Double champion du monde de décathlon et recordman du monde de la discipline, Kevin Mayer s’est exprimé le 3 juillet 2026 sur le podcast Extraterrien, déclenchant une polémique autour de ses déclarations sur l’alimentation. Selon RMC Sport, qui a relayé ses propos, le sportif français de 34 ans a affirmé adapter son régime alimentaire en fonction de son « arbre généalogique » et de son ethnie, suscitant des réactions contrastées parmi les spécialistes de la nutrition.

Invité à s’exprimer sur son mode d’alimentation, Kevin Mayer a expliqué qu’il se sentait « plus en forme » lorsqu’il consomme uniquement de la viande et des légumes. Mais c’est surtout sa théorie sur les différences alimentaires liées à l’origine ethnique qui a retenu l’attention : « Pour moi, un blond aux yeux bleus ne peut pas manger exactement pareil qu’une personne noire ou un Asiatique », a-t-il déclaré dans une séquence devenue virale sur les réseaux sociaux. Selon lui, ses ascendances vikings l’amèneraient même à ne pas digérer le riz de la même manière qu’un individu issu d’autres régions du monde.

Ce qu'il faut retenir

  • Kevin Mayer a associé alimentation, origine ethnique et arbre généalogique lors d’un podcast diffusé le 3 juillet 2026.
  • Le recordman du monde du décathlon a déclaré que « un blond aux yeux bleus ne peut pas manger exactement pareil qu’une personne noire ou un Asiatique ».
  • Deux experts en nutrition, Patrick Tounian (hôpital Armand-Trousseau) et Laura Martinez (nutritionniste du sport), ont analysé ses propos pour RMC Sport.
  • Selon eux, aucune preuve scientifique ne valide un lien direct entre alimentation et couleur de peau ou ethnicité, mais des nuances existent, notamment sur l’intolérance au lactose.
  • Les spécialistes soulignent que l’alimentation de Kevin Mayer s’inscrit avant tout dans une logique d’adaptation sportive, avec un suivi nutritionnel ultra-personnalisé.
  • Patrick Tounian s’est dit inquiet des possibles dérives chez les jeunes sportifs inspirés par les déclarations du décathlonien.

Une théorie controversée, mais pas totalement infondée

Dès les premiers échanges, les deux nutritionnistes interrogés par RMC Sport ont nuancé les propos de Kevin Mayer. Patrick Tounian, chef du service de nutrition et gastroentérologie pédiatriques à l’hôpital Armand-Trousseau, a d’emblée rappelé que « tous les êtres humains, quelle que soit leur couleur de peau, peuvent manger la même chose ». Pour lui, l’idée d’une alimentation strictement liée à l’ethnie ou à la couleur des yeux relève davantage du ressenti que de la science.

Cependant, le médecin a reconnu une part de vérité dans l’idée d’une alimentation adaptée aux ancêtres. Il a cité l’exemple de l’intolérance au lactose, qui touche davantage les populations issues de régions anciennement agricoles — où la consommation de lait était moins répandue — que celles issues de zones d’élevage traditionnel. « La part de vrai, c’est que selon que nos ancêtres étaient par exemple plutôt des cultivateurs ou des éleveurs, il y a une prédisposition différente à l’intolérance au lactose », a-t-il expliqué. Une nuance qui, selon lui, ne justifie pas pour autant une généralisation aussi large que celle avancée par le champion.

Riz, viande et légumes : un régime adapté à la performance sportive

Kevin Mayer a également affirmé ne pas digérer le riz de la même manière que d’autres populations, en s’appuyant sur ses origines vikings. Une déclaration que Patrick Tounian a qualifiée d’erreur : « Le riz peut être digéré quel que soit l'endroit où l'on vit. Tous les êtres humains digèrent de la même façon l'amidon qui se trouve dans le riz », a-t-il souligné. Le spécialiste a ajouté que les différences résident davantage dans la quantité d’amidon consommée — présent dans d’autres aliments comme le mil ou le sorgho dans certaines régions d’Afrique — que dans la capacité à le digérer.

Côté viande et légumes, Kevin Mayer a défendu un régime fondé sur ces aliments, qu’il considère comme optimaux pour son organisme. Laura Martinez, nutritionniste du sport basée à Paris et chroniqueuse pour Canal+, a tempéré cette affirmation. Elle a rappelé que « la plupart des sportifs de haut niveau ne tiennent pas un entraînement intense en ne mangeant que de la viande et des légumes ». Selon elle, le décathlonien a simplement trouvé un équilibre alimentaire qui lui convient, probablement lié à sa morphologie et à sa génétique, mais aussi à son statut de sportif d’exception.

