À 29 ans, Clémence Eme, judoka de l’AJA Paris XX, a remporté ce samedi son premier Grand Chelem en dominant l’Allemande Miriam Butkereit, vice-championne olympique, en finale à Astana. Une performance d’autant plus remarquable qu’elle intervient après une carrière marquée par des blessures à répétition et une remise en question personnelle, comme le rapporte RMC Sport. Ce titre intervient dans le cadre d’une série de cinq podiums en autant de compétitions internationales, confirmant sa progression tardive sur la scène mondiale.

Le parcours d’Eme illustre une ascension atypique dans le judo français, discipline où la concurrence en moins de 70 kg est particulièrement féroce. « Dès qu’on est en compétition, on n’a pas le droit à l’erreur », a-t-elle souligné lors d’un entretien avec RMC Sport. Pour cette finale au Kazakhstan, elle a adopté une stratégie offensive, prête à en découdre avec « les dents qui rayaient le parquet », selon ses propres mots. Une détermination payante, après une semaine de compétition marquée par une troisième place au Tadjikistan, où elle avait elle-même commis une erreur.

Ce qu'il faut retenir

  • Clémence Eme, 29 ans, remporte son premier Grand Chelem à Astana en battant Miriam Butkereit, vice-championne olympique.
  • Elle termine quatrième fois sur le podium lors de ses cinq dernières sorties internationales, signe d’une régularité retrouvée.
  • Son titre intervient après un changement de club et un travail avec un nouvel entraîneur, Alexandre Borderieux.
  • Elle a failli arrêter sa carrière après une deuxième rupture des ligaments croisés il y a deux ans.
  • Eme est désormais numéro une française en moins de 70 kg et vise une sélection pour les prochains championnats majeurs.
  • La semaine précédente, elle avait remporté la médaille de bronze au Tadjikistan.

Un titre obtenu après une reconstruction physique et mentale

Clémence Eme a frôlé l’arrêt définitif de sa carrière après une deuxième rupture des ligaments croisés il y a deux ans. Pourtant, c’est cette même blessure qui l’a poussée à se reconstruire. « Il y avait une petite étincelle qui me disait de continuer », a-t-elle expliqué. Son retour s’est accompagné d’un changement de club et d’un nouveau staff technique, dirigé par Alexandre Borderieux. Ce dernier a su lui redonner confiance en ses capacités, en développant à la fois sa condition physique, sa technique et sa tactique.

« Maintenant, grâce à ça, je suis ultra performante et j’en profite pour empiler les médailles », a-t-elle déclaré. Son nouveau club l’a également aidée à retrouver une stabilité mentale, un aspect crucial dans un sport où la pression est permanente. « J’avais le panel technique, mais je n’arrivais pas à l’appliquer. Depuis que j’ai changé de club, j’arrive à mettre de l’impact, à croire en moi et en mes rêves. »

Une domination sur la scène mondiale, malgré un parcours semé d’embûches

Malgré ses deux blessures aux épaules, deux aux genoux et une infection au Covid, Clémence Eme a su prendre de la maturité plus tard que la plupart de ses adversaires. « Si je devais refaire, je referais de la même façon », a-t-elle affirmé, reconnaissant avoir douté à plusieurs reprises. Son parcours illustre une résilience rare, où chaque obstacle surmonté semble avoir renforcé sa détermination. « Je me suis battue pour aller chercher cette médaille d’or », a-t-elle résumé après sa victoire.

Sur le plan technique, Eme s’appuie sur une formation solide reçue au Stade Laurentin (Alpes-Maritimes), une école réputée pour son approche du judo. « Cette médaille, je la leur dois aussi », a-t-elle reconnu, soulignant l’importance de son parcours formateur dans sa réussite actuelle. Pourtant, elle reste lucide sur ses marges de progression, notamment en gestion mentale. « Il y a encore un peu de boulot sur la gestion mentale. C’est de mieux en mieux. »

Une place de leader en France, mais des défis à venir en équipe nationale

Avec ce titre à Astana, Clémence Eme s’impose comme la numéro une française en moins de 70 kg. Pourtant, elle tempère l’importance du classement mondial, soulignant que la sélection en équipe de France repose sur des critères internes. « Le ranking n’est pas représentatif. L’équipe de France a ses propres critères de sélection. L’objectif est d’être toujours devant tout le monde, gagner, gagner et encore gagner », a-t-elle insisté. Une philosophie qui reflète son état d’esprit combatif et son refus de se contenter de demi-mesures.

Ses performances récentes lui ouvrent des perspectives pour les prochains grands rendez-vous. Un stage de sélection est prévu en Mongolie le mois prochain, où elle espère rééditer son exploit. « L’objectif sera d’y réitérer ce que j’ai accompli aujourd’hui », a-t-elle précisé. Reste à savoir si sa régularité actuelle suffira à convaincre le staff de l’équipe de France de lui offrir une place en individuel lors des compétitions majeures.

« Sur le judo, j’ai toujours bien pratiqué le judo, j’ai la chance d’avoir été formée au Stade Laurentin, une super école de judo. Cette médaille, je la leur dois aussi. » — Clémence Eme, à l’issue de sa victoire à Astana

Et maintenant ?

Clémence Eme devrait prochainement participer à un stage de sélection en Mongolie, prévu dans le courant du mois de mai. Si ses résultats se maintiennent, une place en équipe de France pour les prochains championnats pourrait lui être proposée. Par ailleurs, son entraîneur Alexandre Borderieux a évoqué une possible collaboration avec Kilian Le Blouch, entraîneur national, pour affiner sa préparation en vue des échéances internationales. Pour Eme, l’objectif reste clair : prouver qu’elle peut briller en solo, comme elle l’a fait à Douchanbé en l’absence de son coach. Une chose est sûre : sa dynamique actuelle pourrait bien bousculer les habitudes du judo français.

Son titre à Astana marque donc bien plus qu’une simple victoire : il consacre une athlète déterminée à écrire sa légende, malgré un parcours semé d’embûches. Alors que le judo français cherche à se renouveler, Clémence Eme pourrait bien incarner l’avenir de la discipline en moins de 70 kg.

Clémence Eme participera à un stage de sélection en Mongolie dans le courant du mois de mai, avec pour objectif de valider sa place en équipe de France pour les prochains championnats majeurs.

Elle attribue sa progression à un changement de club, à une nouvelle approche technique sous la direction d’Alexandre Borderieux, et à une reconstruction physique et mentale après plusieurs blessures graves.