Les chercheurs pensaient avoir détecté des indices sérieux en faveur de la présence de sphères de Dyson autour de deux étoiles, grâce aux données du télescope spatial James-Webb. Pourtant, les observations menées par l’équipe du projet Hephaistos, dirigée par l’astrophysicien Erik Zackrisson de l’université d’Uppsala (Suède), révèlent une tout autre explication. Selon Futura Sciences, les signaux infrarouges initialement attribués à des mégastructures extraterrestres proviennent en réalité de galaxies voisines.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux étoiles ont été étudiées comme candidates potentielles à l’existence de sphères de Dyson grâce au télescope James-Webb.
  • Les observations ont révélé que les excès de rayonnement infrarouge détectés ne provenaient pas des étoiles, mais de galaxies voisines.
  • L’une des galaxies abrite un trou noir supermassif chauffant des nuages de poussière, l’autre est le siège d’une formation stellaire intense.
  • Le projet Hephaistos a analysé près de cinq millions d’étoiles dans la Voie lactée pour traquer ces signatures thermiques.
  • Cette étude, non encore évaluée par les pairs, affine les méthodes de détection des technosignatures dans l’infrarouge.

Des mégastructures hypothétiques pour capter l’énergie des étoiles

L’idée d’une sphère de Dyson a été proposée dès 1960 par le physicien Freeman Dyson. Ce concept, popularisé par la science-fiction, décrit une structure colossale construite autour d’une étoile pour en capter l’essentiel de l’énergie. Une telle installation devrait, selon les lois de la thermodynamique, réémettre un excès de chaleur sous forme de rayonnement infrarouge. C’est précisément ce signal que les astronomes traquent depuis des décennies.

Avec l’avènement du télescope James-Webb (JWST), doté d’une sensibilité inégalée dans l’infrarouge moyen, les scientifiques disposent enfin d’un outil capable de détecter ces émissions thermiques. Une équipe internationale, réunie autour du projet Hephaistos, a passé au crible les archives du JWST concernant près de cinq millions d’étoiles de notre galaxie, à la recherche d’un excès de rayonnement infrarouge trahissant une activité artificielle.

Deux candidates prometteuses… mais une explication naturelle

Parmi les milliers de candidates analysées, deux étoiles se sont distinguées par leurs émissions infrarouges anormales. Baptisées candidate D et candidate E, elles avaient retenu l’attention des chercheurs, qui les avaient soumises à des observations détaillées avec le JWST. Les résultats, publiés le 8 août 2026 dans une étude non encore relue par les pairs, ont réservé une surprise de taille.

« Dès les premières images, une seconde source lumineuse est apparue à proximité des étoiles candidates », explique Erik Zackrisson. « Les spectres ont confirmé que ces émissions ne provenaient pas des étoiles elles-mêmes, mais de sources situées en arrière-plan. » Derrière la candidate D se cachait en réalité une galaxie abritant un trou noir supermassif, dont l’activité réchauffe d’immenses nuages de poussière interstellaire. Quant à la candidate E, elle s’est avérée être une galaxie en pleine formation d’étoiles, un phénomène connu pour générer un excès de rayonnement infrarouge.

Une fausse piste qui ouvre de nouvelles perspectives

Si cette découverte écarte l’hypothèse extraterrestre pour ces deux candidates, elle n’en reste pas moins riche d’enseignements. D’abord, elle démontre la nécessité de croiser les données pour éviter les confusions entre signaux naturels et artificiels. « Cette étude nous a permis de développer des techniques pour dissocier les sources lumineuses et affiner notre compréhension des phénomènes galactiques », souligne Erik Zackrisson.

Ensuite, elle met en lumière deux types de galaxies particulièrement intéressantes pour les astronomes. Les galaxies à trou noir actif, comme celle associée à la candidate D, et les galaxies à formation stellaire intense, comme celle liée à la candidate E, sont désormais mieux comprises. Leur étude pourrait révéler des mécanismes cosmiques encore méconnus, tout en servant de référence pour distinguer les signaux naturels des possibles technosignatures.

Et maintenant ?

Avec ces résultats, la traque des sphères de Dyson entre dans une nouvelle phase. Le télescope James-Webb devrait poursuivre ses observations, tandis que d’autres instruments, comme le futur télescope Nancy-Grace-Roman ou les relevés infrarouges du LSST, viendront compléter les données. Les chercheurs estiment que les prochaines campagnes pourraient identifier des centaines de milliers de candidates, rendant indispensable l’amélioration des algorithmes de détection. Bref, si aucune sphère de Dyson n’a été détectée à ce jour, la quête ne fait que commencer.

Pourquoi chercher des technosignatures dans l’infrarouge ?

La recherche de technosignatures, ces indices d’activité technologique extraterrestre, ne se limite pas aux ondes radio. Les sphères de Dyson, si elles existaient, émettraient un excès de chaleur détectable dans l’infrarouge moyen. « Toute technologie qui capte l’énergie d’une étoile génère de la chaleur résiduelle », rappelle Erik Zackrisson. « C’est une conséquence inévitable des lois de la physique. »

Le JWST, avec sa capacité à observer dans cette gamme de longueurs d’onde, est donc l’outil idéal pour cette quête. Contrairement aux biosignatures, comme la présence d’oxygène ou de méthane dans une atmosphère, les technosignatures sont moins ambiguës. Une sphère de Dyson, si elle était détectée, serait une preuve quasi certaine de l’existence d’une civilisation avancée.

Un projet aux multiples retombées scientifiques

Au-delà de la question extraterrestre, cette étude illustre l’utilité des projets comme Hephaistos pour comprendre l’univers. En analysant des millions d’étoiles, les astronomes enrichissent leurs connaissances sur la structure des galaxies, l’évolution des étoiles et les phénomènes extrêmes, comme les noyaux actifs de galaxies. « Nous avons découvert des objets que nous n’aurions peut-être jamais remarqués autrement », confie Erik Zackrisson.

Cette approche, combinant astronomie observationnelle et modélisation, pourrait aussi inspirer de nouvelles méthodes pour l’étude des exoplanètes. En identifiant des signatures thermiques anormales, les chercheurs pourraient repérer des activités industrielles ou énergétiques autour d’autres étoiles, même à des distances considérables.

La quête des sphères de Dyson, popularisée par la science-fiction, se transforme ainsi en un véritable laboratoire d’astrophysique. Si aucune preuve n’a encore été trouvée, chaque faux positif apporte des éléments précieux pour affiner les recherches futures. Et si, un jour, un signal infrarouge inexpliqué devait être détecté… la communauté scientifique serait prête à en analyser chaque détail.

Non. D’autres technosignatures ont été envisagées, comme les mégastructures orbitales, les lasers puissants utilisés pour la propulsion, ou encore les émissions radio artificielles. Cependant, les sphères de Dyson restent l’une des propositions les plus étudiées en raison de leur impact énergétique colossal et de leur signature thermique distinctive.