkménistan – ont échangé sur les moyens de préserver cette mer intérieure. Pourtant, les divergences persistent : certains pays privilégient la réduction des prélèvements d’eau pour l’agriculture ou l’industrie, tandis que d’autres misent sur des projets de restauration coûteux et complexes.
Inger Andersen a rappelé que « si rien n’est fait, la baisse pourrait s’accentuer », sans pour autant proposer de feuille de route précise. Les experts s’accordent cependant sur un point : la Caspienne ne peut plus attendre. Les modèles climatiques prévoient une poursuite de la baisse des précipitations dans la région, aggravant encore la situation. Autant dire que le temps joue contre les écosystèmes et les populations locales.
La Caspienne n’est pas un cas isolé : elle incarne les défis auxquels sont confrontés de nombreux lacs et mers intérieures dans le monde, victimes du réchauffement climatique et de la surexploitation des ressources. Son déclin rappelle que les écosystèmes, même les plus vastes, peuvent se retrouver fragilisés en quelques décennies seulement.
Cinq pays partagent les rives de la Caspienne : le Kazakhstan, la Russie, l’Iran, l’Azerbaïdjan et le Turkménistan. Tous sont impactés par la baisse du niveau de la mer, mais leur niveau d’implication dans les négociations environnementales varie.
Les secteurs les plus touchés sont la pêche, le tourisme côtier et le transport maritime. Les ports, conçus pour un niveau d’eau plus élevé, voient leurs accès se réduire, tandis que les stocks de poissons déclinent en raison de la modification des écosystèmes marins.