Créée au cœur des laboratoires du CEA à Grenoble, l’entreprise française Kalray s’impose aujourd’hui comme l’un des acteurs les plus inattendus du secteur des semi-conducteurs en Europe. Selon Cryptoast, cette PME spécialisée dans les processeurs pour l’intelligence artificielle a vu son action progresser de plus de 2 900 % depuis fin 2024, portant sa capitalisation boursière à plus de 200 millions d’euros en mai 2026. Ce rebond spectaculaire s’explique par un repositionnement stratégique et une technologie propriétaire, le MPPA (Massively Parallel Processor Array), qui en fait le seul acteur européen sur le marché des DPU (Data Processing Unit).

Ce qu’il faut retenir

  • Kalray, issue du CEA-Leti à Grenoble, conçoit des processeurs à architecture parallèle pour les datacenters modernes.
  • Son action, cotée sous le ticker ALKAL sur Euronext Growth Paris, a été multipliée par plus de 30 depuis fin 2024, atteignant 12,38 € à la clôture du 28 mai 2026.
  • L’entreprise a opéré un virage décisif en 2024-2025, abandonnant son modèle de vente de cartes pour se concentrer sur la licence de sa propriété intellectuelle.
  • Son DPU Coolidge se distingue comme une solution d’orchestration des flux de données, un segment dominé par Nvidia et Marvell à l’échelle mondiale.
  • Kalray reste éligible au PEA-PME, offrant un avantage fiscal aux investisseurs français.

Une histoire entrepreneuriale marquée par le retournement stratégique

Fondée en 2008 dans l’écosystème grenoblois de la micro-électronique, Kalray a frôlé la disparition fin 2024. Son cours, qui avait chuté à moins de 0,43 € en 2025, a depuis connu une ascension fulgurante. Cette résilience s’explique par un changement de modèle radical : après des années de pertes accumulées et de dilution des actionnaires, l’entreprise a basculé vers un modèle économique axé sur la licence de propriété intellectuelle (IP) et les services associés. « Nous avons transformé notre approche en misant sur notre technologie plutôt que sur la vente de produits finis », a indiqué Éric Baissus, PDG de Kalray, dans les résultats 2025.

Ce virage a été validé par un premier contrat majeur signé fin 2024 avec Openchip, une société espagnole spécialisée dans les puces souveraines. Pour environ 14 millions d’euros, Kalray a accordé une licence non exclusive de son IP et fourni des services d’ingénierie, mobilisant une cinquantaine de ses ingénieurs. Ce partenariat, prolongé jusqu’en juillet 2027, a non seulement sauvé l’entreprise, mais aussi ouvert la voie à de nouvelles opportunités commerciales.

Une technologie unique au service des datacenters modernes

Le cœur de l’offre de Kalray repose sur deux piliers technologiques. Le premier est son architecture MPPA, basée sur des centaines de petits cœurs de calcul (les cœurs KVX, compatibles avec le standard ouvert RISC-V). Contrairement aux GPU traditionnels, cette approche permet de traiter simultanément des milliers de flux de données fragmentés, une caractéristique essentielle pour les datacenters actuels. « Notre solution permet de soulager les CPU et GPU des tâches d’orchestration, augmentant ainsi leur efficacité », explique le PDG.

Le second pilier est le Networking Engine, un module de connectivité programmable intégré aux SmartNICs et DPUs. Ce module, couplé à une pile logicielle complète, réduit les barrières à l’intégration pour les partenaires industriels. Kalray se positionne ainsi comme le seul acteur européen sur un marché dominé par des géants américains comme Nvidia (avec sa gamme BlueField) ou Marvell (Octeon).

Une valorisation boursière qui reflète un pari sur l’avenir

Les performances de Kalray sur les marchés financiers sont tout aussi impressionnantes que son parcours entrepreneurial. Avec une capitalisation boursière de 201,5 millions d’euros fin mai 2026, l’action a atteint un plus haut à 14,80 € sur les douze derniers mois, contre un plus bas à 0,43 €. Cette progression vertigineuse intègre une prime liée à son positionnement unique et à l’engouement pour les technologies souveraines en Europe. « Le marché a anticipé une grande partie du scénario positif, voire au-delà », souligne Cryptoast dans son analyse.

Cependant, cette valorisation s’accompagne de risques. Kalray affiche encore un résultat net négatif de 4,5 millions d’euros en 2025 et une trésorerie limitée à 2,9 millions d’euros. Sa dépendance à Openchip pour une grande partie de ses revenus en 2025 reste un point de vigilance. « Nous avons besoin de signer de nouveaux contrats majeurs pour assurer notre pérennité », a reconnu Éric Baissus lors de la présentation des résultats annuels.

Les atouts et les limites de l’investissement dans Kalray

Pour les investisseurs, Kalray présente plusieurs arguments en sa faveur. D’abord, son modèle économique transformé : en basculant vers la licence d’IP, l’entreprise affiche une marge brute de 93,3 % en 2025, bien supérieure à celle d’un industriel classique. Ensuite, son éligibilité au PEA-PME permet aux particuliers français de bénéficier d’une exonération fiscale après cinq ans de détention. Enfin, son pipeline commercial se diversifie, avec des discussions avancées pour des partenariats similaires à celui d’Openchip dans les secteurs de l’IA, des télécoms et de la défense.

Côté risques, la faible liquidité de l’action, avec une capitalisation de seulement 200 millions d’euros, expose les investisseurs à une volatilité extrême. Les volumes d’échange réduits rendent les transactions importantes difficiles sans impacter le cours. Par ailleurs, la concurrence des géants américains, bien plus capitalisés, constitue une menace si ces derniers décidaient de cibler le segment des licences d’IP. « Kalray n’a pas les moyens de rivaliser avec Nvidia ou Marvell en cas de guerre tarifaire », rappelle Cryptoast.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes pour Kalray dépendront de sa capacité à finaliser de nouveaux contrats industriels d’ici l’été 2026. La publication des résultats du premier semestre, prévue pour le 3 juin 2026, devrait apporter des éclaircissements sur la diversification de ses revenus et l’évolution de sa trésorerie. Par ailleurs, l’entreprise devra prouver que son modèle de licence d’IP peut se déployer à grande échelle, au-delà du partenariat avec Openchip. Pour les investisseurs, une approche prudente est recommandée, en attendant une meilleure visibilité sur ces enjeux.

Kalray incarne ainsi le paradoxe d’une entreprise technologique prometteuse, mais dont la valorisation actuelle reflète déjà une grande partie des espoirs placés en elle. Son avenir dépendra de sa capacité à transformer l’essai commercialement, dans un secteur où la souveraineté technologique européenne reste un enjeu stratégique.

L’action Kalray est cotée sur Euronext Growth Paris sous le ticker ALKAL. Elle est éligible au PEA-PME, ce qui permet aux investisseurs français de bénéficier d’une exonération fiscale après cinq ans de détention. Plusieurs plateformes proposent d’acheter l’action, comme Trade Republic (avec des frais de 1 € par opération) ou Interactive Brokers (frais sous forme de spread).

Kalray est le seul acteur européen sur le marché des DPU, mais il fait face à une concurrence mondiale très forte. Les principaux concurrents sont Nvidia (avec sa gamme BlueField), Marvell (Octeon), Intel (IPU) et AMD. Ces entreprises disposent de ressources financières et commerciales bien supérieures à celles de Kalray.