Les frères Goncourt ont marqué l’histoire de la littérature française par leur Journal, un document de plus de 10 000 pages où se mêlent observations acerbes, médisances et une jalousie maladive envers leurs contemporains. Ouest France consacre à ce phénomène le troisième volet de sa série estivale dédiée aux sept péchés capitaux, soulignant ainsi l’héritage controversé de ces deux figures du réalisme littéraire.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Journal des frères Goncourt, rédigé entre 1851 et 1896, contient des milliers de remarques acerbes envers leurs pairs.
  • Jules et Edmond de Goncourt y expriment une jalousie obsessionnelle envers des écrivains comme Flaubert ou Zola.
  • Leur animosité s’étend aux cercles artistiques et littéraires, où ils multiplient les critiques perfides.
  • Ces textes, publiés après leur mort, révèlent une stratégie de dénigrement systématique.
  • Leur héritage littéraire reste marqué par cette médisance systématique, analysée par des historiens et critiques.

Un « Journal » comme exutoire à leur amertume

Le Journal des Goncourt, tenu durant quarante-cinq ans, est bien plus qu’un simple carnet intime. Il s’agit d’un laboratoire d’invectives, où les deux frères consignent sans filtre leurs ressentiments. Selon Ouest France, leur plume y déploie une violence verbale rare, ciblant aussi bien des écrivains confirmés que des figures émergentes. « Flaubert est un paresseux qui écrit comme une vache », pouvait-on ainsi lire sous leur plume, illustrant l’ampleur de leur animosité.

Cette obsession pour la critique s’explique en partie par leur positionnement littéraire. Moins reconnus que leurs contemporains comme Victor Hugo ou Émile Zola, les Goncourt cultivaient un sentiment d’infériorité qu’ils compensaient par des attaques ciblées. Leur Journal servait alors de défouloir, où ils égratignaient sans retenue ceux qu’ils jalousaient secrètement.

Une jalousie qui transcende les frontières littéraires

Leur médisance ne se limitait pas aux écrivains. Les frères Goncourt étendaient leurs critiques à l’ensemble du monde artistique, des peintres aux musiciens. D’après Ouest France, leur mépris affiché pour des salons littéraires ou des académies reflétait une volonté de domination, voire de sabotage, dans un milieu où leur reconnaissance tardait à venir. Leur mépris pour le naturalisme de Zola, par exemple, était tel qu’ils qualifiaient ses œuvres de « scatologiques ».

Cette hostilité systématique s’inscrivait dans une stratégie plus large : celle de discréditer leurs rivaux pour mieux s’imposer. Pourtant, paradoxalement, leur propre style réaliste et leur attention aux détails finirent par les distinguer, faisant d’eux des références malgré eux. Leur Journal, publié à titre posthume, est aujourd’hui étudié autant pour sa valeur littéraire que pour son témoignage sur les rivalités du XIXe siècle.

Un héritage littéraire à double tranchant

Si leur Journal a permis de documenter les tensions d’une époque, il a aussi révélé une facette sombre de leur personnalité. Les historiens de la littérature soulignent que leur médisance, bien que spectaculaire, n’a pas entaché leur propre œuvre. Ouest France rappelle que des romans comme Germinie Lacerteux (1865) ou Manette Salomon (1867) restent des classiques du réalisme, malgré les excès de leur plume dans le privé.

Leur cas illustre ainsi une réalité fréquente dans le milieu littéraire : la coexistence entre un talent reconnu et des comportements discutables. Leur Journal offre en cela un éclairage unique sur les mécanismes de la jalousie professionnelle, où l’envie se mue en critique systématique pour masquer un sentiment d’échec relatif.

Et maintenant ?

Les travaux récents sur les archives des Goncourt pourraient révéler de nouvelles perles de médisance, encore inédites. Une édition critique du Journal, attendue pour 2027, devrait apporter un éclairage renouvelé sur cette période trouble de la littérature française. Les chercheurs s’interrogent déjà sur l’impact réel de ces critiques sur la réception de leurs propres œuvres, un débat qui pourrait rebondir lors des prochaines commémorations goncourtiennes.

Leur cas, souvent cité en exemple dans les études sur les rivalités artistiques, rappelle que le génie littéraire n’exclut pas les travers humains. Entre admiration et dénigrement, les frères Goncourt ont laissé une trace indélébile, où l’envie le dispute au talent.

Leur Journal constitue un témoignage unique sur la vie littéraire du XIXe siècle, révélant à la fois les tensions entre écrivains et les mécanismes de la reconnaissance artistique. Leurs romans, quant à eux, restent des références du réalisme, malgré les excès de leur médisance privée.