« Kevin Mayer a une capacité, de par sa morphologie et sa génétique, à bien tolérer ce type d’alimentation et à maintenir un niveau d'entraînement intense malgré l’absence d’apports énergétiques très élevés. »
— Laura Martinez, nutritionniste du sport

Une alimentation personnalisée, clé de la performance

Les deux experts s’accordent à dire que l’alimentation de Kevin Mayer s’inscrit dans une logique d’hyper-personnalisation, typique des sportifs de haut niveau. Patrick Tounian a souligné que les athlètes comme lui « sont obligés d’avoir des adaptations nutritionnelles » en raison de l’impact extrême de leur pratique sur leur organisme. « Ils pratiquent un sport tellement impactant sur les plans osseux, tendineux et musculaire que s’ils ne personnalisent pas leur alimentation, c’est une grande pente vers les blessures », a-t-il expliqué.

Laura Martinez a complété ce point en rappelant que de nombreux facteurs influencent l’assimilation des nutriments : « Il y a des variations d'assimilation de nutriments, du métabolisme, mais aussi l’environnement — température, taux d'humidité — et même le stress lié aux compétitions. » Pour elle, le régime de Kevin Mayer relève davantage d’un « mode alimentaire type paléo », riche en produits bruts et pauvre en aliments transformés, que d’une théorie ethnique.

Patrick Tounian a également évoqué les régimes spécifiques souvent adoptés par les sportifs de haut niveau, comme l’exclusion du gluten ou des produits laitiers, « en raison d’un intestin irritable fréquent chez ces athlètes, lié au stress des compétitions ». Une adaptation individuelle, donc, et non une règle universelle liée à l’ethnie ou à la couleur de peau.

Et maintenant ?

Les déclarations de Kevin Mayer pourraient alimenter un débat plus large sur l’influence de l’alimentation dans le sport de haut niveau, notamment chez les jeunes athlètes en quête de performance. Patrick Tounian a d’ailleurs exprimé sa crainte que certains ne s’inspirent de ses propos de manière excessive, soulignant que « l’impact que ça peut avoir chez les plus jeunes est très important ». Les prochains mois pourraient voir émerger des prises de position officielles de fédérations sportives ou d’instances médicales sur ce sujet.

Laura Martinez, de son côté, minimise le risque de généralisation abusive. Pour elle, les sportifs comme Kevin Mayer ou Novak Djokovic « cherchent avant tout à identifier ce qui leur convient pour performer dans le temps », et non à imposer leur régime comme une norme. « Je ne pense pas qu’ils aient la volonté de généraliser leur mode alimentaire », a-t-elle estimé.

Un débat qui dépasse le cadre sportif

Au-delà de l’aspect nutritionnel, les propos de Kevin Mayer soulèvent une question plus large : celle de la responsabilité des athlètes lorsqu’ils s’expriment publiquement sur des sujets sensibles. Patrick Tounian n’a pas hésité à qualifier de « maladroits » certains passages des déclarations du décathlonien, notamment l’idée que « les noirs et les blancs sont différents en matière d’alimentation ». Une formulation qu’il juge « très maladroite », même s’il reconnaît que Kevin Mayer n’a pas cherché à stigmatiser une communauté.

Laura Martinez, plus mesurée, a estimé que « ce n’est pas une forme de transmission » de la part des sportifs. Pour elle, leurs discours relèvent davantage d’un « cheminement personnel » que d’une volonté d’influencer les autres. « Ils testent beaucoup de choses, et ce qu’ils partagent, c’est leur vécu », a-t-elle résumé.

Avec plus de 360 000 abonnés sur les réseaux sociaux, Kevin Mayer dispose d’une audience susceptible d’amplifier ses propos. Pourtant, les deux experts interrogés par RMC Sport se montrent rassurants : en 2026, les internautes semblent davantage exposés à des « conneries » nutritionnelles qu’à des recommandations émanant directement des athlètes stars. « Aujourd’hui, les patients nous disent plus souvent avoir entendu une rumeur sur les réseaux sociaux que vouloir imiter Novak Djokovic ou Kevin Mayer », a conclu Laura Martinez.

Une chose est sûre : le débat sur l’alimentation et la performance sportive reste plus que jamais d’actualité, et les déclarations de Kevin Mayer en sont une nouvelle illustration.

Selon Patrick Tounian, les populations issues de régions anciennement agricoles (comme l’Europe de l’Ouest) sont plus susceptibles de présenter une intolérance au lactose, car leur ancêtres ne consommaient que peu de produits laitiers. À l’inverse, les populations issues de zones d’élevage traditionnel (comme certaines régions d’Afrique ou d’Asie) tolèrent généralement mieux le lactose. Ces différences sont liées à des adaptations métaboliques sur plusieurs générations, et non à une couleur de peau ou une ethnicité en particulier.

Laura Martinez et Patrick Tounian s’accordent à dire qu’un tel régime n’est pas universellement adapté. Si Kevin Mayer parvient à maintenir un niveau d’entraînement intense avec ce type d’alimentation, c’est grâce à sa morphologie, sa génétique et son statut de sportif de haut niveau. Pour un amateur, une telle restriction pourrait entraîner des carences, notamment en glucides ou en fibres, essentiels pour l’énergie et la récupération. Les deux experts recommandent une approche personnalisée, encadrée par un professionnel de la nutrition.