Comme le rapporte BFM Bourse, le groupe franco-allemand KNDS, fabricant du canon Caesar et du char Leopard, pourrait voir son projet d’introduction en Bourse reporté. Selon le Financial Times, cité par la plateforme financière, les discussions préliminaires avec les investisseurs révèlent une réticence à valider une valorisation inférieure à 12 milliards d’euros, bien en deçà des estimations initiales.
Ce qu'il faut retenir
- Valorisation contestée : Les investisseurs estiment que KNDS vaut moins de 12 milliards d’euros, contre une fourchette de 18 à 20 milliards évoquée en mai 2026.
- Report possible : Une décision finale doit être prise la semaine prochaine, après de nouvelles consultations avec les marchés.
- Contexte défavorable : Les introductions récentes dans le secteur de la défense ont montré une volatilité accrue, avec des baisses significatives pour certains acteurs comme Rheinmetall.
- Enjeu stratégique : Cette opération servira de référence pour le rachat par l’Allemagne d’une participation de 40 % détenue par la famille Bode-Wegmann.
- Performances récentes : KNDS affiche 4,4 milliards d’euros de revenus en 2025, en hausse de 15,9 %, avec une marge opérationnelle de 15 %.
Le groupe KNDS, issu de la fusion en 2015 entre Nexter Systems (France) et Krauss-Maffei Wegmann (Allemagne), s’apprêtait à entrer simultanément en Bourse à Paris et Francfort. Cette opération, officialisée le 24 juin 2026, devait permettre de lever des fonds tout en structurant le capital des deux États actionnaires, placés sur un pied d’égalité. Pourtant, selon les indiscrétions du Financial Times, relayées par BFM Bourse, les investisseurs interrogés cette semaine estiment que la valorisation proposée — inférieure à 12 milliards d’euros — reste insuffisante. Une estimation bien loin des 18 à 20 milliards évoqués en mai par Bloomberg, déjà en baisse par rapport aux 25 milliards initialement anticipés.
Les actionnaires actuels de KNDS refuseraient de finaliser l’opération si la valorisation ne dépasse pas 12,5 milliards d’euros. « Les réunions avec les investisseurs devraient se poursuivre la semaine prochaine, mais à moins que la société et ses conseillers ne concluent qu’il existe une demande pour les actions à la valorisation souhaitée, la société pourrait reporter l’introduction en bourse à plus tard dans l’année, voire au-delà », précise le quotidien britannique, s’appuyant sur des sources proches du dossier. Une décision finale est donc attendue d’ici la fin de la semaine prochaine.
Pourtant, comme le rappellent les mêmes sources, les investisseurs ont tendance à négocier à la baisse lors des discussions préliminaires. Rien n’indique donc que cette fourchette de 12 milliards d’euros soit définitive. « Certains d’entre eux auraient alors dit que le groupe valait moins de 12 milliards d’euros », souligne le Financial Times, sans préciser si ces propos émanent d’investisseurs institutionnels ou de fonds d’investissement.
Le prix d’introduction en Bourse revêt une importance particulière pour Berlin. Selon Le Monde et le Financial Times, il servira de référence pour le rachat par l’État allemand d’une participation de 40 % détenue par la famille Bode-Wegmann. L’Allemagne s’est engagée à verser une prime par rapport au cours d’introduction, complétée par une soulte conditionnée à la performance future de l’action. Contacté par BFM Bourse, KNDS n’a pas souhaité réagir à ces informations.
KNDS occupe une place centrale dans le paysage européen de l’armement terrestre. Le groupe conçoit et produit des chars, des véhicules blindés, des systèmes d’artillerie et des équipements militaires. Avec 11 000 employés à fin décembre 2025 et un chiffre d’affaires de 4,4 milliards d’euros (+15,9 % sur un an), ses performances financières restent solides, avec un résultat opérationnel de 661 millions d’euros, soit une marge de 15 %. Pourtant, le contexte boursier actuel pourrait peser sur son projet.
Des introductions en Bourse récentes contrastées
Les mois passés ont montré une forte volatilité pour les groupes de défense cotés en Europe. En octobre 2025, TKMS, filiale de Thyssenkrupp spécialisée dans la construction navale militaire, avait vu son action bondir de plus de 30 % lors de sa première cotation. En janvier 2026, la société tchèque CSG, spécialiste des radars et des véhicules tout-terrain, avait réalisé la plus importante introduction en Bourse de l’histoire du secteur en levant 3,8 milliards d’euros à Amsterdam.
Mais depuis février 2026, la tendance s’est inversée. L’indice Stoxx Europe Targeted Defence, qui regroupe les principaux acteurs européens du secteur, a plongé de 22,4 % depuis mi-février. À titre d’exemple, Rheinmetall, souvent cité comme comparable pour KNDS, affiche une baisse de 31,4 % sur trois mois. La société allemande a récemment subi un revers majeur avec la perte d’un contrat pour les frégates F126, entraînant une chute de 18,65 % en une séance.
Cette instabilité boursière s’explique en partie par un ajustement des anticipations des investisseurs, confrontés à une concurrence accrue et à des cycles d’approvisionnement moins prévisibles. Pour KNDS, le défi est donc double : convaincre les marchés de sa valorisation tout en naviguant dans un environnement incertain.
Ce projet illustre les tensions persistantes entre la nécessité de financer l’innovation et la réalité des attentes des marchés. Alors que l’Europe cherche à renforcer son autonomie stratégique dans le domaine de la défense, les introductions en Bourse des groupes industriels de ce secteur restent sous haute surveillance.
La valorisation de KNDS est contestée car les investisseurs estiment que le groupe vaut moins de 12 milliards d’euros, alors que les estimations initiales variaient entre 18 et 25 milliards. Cette divergence reflète une méfiance accrue des marchés envers le secteur de la défense, marqué par des baisses récentes des actions et une volatilité accrue.
Un report de l’introduction en Bourse pourrait permettre à KNDS de mieux préparer son opération en attendant une amélioration des conditions de marché. Cependant, cela retarderait également la levée de fonds et la structuration du capital, tout en maintenant une incertitude sur la valorisation finale du groupe.