Chaque 31 mai, le Kazakhstan commémore le souvenir de millions de victimes de la famine dévastatrice et des répressions politiques menées sous l’ère soviétique. Selon Euronews FR, cette journée nationale rend hommage à ceux qui ont péri ou subi les conséquences de ces événements historiques.
Ce qu'il faut retenir
- 1930-1933 : la collectivisation forcée en URSS provoque une famine massive au Kazakhstan, faisant environ 2 millions de morts et déplaçant des centaines de milliers de personnes.
- Les purges staliniennes ciblent l’intelligentsia kazakhe, entraînant des milliers d’arrestations, d’exécutions ou de déportations vers des camps comme KarLag.
- Saken Seifullin, figure révolutionnaire, est exécuté malgré son engagement passé, illustrant l’ampleur des répressions.
- Les survivants et leurs descendants subissent des décennies de discrimination, avant une réhabilitation progressive après la mort de Staline.
- Aujourd’hui, le Kazakhstan poursuit l’examen des archives et la reconnaissance historique pour rendre justice aux victimes.
La collectivisation forcée et ses conséquences dramatiques
Dans les années 1930, la politique de collectivisation imposée par Moscou vise à supprimer le mode de vie nomade kazakh. Les autorités soviétiques confisquent les troupeaux et réorganisent l’agriculture, provoquant un effondrement économique. Près de deux millions de Kazakhs périssent de faim entre 1930 et 1933, selon les estimations historiques rapportées par Euronews FR. Des centaines de milliers d’autres sont contraints à l’exode, abandonnant leurs terres ancestrales pour des régions moins touchées par la famine.
Ce bilan humain s’accompagne d’une destruction culturelle sans précédent. Les élites nomades, les chefs de clan et les intellectuels sont systématiquement ciblés, accélérant la disparition d’un mode de vie pluriséculaire. Les archives kazakhes révèlent des rapports de l’époque décrivant des villages entiers décimés par la famine, avec des témoignages de survivants évoquant des scènes de cannibalisme dans les zones les plus touchées.
Les purges staliniennes : un autre visage de la répression
Parallèlement à la famine, les années 1930 marquent le début des grandes purges staliniennes au Kazakhstan. L’intelligentsia locale, jugée trop indépendante ou suspecte, devient une cible privilégiée. Des milliers d’enseignants, de journalistes et de cadres politiques sont arrêtés sous des prétextes fallacieux. Parmi eux, Saken Seifullin, poète et révolutionnaire kazakh, est exécuté en 1938 malgré son rôle dans la révolution bolchevique de 1917. Son cas illustre la brutalité du régime, qui élimine même ses anciens soutiens.
Les déportations massives vers les camps du Goulag, comme KarLag (camp de travail du Kazakhstan soviétique), s’intensifient. Ce camp, l’un des plus vastes de l’URSS, accueille des dizaines de milliers de détenus kazakhs, condamnés pour des motifs politiques ou des « crimes » liés à la résistance à la collectivisation. Les conditions de détention y sont particulièrement dures, avec un taux de mortalité élevé.
Un héritage de souffrance et de silence
Les témoignages des survivants et de leurs descendants dressent un tableau poignant des conséquences de ces événements. Des familles entières ont été décimées, et les enfants des victimes subissent des décennies de stigmatisation. « Pendant des générations, les enfants des déportés ou des victimes de la famine ont été perçus comme des ennemis de classe », explique un historien kazakh cité par Euronews FR. Les archives locales révèlent que les écoles et les administrations évitaient d’embaucher les descendants des « ennemis du peuple ».
Ce silence imposé par le régime soviétique ne commence à se briser qu’après la mort de Staline en 1953. À partir des années 1960, certaines victimes sont officiellement réhabilitées, mais le processus reste lent et incomplet. Ce n’est qu’avec l’indépendance du Kazakhstan en 1991 que les archives sont progressivement ouvertes, permettant une meilleure compréhension de ces tragédies.
La reconnaissance historique aujourd’hui
Depuis son indépendance, le Kazakhstan s’engage dans un travail de mémoire pour honorer les victimes de la famine et des purges. Le 31 mai est devenu une journée nationale de commémoration, avec des cérémonies officielles et des dépôts de gerbes aux monuments dédiés. « Le Kazakhstan reconnaît ces événements comme un génocide culturel et humain », précise un responsable du ministère de la Culture kazakh.
Les autorités locales examinent désormais les archives soviétiques pour identifier les victimes et leurs bourreaux. En 2025, une loi a été adoptée pour accélérer la réhabilitation des personnes condamnées arbitrairement. Cependant, des lacunes persistent : de nombreuses familles n’ont toujours pas accès aux dossiers de leurs ancêtres, et certains lieux de mémoire restent à restaurer.
Cette quête de vérité s’inscrit dans un contexte régional tendu, où la Russie minimise souvent ces épisodes historiques. Pour Astana, la reconnaissance de ces crimes vise aussi à renforcer une identité nationale distincte de l’héritage soviétique.
KarLag (Karaaganda Lager) était l’un des plus grands camps du système du Goulag en URSS, situé au Kazakhstan. Entre 1930 et 1959, il a accueilli des centaines de milliers de détenus, dont une majorité de Kazakhs condamnés pour des motifs politiques, religieux ou liés à la résistance à la collectivisation. Les conditions de détention y étaient extrêmes : travail forcé, malnutrition et exécutions sommaires. Selon les archives, plus de 50 000 morts y ont été recensés, bien que le chiffre réel soit probablement bien plus élevé.