Alors que l’été 2026 a été marqué par des canicules particulièrement intenses en France, la question du dérèglement climatique s’impose comme un enjeu central pour les mois à venir. Dans ce contexte, Jean-Marc Jancovici, ingénieur et expert reconnu des questions d’énergie et de transition climatique, a décidé de passer à l’action. Selon Franceinfo - Politique, il lance une initiative inédite baptisée « Un commun accord », visant à placer l’écologie au cœur des débats de la future campagne présidentielle de 2027.
Ce qu'il faut retenir
- 150 citoyens tirés au sort participeront à six sessions de travail étalées sur six mois, de septembre 2026 à février 2027.
- L’objectif est d’identifier des mesures consensuelles pour répondre à des dilemmes complexes, comme celui de l’agriculture durable ou de la transition énergétique.
- Jean-Marc Jancovici admet ne pas garantir le succès de l’initiative, mais souhaite forcer les candidats à se positionner clairement sur l’écologie.
- Cette démarche s’inspire du Pacte écologique de Nicolas Hulot en 2007, qui avait réussi à fédérer tous les candidats autour de 10 objectifs environnementaux.
- Les partisans de l’initiative estiment que la pression citoyenne est indispensable pour éviter que les questions climatiques ne soient reléguées au second plan après les élections.
À travers ce projet, Jancovici entend donner la parole aux citoyens et non aux seuls experts ou politiques. 150 Français, sélectionnés par tirage au sort, se réuniront un week-end par mois pendant six mois. Leur mission : travailler sur des sujets épineux, souvent dépourvus de solutions évidentes, comme l’équilibre entre une alimentation saine, des prix accessibles et une rémunération équitable pour les agriculteurs. « On veut une alimentation saine, produite en France, à un prix abordable pour le consommateur, tout en assurant un revenu décent aux agriculteurs. Or, ces trois objectifs sont incompatibles », explique Jancovici dans les colonnes de Franceinfo.
L’ingénieur, qui a déjà conseillé plusieurs gouvernements sur les questions climatiques, mise sur la capacité des citoyens à trouver des compromis réalistes. « L’idée n’est pas de proposer des solutions faciles, mais des mesures qui puissent faire consensus », précise-t-il. L’initiative ne se limite pas à une réflexion théorique : ses conclusions pourraient être présentées aux candidats à l’élection présidentielle de 2027, afin d’influencer leurs programmes. Autant dire que la démarche se veut un coup de projecteur sur les attentes de la société civile en matière de transition écologique.
Un retour d’expérience de 2007 : le Pacte écologique de Nicolas Hulot
Cette initiative n’est pas sans rappeler le Pacte écologique lancé en 2007 par Nicolas Hulot, alors figure médiatique incontournable. À l’époque, l’animateur avait réussi à fédérer l’ensemble des candidats à la présidentielle autour de 10 objectifs environnementaux, couvrant des domaines aussi variés que la mobilité douce ou la réduction des produits chimiques dans l’alimentation. Tous les candidats, de Nicolas Sarkozy à Ségolène Royal, avaient signé ce pacte, qui constituait une première dans l’histoire politique française. Jean-Marc Jancovici faisait d’ailleurs partie du conseil scientifique autour de Hulot à cette époque.
Cependant, malgré ce succès symbolique, les avancées concrètes ont été limitées. « Les politiques bougent, mais si on ne les pousse pas en permanence, on revient au *business as usual* », analyse un ancien conseiller de Hulot, cité par Franceinfo. Michel Rocard, ancien Premier ministre, avait d’ailleurs résumé la difficulté avec une formule cinglante : « Quand une population est contre un projet, c’est un passeport pour l’échec ». Une phrase qui résonne particulièrement aujourd’hui, alors que les gouvernements successifs n’ont pas suffisamment anticipé les conséquences du dérèglement climatique, comme en témoignent les vagues de chaleur répétées et les épisodes de sécheresse de ces dernières années.
Pour Jancovici, la leçon de 2007 est claire : sans une pression constante, les engagements pris lors des campagnes électorales finissent souvent par tomber dans l’oubli. « Il faut que les citoyens restent mobilisés pour que les questions climatiques ne soient pas reléguées au second plan après l’élection », souligne-t-il. L’été caniculaire de 2026 pourrait, selon lui, servir de déclic pour une partie de l’opinion publique, rendant les électeurs plus exigeants envers leurs futurs dirigeants.
Une initiative risquée, mais nécessaire ?
Si l’idée d’une assemblée citoyenne peut sembler ambitieuse, son succès n’est pas garanti. Interrogé sur les chances de réussite de son projet, Jancovici a répondu sans détour : « Rien ! ». Une réponse qui reflète à la fois l’humilité et le réalisme de l’ingénieur, conscient que les résistances politiques et sociales seront fortes. Pourtant, le contexte pourrait jouer en faveur de cette initiative. Avec des records de température battus chaque année et des phénomènes météorologiques de plus en plus violents, la question climatique s’impose comme une priorité pour une majorité de Français. Selon un sondage récent, plus de 70 % des Français estiment que la lutte contre le réchauffement climatique doit être une priorité absolue pour le prochain gouvernement.
L’enjeu, pour Jancovici, est de transformer cette prise de conscience collective en actions concrètes. « Ce n’est pas en discutant pendant six mois que l’on va résoudre tous les problèmes, mais l’idée est de montrer que des solutions existent et qu’elles peuvent faire consensus », explique-t-il. L’initiative pourrait également servir de catalyseur pour d’autres mouvements citoyens, en incitant les partis politiques à intégrer davantage l’écologie dans leurs programmes. « Les candidats à la présidentielle de 2027 n’auront pas le choix : ils devront se positionner clairement sur ces questions, sous peine de perdre des voix », estime un observateur politique.
En conclusion, le projet de Jean-Marc Jancovici s’inscrit dans une logique de démocratie participative, visant à combler le fossé entre les attentes des citoyens et les actions des politiques. Si son succès reste incertain, il a le mérite de poser les bonnes questions au bon moment. À quelques mois de la présidentielle, une seule certitude : l’écologie sera, qu’on le veuille ou non, un thème incontournable de la campagne.
Les participants sont tirés au sort parmi un panel de Français volontaires. La sélection vise à refléter la diversité de la population, en termes d’âge, de profession et de territoire.