Le deuxième volet de « La Bataille de Gaulle », réalisé par Antonin Baudry, sort ce vendredi 26 juin sur les écrans, seulement trois semaines après la première partie présentée hors compétition au festival de Cannes. Selon Franceinfo - Culture, cette stratégie de sortie en deux parties s’inscrit dans une tendance récente du cinéma français, après le succès des « Trois Mousquetaires » en 2023.

Ce diptyque, intitulé « L’âge de fer » et « J’écris ton nom », suit le général de Gaulle entre 1942 et 1944, jusqu’à la Libération. Avec Simon Abkarian dans le rôle-titre et une apparition de Thierry Lhermitte, le film ambitionne de couvrir une période historique majeure. Pourtant, les attentes sont différentes de celles des « Trois Mousquetaires », un roman d’Alexandre Dumas dont le suspense a séduit six millions de spectateurs en France.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux parties de 2h40 chacune, pour un budget total d’environ 70 millions d’euros, soit le coût d’un blockbuster comme « Astérix ».
  • La première partie a enregistré moins de succès que « Les Trois Mousquetaires » lors de sa première semaine, avec deux fois moins d’entrées.
  • La sortie du deuxième volet a été avancée d’une semaine pour coïncider avec la Fête du cinéma, qui débute le 28 juin.
  • Le producteur Ardavan Safaee, président de Pathé Films, défend cette stratégie en citant des économies d’échelle sur les décors, costumes et promotion.
  • Les affiches du film misent sur un ton pédagogique, avec des visuels minimalistes et des références historiques explicites.
  • Un troisième projet de diptyque est déjà annoncé : les « Rois maudits », adaptés de l’œuvre de Maurice Druon.

Une stratégie narrative justifiée par l’ambition du projet

Dès le développement du film, la décision de le diviser en deux parties a été prise. Ardavan Safaee, producteur et président de Pathé Films, explique que « l’ambition narrative était trop grande pour un seul film. Cela nous paraissait évident ». Selon lui, cette approche permet de mutualiser une partie des coûts — décors, costumes, figurants — tout en optimisant la promotion, à 75 % concentrée sur le premier volet.

Ce choix s’inscrit dans une logique économique, mais aussi narrative. Pour Caroline San Martin, maîtresse de conférences en cinéma à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, un bon diptyque repose sur sa « capacité de rebondissement », comme une anecdote qui incite l’auditoire à en savoir plus. Pourtant, elle souligne que le récit de « La Bataille de Gaulle », centré sur la guerre et la politique, diffère des thèmes universels des « Trois Mousquetaires » — amours, amitiés, relations intergénérationnelles — ce qui pourrait expliquer un accueil plus mitigé.

Un pari risqué face à un public déjà conquis par les diptyques

Les « Trois Mousquetaires » ont prouvé que le public français était réceptif à ce format, avec six millions d’entrées réparties sur deux sorties espacées de huit mois en 2023. En revanche, « La Bataille de Gaulle » aborde un sujet moins propice aux rebondissements imprévus, puisque l’issue de la Seconde Guerre mondiale est connue. Nolwenn Mingant, professeure en Histoire et culture des États-Unis à l’Université d’Angers, analyse : « On va vous expliquer l’Histoire », en pointant le ton pédagogique des affiches, qui affichent une croix de Lorraine en lieu et place d’images du film.

Malgré ces défis, Ardavan Safaee reste optimiste. Après un rebond de 17 % en troisième semaine pour le premier volet, le film cumule près de 900 000 entrées. Le producteur mise sur la Fête du cinéma et les séances scolaires à la rentrée pour dynamiser les recettes. « On a testé le premier volet auprès du public et on a senti des retours extrêmement clairs sur le fait qu’ils voulaient voir la suite presque immédiatement », précise-t-il.

Un format qui n’a rien de nouveau dans l’histoire du cinéma

Si les diptyques connaissent un regain d’intérêt ces dernières années, Ardavan Safaee rappelle que cette pratique remonte au cinéma muet. La première adaptation des « Trois Mousquetaires » en 1921 était divisée en 12 ou 14 parties, sorties hebdomadaires comprises. Pour le président de Pathé Films, cette stratégie permet de « créer un rendez-vous en salle avec le spectateur ».

Caroline San Martin, également présidente du festival Tous Courts à Aix-en-Provence, nuance cependant : « Peut-être que ce récit n’arrive pas au bon moment… » Elle pointe notamment l’absence quasi totale de personnages féminins, avec « pratiquement aucune ligne de dialogue » pour les femmes à l’écran, ce qui contraste avec les attentes contemporaines en matière de diversité.

« Ce n’est pas tant combien est-ce que le deuxième a perdu par rapport au premier, la question est plutôt "est-ce que la somme de la partie 1 et de la partie 2 est suffisante en terme de recettes pour couvrir le budget total ?" »
— Ardavan Safaee, producteur de « La Bataille de Gaulle », à Franceinfo - Culture

Et maintenant ?

Le succès des deux volets de « La Bataille de Gaulle » dépendra largement de leur exploitation post-salle. Ardavan Safaee mise sur une « très belle seconde vie » en DVD et sur les plateformes, tandis que le producteur évoque déjà un nouveau projet de diptyque, les « Rois maudits ». Si le format séduit, il pourrait inspirer d’autres adaptations littéraires à l’avenir. Reste à voir si le public français confirmera son appétit pour ces fresques historiques en plusieurs parties.

Un modèle économique qui interroge

Avec un budget total équivalent à celui d’un blockbuster, « La Bataille de Gaulle » illustre la stratégie des studios français pour rentabiliser des productions ambitieuses. Pourtant, la division en deux parties implique des risques : la baisse d’audience entre les volets, comme ce fut le cas pour « Wicked » aux États-Unis, où la deuxième partie a enregistré 500 000 spectateurs de moins que la première.

Ardavan Safaee assume ce pari : « Je ne sais pas s’il y a une bonne ou une mauvaise méthode pour dater deux films comme ceux-là ». Pour lui, l’essentiel est de couvrir les coûts globaux, même si le deuxième volet affiche des résultats inférieurs au premier. Les économies réalisées sur la production et la promotion laissent entrevoir une marge de manœuvre, mais tout dépendra de la capacité du film à séduire au-delà de son public initial.

L’avenir des diptyques dans le cinéma français

Alors que « Kaamelott » doit sortir une suite à la rentrée 2026, et que les « Rois maudits » pourraient suivre, la tendance des diptyques semble s’installer. Selon Ardavan Safaee, « cela a démontré que le public français était prêt pour ce type de film ». Pour Caroline San Martin, cette stratégie repose aussi sur la capacité des scénaristes à créer des « rebondissements » narratifs, un défi plus complexe pour des récits historiques linéaires.

Reste à savoir si cette formule conviendra à d’autres genres que le drame historique. Pour l’heure, Pathé mise sur son expérience acquise avec « Les Trois Mousquetaires » et « La Bataille de Gaulle » pour poursuivre dans cette voie, tout en adaptant ses méthodes aux spécificités de chaque projet.

Selon Ardavan Safaee, producteur et président de Pathé Films, la décision a été prise dès le développement du projet en raison de « l’ambition narrative trop grande pour un seul film ». Cette approche permet également de réaliser des économies d’échelle sur les décors, costumes et promotion, tout en optimisant la visibilité des deux volets.

Le budget global du diptyque s’élève à environ 70 millions d’euros, un montant comparable à celui des « Trois Mousquetaires » en 2023 ou du dernier « Astérix ». Cette enveloppe couvre la production des deux parties ainsi qu’une partie des frais de promotion.