Selon Futura Sciences, le télescope spatial James-Webb de la Nasa a réalisé une analyse inédite de la comète interstellaire 3I/Atlas, offrant pour la première fois une signature chimique infrarouge moyenne d’un objet provenant d’un autre système stellaire. Ces observations, menées en décembre 2025 à deux reprises après le passage de la comète au plus près du Soleil, révèlent une composition chimique surprenante qui diffère radicalement de celle des comètes nées dans notre propre système.
Ce qu'il faut retenir
- Première détection d’un dégazage de méthane (CH4) pour un objet interstellaire, grâce à l’instrument Miri du James-Webb.
- La comète libère une quantité exceptionnellement élevée de dioxyde de carbone (CO2) par rapport à l’eau, un ratio bien supérieur à celui observé dans les comètes locales.
- Le noyau de 3I/Atlas, dont le diamètre est estimé entre 0,32 et 5,6 km, présente une activité cométaire atypique, avec une sublimation des glaces dans un ordre différent de celui habituel.
- Les données suggèrent un environnement de formation et une chimie distincts de ceux des comètes du Système solaire, offrant un aperçu des processus en vigueur dans d’autres systèmes planétaires.
- L’objet, détecté le 1er juillet 2025 par le système Atlas, se déplace à une vitesse de 69 km/s, confirmant son origine extrasolaire.
Le 1er juillet 2025, le système Atlas (Asteroid Terrestrial-impact Last Alert System), un réseau de quatre télescopes répartis entre Hawaï, le Chili et l’Afrique du Sud, a identifié un objet se déplaçant à une vitesse incompatible avec une orbite liée au Soleil. Baptisé 3I/Atlas, il s’agit du troisième objet interstellaire confirmé à traverser notre système planétaire, après 1I/ʻOumuamua et 2I/Borisov. Sa trajectoire hyperbolique et sa vitesse de 69 km/s — soit 0,023 % de la vitesse de la lumière — excluent toute origine dans le nuage d’Oort ou la ceinture de Kuiper, confirmant son statut d’objet né hors du Système solaire.
Dès sa détection, l’objet a suscité l’intérêt des scientifiques, mais aussi des spéculations plus audacieuses. Certains y ont vu une possible sonde extraterrestre, une hypothèse rapidement écartée par la communauté astronomique. Comme l’a rappelé Futura Sciences, les membres de l’Institut Seti ont scruté 3I/Atlas à plusieurs reprises à la recherche de signaux radio, sans obtenir de résultat concluant. Pour les chercheurs, il s’agit bien d’une comète interstellaire, éjectée de son système d’origine sous l’effet de perturbations gravitationnelles avant de s’aventurer dans notre voisinage stellaire.
Une comète venue d’ailleurs, porteuse d’un message chimique inédit
C’est avec le télescope spatial James-Webb et son instrument Miri (Mid-Infrared Instrument) que la composition de 3I/Atlas a pu être analysée en détail. Les observations, réalisées les 15-16 décembre 2025 et le 27 décembre 2025, alors que la comète s’éloignait du Soleil à des distances respectives de 329 et 379 millions de kilomètres, ont révélé des particularités marquantes. « Ces deux découvertes indiquent un environnement de formation et une chimie très différents de ceux de la grande majorité des comètes formées dans notre Système solaire », a souligné la Nasa dans un communiqué.
Parmi les découvertes les plus surprenantes, Miri a détecté pour la première fois la présence de méthane (CH4) dans la coma de 3I/Atlas, un gaz produit par la sublimation directe de glaces de méthane. Ce dégazage s’ajoute à ceux, plus classiques, de dioxyde de carbone (CO2) et de vapeur d’eau. Cependant, l’ordre de ces dégazages intrigue les chercheurs : les glaces de méthane, situées sous des couches de glaces d’eau et de CO2, se sont sublimées après ces dernières, alors que la température de la comète augmentait à l’approche du Soleil. Un comportement inverse de celui observé sur la plupart des comètes locales.
Autre particularité majeure : le ratio élevé de CO2 par rapport à l’eau, bien supérieur à ce qui est généralement mesuré dans les comètes du Système solaire. Selon les données publiées dans The Astrophysical Journal Letters et disponibles en accès libre sur arXiv, cette abondance inhabituelle suggère que 3I/Atlas s’est formée dans un environnement chimique distinct, où les conditions de température et de pression différaient radicalement de celles ayant présidé à la naissance des comètes locales.
Un noyau de petite taille et une activité cométaire atypique
Les images capturées par l’instrument Miri, combinées à celles du télescope Hubble, ont permis d’estimer le diamètre du noyau de 3I/Atlas entre 0,32 et 5,6 km, avec une probabilité élevée qu’il soit inférieur à 1 km. Cette taille modeste contraste avec l’intensité de son activité cométaire, marquée par une libération importante de gaz et de poussière. Les contours de l’image montrent une répartition des gaz loin du noyau, notamment pour la vapeur d’eau, tandis que le CO2 et le méthane restent concentrés à proximité immédiate de celui-ci.
« La vapeur d’eau s’étend bien au-delà du noyau, car elle est en grande partie libérée par les grains de glace de la coma », explique l’équipe de recherche dirigée par M. Belyakov (Caltech) et I. Wong (STScI). « Les légendes indiquent les caractéristiques des différents gaz détectés par Webb s’échappant de la comète. » Ces observations offrent une fenêtre unique sur les processus physico-chimiques à l’œuvre dans un système stellaire lointain, où les conditions de formation des comètes pourraient avoir favorisé une chimie riche en composés carbonés.
Un pas de plus vers la compréhension des systèmes planétaires extrasolaires
Pour les astrophysiciens, 3I/Atlas représente bien plus qu’un simple objet de curiosité. Elle constitue un échantillon direct de matière née autour d’une autre étoile, offrant des indices précieux sur les mécanismes de formation des systèmes planétaires dans la Voie lactée. Comme l’a souligné Futura Sciences, ces données pourraient aider à déterminer si notre propre système — et par extension la vie terrestre — est représentatif de la norme ou, au contraire, une exception dans la galaxie.
« Toute la question est de savoir à quel point [cette comète] nous aide à savoir si le nôtre et le fait que de la vie soit apparue sur Terre sont atypiques… ou pas », a expliqué Laurent Sacco, journaliste scientifique de Futura Sciences. En analysant la composition de 3I/Atlas, les chercheurs espèrent affiner les modèles de formation des disques protoplanétaires et mieux comprendre les conditions ayant permis l’émergence de la vie ailleurs dans l’Univers.
L’étude de 3I/Atlas s’inscrit dans une dynamique plus large, où chaque objet interstellaire apporte sa pierre à l’édifice de la compréhension de l’Univers. Comme l’a rappelé Laurent Sacco, « cela nous aiderait à savoir si le nôtre et le fait que de la vie soit apparue sur Terre sont atypiques… ou pas ». Autant dire que ces découvertes pourraient, à terme, redéfinir notre place dans le cosmos.
Les chercheurs estiment que 3I/Atlas s’est formée dans un environnement chimique distinct, où les conditions de température et de pression ont permis l’accumulation de dioxyde de carbone et de méthane en quantités bien plus importantes que dans notre système. Ce ratio élevé de CO2 par rapport à l’eau suggère un disque protoplanétaire plus riche en éléments volatils, peut-être lié à une étoile hôte différente de notre Soleil.