D'après BFM - Politique, Jordan Bardella, président du Rassemblement National, a livré une analyse tranchée de la campagne présidentielle en cours, remettant en cause la crédibilité de Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, tout en détaillant les axes de sa formation pour les prochains scrutins.

Ce qu'il faut retenir

  • Jordan Bardella, président du RN, qualifie Bruno Retailleau de « candidat non sérieux », estimant qu’il « ne passera pas Noël » dans cette campagne présidentielle.
  • Bardella appelle à l’union des droites et tend « la main aux électeurs LR » pour rassembler la droite avant l’élection présidentielle.
  • Il annonce vouloir organiser un référendum sur l’immigration en cas de victoire de Marine Le Pen.
  • Le président du RN promet également une « grande opération de nettoyage des finances publiques » en cas de victoire.
  • François Durvye, collaborateur de Marine Le Pen, quitte sa campagne, une décision présentée comme personnelle par Bardella.

Le RN exclut Bruno Retailleau de la course à l’Élysée

Jordan Bardella a affiché une position sans équivoque sur la candidature de Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat. Lors d’une intervention médiatique rapportée par BFM - Politique, il a estimé que ce dernier n’avait « pas le profil d’un candidat sérieux » pour l’élection présidentielle de 2027. Sa formule choc, « Il ne passera pas Noël » dans cette campagne, résume l’appréciation du RN à l’égard du responsable LR. Bardella en a profité pour tendre « la main aux électeurs LR », sans pour autant exclure un rapprochement avec le parti de Éric Ciotti. Une stratégie qui vise à capitaliser sur les divisions apparentes au sein de la droite traditionnelle.

Cette attaque frontale s’inscrit dans un contexte où les sondages placent le RN en tête des intentions de vote pour la présidentielle. Pour Bardella, il est temps de rassembler les forces de la droite et de l’extrême droite sous une bannière commune, quitte à marginaliser les candidatures perçues comme concurrentes ou trop modérées.

Un projet présidentiel centré sur l’immigration et les finances publiques

Au-delà de sa critique envers Retailleau, Jordan Bardella a réaffirmé les priorités du RN en cas de victoire. Le parti propose notamment d’organiser un référendum sur l’immigration dès les premiers mois suivant l’élection de Marine Le Pen. Cette mesure phare vise à contourner les blocages institutionnels et à donner une légitimité démocratique à une politique migratoire plus restrictive. Bardella a également insisté sur la nécessité de « maîtriser notre immigration », reprenant un thème central de la campagne du RN.

Autre axe majeur : la remise en ordre des finances publiques. Bardella a évoqué une « grande opération de nettoyage des finances publiques », sans préciser les modalités concrètes. Cette promesse s’inscrit dans la lignée des discours économiques du RN, qui promettent à la fois une baisse des dépenses et une relance par l’investissement. Pour autant, les économistes restent sceptiques sur la faisabilité d’un tel projet sans précisions budgétaires.

Des remous dans l’entourage de Marine Le Pen

La campagne présidentielle du RN connaît également des turbulences internes. François Durvye, collaborateur de longue date de Marine Le Pen, a quitté ses fonctions au sein de l’équipe de campagne. Jordan Bardella a confirmé cette information, précisant que cette décision était « une décision qui lui est propre ». Ce départ survient alors que les relations entre Bardella et Le Pen sont régulièrement questionnées par les observateurs politiques. Bardella a d’ailleurs tenu à souligner que les divergences de caractère entre les deux figures du RN étaient « naturelles », tout en insistant sur l’unité du duo.

Par ailleurs, Bardella a balayé toute idée de rivalité personnelle avec Marine Le Pen, affirmant :

« Ce que je peux ressentir n’a aucun intérêt. »
Il a également réaffirmé son engagement à ne pas placer ses ambitions personnelles au-dessus de l’intérêt collectif, une déclaration qui vise à rassurer sur la stabilité du tandem Le Pen-Bardella.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines s’annoncent décisives pour la droite et l’extrême droite. Si Jordan Bardella continue de marteler son discours unitaire, les LR pourraient être amenés à clarifier leur position, entre soutien à une alliance ou maintien d’une ligne indépendante. Du côté du RN, l’enjeu sera de concrétiser son projet présidentiel, notamment sur les questions économiques et migratoires, avant le dépôt des candidatures officielles pour 2027. Les observateurs attendent également des précisions sur la stratégie de Bardella face aux autres figures de la droite, comme Éric Ciotti ou Bruno Retailleau.

Un clivage droite-gauche toujours présent, selon LR

François-Xavier Bellamy, député européen Les Républicains, a rappelé que « le clivage entre la droite et la gauche n’a pas disparu », malgré les recompositions politiques en cours. Cette prise de position intervient alors que certains au sein de LR plaident pour une alliance avec le RN, tandis que d’autres y sont farouchement opposés. Pour Bellamy, la droite doit conserver son identité propre, sans se diluer dans un rapprochement hasardeux avec l’extrême droite.

De son côté, Raphaël Enthoven, philosophe et essayiste, a analysé la dynamique Le Pen-Bardella comme une « contradiction spectaculaire », mais aussi comme une « possibilité de convertir cette contradiction en force ». Un constat qui illustre les tensions internes au camp présidentiel, où les stratégies de rassemblement se heurtent aux divergences idéologiques.

Pour Bardella, Bruno Retailleau incarne une droite modérée et institutionnelle, incompatible avec la ligne radicale et disruptive du RN. En le qualifiant de « candidat non sérieux », il cherche à disqualifier toute alternative à Marine Le Pen au sein de la droite, tout en ciblant les électeurs LR déçus par leur parti. Cette stratégie vise à affaiblir LR et à présenter le RN comme la seule force capable de représenter une droite assumée.