L’ancien ministre de la Culture Jacques Toubon a appelé, dans un entretien accordé au Monde - Politique, à la constitution d’une alliance politique en vue de préserver et renforcer l’exception culturelle française. Ce plaidoyer intervient alors que la famille politique à laquelle il appartient, Les Républicains (LR), est de plus en plus critiquée pour ses positions jugées proches de l’extrême droite, notamment après des affaires récentes comme celle des éditions Grasset et une tribune controversée lors du festival de Cannes.
Ce qu'il faut retenir
- Jacques Toubon, ancien garde des Sceaux et ministre de la Culture sous Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, milite pour une « alliance politique » visant à reconstruire la politique culturelle française en vue de 2027.
- Ses prises de position interviennent après deux événements marquants : l’affaire Grasset, liée à des pressions présumées sur des auteurs critiques, et une tribune anti-Bolloré publiée lors du festival de Cannes.
- Il exprime son inquiétude face à une « dérive » de sa famille politique, Les Républicains, vers l’extrême droite, craignant une remise en cause des fondements de l’exception culturelle française.
- Toubon défend l’idée d’une politique culturelle ambitieuse, capable de concilier héritage historique et modernité, alors que le débat sur l’identité nationale et culturelle s’intensifie en France.
Une tribune dans un contexte politique tendu
Selon Le Monde - Politique, Jacques Toubon s’est exprimé alors que le paysage politique français est marqué par des tensions croissantes autour des questions culturelles et identitaires. L’affaire Grasset, qui a éclaté en 2025, a révélé des pressions exercées sur des auteurs pour modifier leurs ouvrages critiques envers le pouvoir en place. Quant à la tribune anti-Bolloré, publiée lors de l’édition 2026 du festival de Cannes, elle a cristallisé les divisions au sein de la droite française, certains y voyant une attaque contre le patron de Vivendi, symbole de la mondialisation économique.
Pour Toubon, ces événements illustrent une radicalisation de la droite, qu’il juge incompatible avec les valeurs républicaines et la défense de la diversité culturelle. « Le temps est venu de faire une alliance politique pour reconstruire l’exception culturelle », a-t-il déclaré, soulignant l’urgence d’un rassemblement face à ce qu’il qualifie de « menace » sur l’héritage culturel français.
L’exception culturelle française en question
L’exception culturelle française, principe selon lequel la culture ne peut être traitée comme une simple marchandise, est au cœur du débat. Ce modèle, défendu depuis des décennies par la France, vise à protéger les industries culturelles (cinéma, édition, musique) des règles du libre-échange international. Pour Toubon, cette exception est aujourd’hui menacée par deux fronts : d’une part, la montée des idées libérales au sein de sa propre famille politique, et d’autre part, la pression des géants du numérique et des plateformes étrangères, qui bouleversent les équilibres économiques du secteur.
« L’exception culturelle n’est pas un luxe, c’est une nécessité pour préserver notre identité », a-t-il expliqué. Il cite en exemple le modèle de financement du cinéma français, basé sur des mécanismes comme le compte de soutien ou les quotas de diffusion, qui permettent de financer des œuvres indépendantes et de résister à l’hégémonie des productions américaines. Mais ces dispositifs, selon lui, sont aujourd’hui fragilisés par des alliances politiques qui remettent en cause leur légitimité.
« Le temps est venu de faire une alliance politique pour reconstruire l’exception culturelle. Sans elle, c’est notre capacité à produire et diffuser des œuvres qui est en jeu. »
— Jacques Toubon, ancien ministre de la Culture
Une droite divisée sur la question culturelle
Les Républicains, parti auquel appartient Jacques Toubon, sont depuis plusieurs années tiraillés entre une ligne traditionnelle, attachée aux valeurs gaullistes et à l’héritage culturel, et une frange plus libérale ou conservatrice, parfois tentée par des rapprochements avec l’extrême droite. Les positions de Toubon reflètent cette tension interne. Alors que certains responsables LR, comme Éric Ciotti, ont multiplié les déclarations en faveur d’un recentrage à droite, voire d’alliances avec le Rassemblement National, d’autres, comme Toubon, insistent sur la nécessité de défendre un projet culturel ambitieux et inclusif.
« Il ne s’agit pas de nier les problèmes de notre société, mais de les aborder par le prisme de la culture, pas de la division », a précisé l’ancien ministre. Pour lui, la culture doit être un ciment républicain, et non un sujet de clivage. Pourtant, ses prises de position isolent quelque peu au sein de son parti, où le discours sur l’identité nationale prend de plus en plus le pas sur les débats culturels traditionnels.
Pour l’instant, les réactions au sein de la droite restent mesurées. Aucun responsable LR n’a encore réagi officiellement aux propos de Toubon, mais les tensions internes devraient s’exacerber à l’approche des prochaines échéances électorales. Quant à la majorité présidentielle, elle pourrait voir dans ces divisions une opportunité pour relancer un projet culturel qui lui est propre, dans la continuité de ses réformes récentes comme la loi sur l’audiovisuel.
L’exception culturelle française est un principe selon lequel la culture ne doit pas être soumise aux règles du libre-échange international. Elle vise à protéger les industries culturelles (cinéma, édition, musique) par des mécanismes comme des quotas de diffusion, des subventions ou des taxes sur les plateformes étrangères. Ce modèle, défendu depuis les années 1980, permet de financer des œuvres indépendantes et de résister à l’hégémonie des productions américaines.