Dépourvu de son aura d’antan, l’ancien souverain espagnol Juan Carlos Ier, 88 ans, a accordé un entretien exceptionnel à Le Figaro à l’occasion de la remise du prix spécial du livre politique de l’Assemblée nationale pour ses Mémoires, coécrits avec Laurence Debray. Lors de ce déplacement parisien, marqué par sa présence discrète à l’hôtel Plaza Athénée, il a évoqué sans détour son parcours, les défis de l’Espagne contemporaine et la place, fragile, de la monarchie dans le pays.
Ce qu'il faut retenir
- Juan Carlos Ier s’est exprimé publiquement lors d’un séjour à Paris en avril 2026, recevant un prix pour ses mémoires rédigés avec Laurence Debray.
- Âgé de 88 ans, l’ex-roi, désormais en situation de semi-retraite forcée, évoque son statut de « roi maudit » des temps modernes.
- Il défend toujours le rôle de la monarchie, estimant qu’elle reste « bonne pour le peuple », malgré les controverses qui ont marqué son règne.
- Ses déplacements et prises de parole restent encadrés par les souhaits de la famille royale espagnole et du gouvernement actuel.
- Son fils, Felipe VI, occupe désormais le trône, tandis que Juan Carlos vit en exil volontaire depuis 2020.
Un souverain en exil, entre santé déclinante et symboles persistants
L’arrivée de Juan Carlos au bar de l’hôtel Plaza Athénée, avenue Montaigne à Paris, a été un moment de contraste saisissant. Soutenu par deux gardes du corps, la silhouette courbée et la démarche hésitante de l’ex-monarque incarnent une forme de contradiction : celle d’un homme autrefois tout-puissant, désormais contraint par l’âge et par les conséquences de ses choix passés. « On pense à cette théorie des deux corps du roi d’Ernst Kantorowicz, selon laquelle le monarque possède un corps mortel et un corps symbolique », note Le Figaro. Aujourd’hui, seul le premier semble encore visible.
L’ex-roi, qui a subi une vingtaine d’opérations au fil des décennies, affronte des difficultés physiques croissantes, notamment une ouïe défaillante et une mobilité réduite. Ces contraintes, ajoutées aux pressions exercées par la Maison royale d’Espagne et par le gouvernement de Madrid, limitent ses marges de manœuvre. Pourtant, malgré ces entraves, il conserve une certaine dignité dans l’expression, un héritage de son éducation et de son passé.
La monarchie espagnole, entre héritage et remises en question
Lors de cet entretien, Juan Carlos a réaffirmé sa conviction quant à l’utilité de la monarchie pour l’Espagne. « Je pense toujours que la monarchie est bonne pour le peuple », a-t-il déclaré, selon les propos rapportés par Le Figaro. Une affirmation qui sonne comme un plaidoyer en faveur d’un système qu’il a incarné pendant près de quarante ans, avant son abdication en 2014 au profit de son fils Felipe VI. Depuis, son image a été durablement ternie par une série de scandales financiers et de soupçons de corruption, poussant l’ex-souverain à s’exiler aux Émirats arabes unis en août 2020.
Pourtant, malgré ces épreuves, il continue de défendre l’institution monarchique. Une position qui contraste avec l’opinion publique espagnole, où les soutiens à la monarchie se sont érodés au fil des années. Selon les derniers sondages publiés en 2025, seulement 42 % des Espagnols se déclarent favorables à l’existence de la monarchie, contre 77 % en 2014. Ce déclin s’explique en partie par les controverses entourant Juan Carlos, mais aussi par des débats plus larges sur la pertinence d’un système jugé trop coûteux et peu représentatif.
Un livre pour justifier son règne, entre mémoire et réhabilitation
Les Mémoires de Juan Carlos, écrits en collaboration avec l’écrivain Laurence Debray, constituent une tentative de réhabilitation. L’ouvrage, salué par le prix spécial du livre politique de l’Assemblée nationale, offre un récit détaillé de son parcours, depuis son enfance dans l’ombre de Franco jusqu’à son rôle clé lors de la transition démocratique espagnole des années 1970. Il y revient sur des moments charnières, comme le putsch manqué de 1981, qu’il a contribué à déjouer, consolidant ainsi sa légitimité.
Pourtant, ce livre ne suffit pas à effacer les zones d’ombre de son règne. Les allégations de corruption, notamment autour d’un versement de 100 millions d’euros en 2008 depuis l’Arabie saoudite, ont éclaboussé son image. En 2022, la justice espagnole a classé l’enquête pour fraude fiscale contre lui, faute de preuves suffisantes, mais le discrédit persiste. Dans ce contexte, l’ex-roi cherche à offrir une version édulcorée de son histoire, comme en témoignent ses propos sur le rôle stabilisateur de la monarchie.
L’ombre de Felipe VI et l’équilibre fragile de la famille royale
La relation entre Juan Carlos et son fils, Felipe VI, désormais roi d’Espagne, reste un sujet délicat. Depuis son abdication, l’ancien souverain vit en retrait, mais ses prises de parole et ses déplacements, comme celui à Paris, rappellent qu’il reste une figure influente dans l’ombre. « Il est encadré, contraint dans ses expressions comme dans ses déplacements », observe Le Figaro. Les consignes de discrétion imposées par la famille royale et le gouvernement visent à éviter tout nouveau scandale susceptible de rejaillir sur l’institution monarchique.
Pourtant, la présence de Juan Carlos, même symbolique, pose question. En 2025, Felipe VI a tenté de tourner la page en adoptant une ligne de transparence inédite, publiant ses déclarations d’intérêts et réduisant les avantages financiers de la monarchie. Une stratégie visant à restaurer la crédibilité de la couronne, mais qui se heurte à la persistance de l’ombre de son père. Les Espagnols, eux, semblent partagés : entre nostalgie pour une époque révolue et rejet des excès du passé.
Juan Carlos reste un personnage controversé, dont l’héritage divise autant qu’il fascine. Entre défense inconditionnelle de la monarchie et bilan entaché par les scandales, son parcours illustre les tensions entre tradition et modernité qui traversent l’Espagne contemporaine. Alors que son fils Felipe VI tente de redorer le blason de la famille royale, les questions sur l’avenir du système monarchique espagnol ne sont pas près de s’éteindre.
Juan Carlos Ier a quitté l’Espagne en août 2020 après une série de scandales financiers et de soupçons de corruption, notamment autour d’un versement présumé de 100 millions d’euros en provenance d’Arabie saoudite. Cet exil, officiellement présenté comme volontaire, visait à éviter une nouvelle crise institutionnelle et à préserver l’image de la monarchie, déjà fortement ébranlée.
Felipe VI, roi d’Espagne depuis 2014, incarne une nouvelle génération de monarchie, plus transparente et moins controversée. Contrairement à son père, il a publié ses déclarations d’intérêts et réduit les avantages financiers de la couronne. Cependant, son action reste limitée par l’héritage de Juan Carlos, dont la simple existence continue de peser sur l’image de la famille royale.
